IV. — Complications oculaires
Si Toreille est atteinte à titre tout à fait exceptionnel, il n'en est pas de même de Toeil, exposé à subir un des accidents les- plus redoutables de l'infection gonococcique.
On désigne sous le nom d'ophtalmie blennorrhagique Tensemble des lésions oculaires dont l'écoulement uréthral est responsable.
Cette dénomination commune rapproche deux maladies, séparées cependant par des différences radicales.
L'une, de beaucoup la plus grave, est due au transport dans l'œil du pus infectieux. C'est l'ophtalmie par contagion.
L'autre, relativement bénigne, mérite le nom d'ophtalmie rhumatismale. Elle apparaît spontanément dans le cours d'une blennorrhagie et coïncide presque toujours avec les manifestations du rhumatisme spécial, que nous avons décrit.
L'ophtalmie par contagion ou d'origine exogène peut Ophtalmie atteindre non seulement les adultes, mais les nouveau-nés. par contagion.
Chez l'adulte, la maladie résulte le plus souvent du trans- étiologi» port direct du pus à l'œil par les doigts, imprégnés des sécrétions uréthrales. Mais la contagion peut encore s'opérer d'autres manières, par les objets de toilette, les éponges, les linges qui ser\'ent de véhicule à l'agent infectieux. Les médecins, qui soignent les blennorrhagiens, ont aussi des précautions à prendre. Ils ne doivent pas regarder de trop près un canal infecté. En décollant les lèvres du méat, ils risqueraient de recevoir dans les yeux le pus, accumulé derrière l'obstacle et projeté avec violence, au moment de la rupture des adhérences. Le pansement d'un malade atteint d'ophtalmie est également un danger. Bref, il faut éviter à tout prix les causes nombreuses capables d'amener le contact d'une parcelle de pus avec l'appareil oculaire.
206 COMPUCATIONS DE I.A BI.ENNORRHAGIB
Symptômes Les accidents éclatent brutalement cinq ou six heures loForme aiguë après l'inoculation.
Les malades ressentent d'abord une cuisson plus ou moins vive, suivie de larmoiement. Presque immédiatement, la conjonctive rougit, les paupières se gonflent et en quelques heures la maladie arrive à la période d'état.
Les paupières sont alors tellement tuméfiées que la supérieure recouvre en tout ou en partie l'inférieure, ce qui donne à la physionomie un aspect étrange.
La sécrétion purulente ne tarde pas à être profuse. D'abord formée d'un mélange de pus et de larmes, elle devient promptement opaque, jaune verdâtre et s'accumule dans le grand angle de l'œil. De là, elle s'écoule sur la joue dont elle irrite et excorie les téguments. Mais souvent aussi, une couche énorme de pus s'amasse derrière les paupières et les colle en se concrétant. Lorsqu'on sépare les bords, la sécrétion peut être projetée avec violence et atteindre les yeux du médecin.
Il y a d'autant plus de précautions à prendre que l'examen de Toeil est très difficile et très douloureux. Ce n'est qu'à grand'peine que l'on arrive à écarter un peu les paupières l'une de l'autre.
On constate alors que la conjonctive est rouge foncé, que sa surface est granuleuse et saigne facilement.
Dans quelques cas, elle se recouvre d'une couche de pus concret, simulant une pseudo-membrane, que l'on enlève d'ailleurs aisément. Plus rarement, cette pseudo-membrane contient des îlots grisâtres très adhérents, qui offrent un aspect franchement diphtéroïde.
Ce qui attire encore l'attention, c'est le gonflement énorme chez certains malades de la conjonctive, qui, dans le cul-de-sac inférieur, forme un bourrelet volumineux, au point d'é verser la paupière et d'entraîner un ectropion.
On retrouve autour de la cornée un bourrelet semblable, qui franchit ses bords et la cache partiellement.
C'est le développement de ce chémosis, qui constitue le danger de l'ophtalmie blennorrhagique.
Si l'on tarde en effet à intervenir, la cornée troublée dans sa nutrition s'altère très rapidement. On voit alors se dessiner à sa surface des taches grises, opaques, capables de
disparaître, mais aussi de donner naissance à des ulcérations. Si celles-ci n'occupent que la partie superficielle de la membrane, elles guérissent en laissant des opacités de la cornée. Mais supposez qu'elles en occupeii": toute l'épaisseur, une perforation peut se produire. Quand elle est petite, elle se ferme ordinairement sans occasionner de troubles ultérieurs. ^Mais lorsqu'elle est plus étendue, elle livre passage à l'iris, d'où la production d'un staphylôme,- qui prend l'aspect d'une fongosité rougeâtre. Cette masse herniée contracte des adhérences avec les bords de l'ouverture cornéenne et la cicatrisation s'opère, non sans troubler sérieusement la vision de l'œil atteint. Il faut savoir en outre que le malade reste exposé dans l'avenir aux conséquences graves d'un glaucome aigu.
Quoiqu'il en soit, la lésion la plus dangereuse consiste dans l'infiltration rapide de la cornée. Celle-ci devient opaque, au point de dissimuler la pupille, puis elle se ramollit et prend l'aspect d'un morceau de parchemin mouillé. Elle ne tarde pas alors à se détacher, de sorte que l'iris et le cristallin sont projetés en avant ; l'œil se vide et sa perte est complète.
Chose remarquable, l'ophtalmie purulente est apyrétique dans la plupart des cas. Lorsque la fièvre éclate, c'est que les parties profondes de l'œil sont envahies. Mais, dès le début, les souffrances sont vives et s'aggravent, quand se produisent les altérations de la cornée. Les malades accusent des douleurs pongitives dans les paupières, l'intérieur de l'œil et même la région péri-orbitaire. Ces douleurs deviennent intolérables, quand on essaie d'ouvrir l'œil. Ajoutons, pour compléter ce tableau, que l'état général est mauvais et l'insomnie constante.
Ce qui caractérise l'ophtalmie purulente blennorrhagique, c'est son évolution pour ainsi dire foudroyante.^ Si la thérapeutique n'intervient pas avec la dernière énergie, en deux à trois jours l'œil peut être perdu.
lyorsqu'au contraire, le médecin met en batterie immédiate les mo3'ens puissants dont il dispose, on voit progressivement diminuer, puis disparaître le gonflement des paupières, l'œdème sous-conjouctival et le chémosis péricoraéen.
Marche
ET TERMINAISON
208 COMPUCATIONS DE I.A BLHNNORRHAGIE
Pendant quelque temps, la face intérieure des paupières reste rouge et ce que Ton peut craindre, c'est le développement de granulations, qui entretiennent une sécrétion séreuse, mêlée de flocons purulents.
La maladie reste presque toujours unilatérale. Il faut néanmoins prendre des précautions constantes, pour qu'aucune parcelle de pus ne soit transportée d'un œil sur l'autre. Si cet accident arrivait, ce serait la perte éventuelle de la vision.
2» Forme Toutes les ophtalmies blenncrrhagiques n'offrent pas
subaiguë. cependant une marche aussi terrifiante. Il y a des formes atténuées. L'évolution en est lente et la symptomatologie beaucoup moins bruyante. L'œdème des paupières est léger, le chémosis n'existe pas. On observe que la rougeur de la conjonctive et une légère infiltration sous-muqueuse. L'exsudation purulente enfin est peu marquée.
Néanmoins, il faut savoir que ces ophtalmies, bénignes d'apparence, peuvent être très perfides. Parfois la cornée se désagrège insidieusement et si l'on n'intervient pas en temps opportun, le malade risque encore de perdre l'œil. Bref, on doit se méfier d'une sécrétion conjonctivale, même minime, dans le cours d'une blennorrhagie.
Ophtalmie A côté des ophtalmies qui résultent d'une inoculation
rhumatismale, directe, on peut assister dans le cours d'une blennorrhagie à des accidents oculaires sans rapport aucun avec un élément contagieux.
Ces accidents d'ailleurs présentent des caractères spéciaux. Ils coexistent ordinairement avec le rhumatisme blennorrhagique, de préférence avec la forme polyarticulaire.
Ils atteignent les deux yeux, soit d'emblée, soit en passant successivement d'un œil sur l'autre.
La sécrétion qui les accompagne n'est pas purulente, mais simplement catarrhale et minime.
Leur évolution est bénigne.
En revanche, ils peuvent se reproduire à l'occasion de chaque blennorrhagie nouvelle.
Au point de vue clinique, on constate deux formes principales : la conjonctivite et Tiritis.
Trois particularités distinguent la conjonctivite : des Conjonctivite. phénomènes objectifs légers, des troubles fonctionnels et des signes subjectifs quasi nuls.
L'œil est plus ou moins rouge, un chémosis sans importance soulève la conjonctive bulbaire. Quand la cornée est atteinte, ce qui est rare, elle ne Test que très superficiellement. A sa surface, on constate quelques vésicules. La sécrétion est minime, purement catarrhale.
Il n'y a ni photophobie, ni douleurs proprement dites ; à peine note-t-on une légère cuisson ou une sensation de gravier dans Toeil.
Cet état dure dix à vingt jours, puis disparaît, sans laisser de traces.
Ordinairement la conjonctivite est bilatérale, mais elle peut être d'abord imilatérale, puis secondairement atteindre l'autre œil.
Cette lésion offre les caractères attribués à Tiritis séreuse. iritli.
c'est-à-dire :
1° Une rougeur de la conjonctive avec cercle vasculaire péri-cornéen ;
2° Une modification de la couleur de Tiris. S'il est naturellement bleu ou gris, il devient vert ; s'il est noir, il prend une teinte rougeâtre ;
3° La pupille est rétrécie et réagit lentement à la lumière ;
40 II existe en même temps de la photophobie et du larmoiement ;
50 Le malade accuse enfin des douleurs périorbit aires et se plaint d'avoir la vue trouble.
Cette altération de la vision est due à des exsudats plastiques, qui siègent dans la chambre antérieure et que l'on peut découvrir à l'aide de l'éclairage oblique.
La marche de cette iritis est très variable. Après avoir atteint son maximum en quelques jours, tantôt elle disparaît progressivement sans laisser de traces ; tantôt brusquement, pour céder la place à une manifestation articu-
COMPLICATIONS DE LA BLENNORRHAGIlî
laire. Quoiqu'il arrive, il est nécessaire que la thérapeutique intervienne aussitôt que possible. Autrement ou risquerait une durée de plusieurs semaines ou des synéchies plus ou moins persistantes.
La conjonctivite et Tiritis constituent les manifestations les plus fréquentes de l'ophtalmie blennorrhagique rhumatismale. Mais on rencontre aussi parfois Tinflammation de la glande lacrymale ou dacryo-adénite, la névrite optique et enfin très rarement la phlegmasie de la capsule de Tenon ou Ténonite.
Dacryoadénlte.
Bn voici les caractères :
L'affection étant habituellement bilatérale, les deux paupières supérieures sont œdématiées.
Bn les écartant, on constate que la conjonctive est atteinte de chémosis.
L'œil est refoulé en bas et en dedans. Bn explorant le pourtour de Torbite, on s'explique aisément cette position du globe par la constatation d'une tumeur qui siège en haut dans le tiers externe du cul-de-sac conjonctival et n'est autre que la glande lacrymale tuméfiée et douloureuse. On sait en effet que cette glande occupe normalement la portion externe et supérieure de l'orbite.
Il existe en même temps des douleurs spontanées ou provoquées par la pression, continues ou intermittentes.
La dacryo-adénite se complique souvent d'iritis ; quand la phlegmasie reste limitée à la glande lacrymale la résolution s'opère en quelques semaines.
Névrite I^a névrite optique se révèle par l'abolition brusque
optique. de la vision. A peine le malade peut-il compter les doigts à une distance de un mètre et demi.
La pupille est sensiblement plus large.
Les réflexes lumineux et accommodateurs sont souvent abolis.
Si l'on peut se servir d'un ophtalmoscope, on constate que la pupille est œdématiée ; les contours en sont voilés.
Les veines apparaissent dilatées, flcxueuses et les artères au contraire, filiformes.
Le pronostic de la névrite est toujours sérieux. Il est possible que la vision soit perdue sans retour, par suite de l'atrophie du nerf optique. Un tel désastre est heureusement très exceptionnel. Dans la généralité des cas, la vue redevient complète ou ne subit que des altérations légères.
L'inflammation de la capsule de Tenon est tellement Ténonlte. rare, qu'elle ne mérite qu'une mention très courte. Cependant on ne peut en ignorer l'existence et voici les caractères qui permettent de la dépister.
La paupière supérieure est œdématiée et tombante. En entr'ouvrant Toeil, on constate une exophtalmie très apparente et un chémosis incolore autour de la cornée. Le globe oculaire est immobilisé. Quand on cherche à le repousser dans l'intérieur de l'orbite, le malade accuse une vive douleur.
En général, tous ces symptômes s'amendent assez vite et l'organe récupère son aspect et ses fonctions normales.
En résumé, si l'on jette un coup d'œil d'ensemble sur les accidents oculaires qui accompagnent la blennorrhagie, on conclut qu'il existe deux modalités bien différentes : l'une, l'ophtalmie de contagion est une maladie accidentellement surajoutée à une autre maladie, et capable, par conséquent, dV^tteindre un sujet exempt de tout écoulement uréthral ; l'autre, l'ophtalmie rhumatismale, n'est qu'un des s>'mptômes de l'état gonococcique. A ce titre, elle méditerait bien davantage que la première la dénomination d'ophtalmie blennorrhagique.
Nous voici arrixé au chapitre le plus intéressant, c'est- Traitement
à-dire à la thérapeutique. Il est capital de la connaître minu- des
tieusement ; car elle est ici toute puissante et capable de complications
, ,, , . , ,, * ' oculaires de la
prévenir des desastres irréparables. blennorrhagie.
Occupons-nous d'abord du traitement de l'ophtalmie purulente, sans conteste la plus grave.
De la prophylaxie nous ne dirons ricu. Eu énnmérant
COMPLICATIONS DE I.A BI.ENNORRHAGIE
les causes qui provoquent la suppuration de Toeil, nous avons indiqué les dangers à courir et les précautions à prendre.
Mais quand le pus a pénétré dans Toeil et que la maladie est confirmée, que devons-nous faire?
« Le premier principe à poser, a dit Ricord, c'est la rapidité et Ténergie dans les moyens à employer. »
Traitement Si Ton peut intervenir dès le début, c'est-à-dire à la pé-
de rophtaimie riode où il n'existe encore que de la cuisson et du larmoie-
de l'adulte. ^^^"^^ ^n lavage matin et soir avec une solution perman-
ganatique à 1/5000^^ et, dans l'intervalle, l'application de
compresses trempées dans l'eau glacée suffisent. Il faut
s'abstenir de cautérisations.
Malheureusement, dans la pratique ordinaire, il n'en est pas ainsi. Quand le malade s'adresse au médecin, l'œil est en pleine purulence.
La première indication est de déterger les paupières et de s'opposer à la stagnation du pus.
i;avage3 Voici d'abord l'outillage nécessaire :
i® Un bock de la contenance de 2 litres ;
2° Un tube en caoutchouc, reliant le bock à une canule en ébonite.
Comme antiseptiques, choisir de préférence une solution de sublimé à 1/10000^ et même à 1/5000^ ou de permanganate de potasse à 1/4000^, c'est-à-dire des paquets de sublimé de o gr. 10 et o gr. 20 ou de permanganate de o gr. 25 pour un litre d'eau.
Le bock doit être placé à 30 centimètres au-dessus de l'œil. Il importe de ne pas l'élever davantage. Autrement la pression serait trop forte.
On introduit alors la canule irrigatrice sous la paupière supérieure et on lave avec beaucoup de soin le cul-de-sac correspondant. La même opération est répétée pour la paupière inférieure et son cul-de-sac.
A chaque lavage il faut faire passer au moins un litre de la solution, de façon à ce que l'œil soit complètement détergé.
Le liquide doit être tiède, c'est-à-dire porté à 350 environ.
Si la suppuration est abondante, le lavage sera renouvelé toutes les heures et, dans l'intervalle, on tiendra sur l'oeil des compresses trempées dans l'eau boriquée très froide.
Une fois par jour, tant que la sécrétion du pus persistera, la conjonctive sera cautérisée a\'ec une solution de nitrate d'argent à 1/50^.
Pour que cette opération soit efficace, il est nécessaire que le caustique atteigne toutes les parties malades. Aussi est-il indispensable de retourner les paupières.
Cette manœuvre, dont les oculistes ont l'habitude, n'est pas aussi aisée qu'on pourrait le croire.
Voici la façon de procéder : Cautéri-
Pour renverser la paupière supérieure, on saisit d'une sation main son bord libre, que l'on abaisse légèrement.
De l'autre main on appuie le manche d'un pinceau dans le sillon orbito palpébral et, sur cette partie résistante, on fait basculer l'organe.
L'inférieur est retourné en enfonçant l'extrémité de l'index d'une main entre le globe et le rebord orbitaire et tirant le bord ciliaire de l'autre main.
L'intérieur des paupières mis à nu, on nettoie la conjonctive avec des tampons d'ouate hydrophile sèche, puis protégeant la cornée à l'aide d'une mince couche de coton stérilisé, imprégné d'une solution boriquée, on passe sur la conjonctive un pinceau, trempé dans la solution de nitrate à 1/50®.
Dès que la cautérisation est terminée, il faut avoir le soin de neutraliser l'excès de nitrate en irriguant l'œil avec une solution saturée de chlorure de sodium.
A la place du nitrate d'argent, on pourrait emploj^er le protargol, qui est un albuminate d'argent, en solution à 20 et même 50 0/0. Mais si ce dernier sel est moins douloureux, il est moins énergique que le nitrate qui doit rester le topique de choix dans une affection aussi grave.
Il se peut que les paupières soient tellement tendues et rigides que le retournement en soit impossible. Dans ces conditions, il faut s'adresser à la liqueur de Labarraque, solution d'h>Tpochlorite de soude. C'est un excellent désin-
Moyens accessoires
214 COMPI,! CATIONS DK I<A BI.ENNORRHAGIE
fectant, deux fois et demie plus antiseptique que le sublimé à 1/50006.
Si l'ophtalmie est intense, on débutera par un lavage toutes les heures, avec une solution d'hypochlorite à 50 gr. 0/00, c'est-à-dire à 1/20^. Puis, quand la sécrétion purulente tendra à diminuer, on abaissera le titre de la solution à 1/50^, soit 20 gr. 0/00.
Pendant toute la durée de la période d'état, on s'efforcera d'entr'ouvrir les paupières pour se rendre compte de l'état de la cornée. Si Ton aperçoit une ulcération minime, il faudra instiller dans l'œil, trois à quatre fois par jour, le collyre suivant :
Sulfate d'ésérine o gr. 05
Bau distillée I5 gr-
ly'ésérine a non seulement la propriété de contracter la pupille, mais elle abaisse la pression oculaire, diminue la sécrétion conjonctivale, atténue enfin la photophobie et les douleurs sus-orbitaires. Par ces actions multiples, l'ésérine favorise la cicatrisation de la perte de substance.
Si celle-ci tend à se propager,, il faut toucher sa surface avec une très fine pointe de thermo-cautère.
Quand la perforation de la cornée est inévitable, le malade doit être mis au repos le plus absolu et l'ésérine continuée. On prévient ainsi l'expulsion brusque du cristallin et du corps vitré. Plus tard, l'oculiste sera seul juge des procédés à mettre en œuvre pour atténuer les effets du désastre.
Bien que l'ophtalmie purulente soit surtout justiciable de la médication topique, il ne faut pas négliger les moyens accessoires, tels que : l'application de 2 à 3 sangsues à chaque tempe ou derrière chaque oreille, le calomel à doses réfractées, soit o gr. 05 toutes les deux heures, jusqu'à effet purgatif, des frictions mercurielles, dont l'arrêt ne sera commandé que par une salivation légère. D'autre part, le médecin n'hésitera pas à prescrire des narcotiques contre la douleur et l'insomnie.
Il faut enfin ne pas oublier de préserver Tœil^ sain de la contagion. On y arrive par une occlusion hermétique.^ Celleci est réalisée à l'aide d'un tampon d'ouate stérile, maintenu
COMirUNES AUX DEUX SEXES
en place avec des bandelettes de diachylon, que l'on colle sur chaque rebord orbitaire. Le tout est recouvert d'un bandeau.
Le patient prendra en même temps la précaution de se coucher sur le côté malade, de crainte que la sécrétion de Toeil atteint, franchissant le dos du nez, ne \ienne s'insinuer sous le pansement et infecter l'autre œil.
Il sera du reste nécessaire d'enlever une fois par jour l'appareil, pour s'assurer que du côté épargné la \-ision reste intacte.
Lorsque l'ophtalmie purulente re\êt l'aspect pseudodiphtérique, le nitrate d'argent est contre-indiqué. Son application augmenterait la production des fausses membranes. C'est aux attouchements avec du jus de citron qu'il faut recourir, après avoir détergé la muqueuse.
Les moyens que nous venons de décrire doivent être continués tant que se produit la purulence de l'œil. Quand la sécrétion est tarie et que l'œil peut s'ouvrir facilement, des lavages à l'eau boriquée tiède suffisent à la complète guérison.
;Mais il peut arriver qu'il persiste un épaississement de la muqueuse et des granulations conjonctivales. Le médecin ne triomphera de celles-ci, qu'en les cautérisant avec persévérance à l'aide d'un crayon de sulfate de cuivre.
On peut dire, sans être taxé d'exagération, que les 2/3 des ophtalmies des nouveau-nés sont provoqués par le gonocoque. La contamination se produit au moment de la naissance, pendant le passage de la tête de l'enfant à travers les parties génitales de la mère, atteinte de blennorrhagie, et l'on sait combien nombreuses encore sont les femmes qui présentent à l'état chronique cette maladie.
C'est, en général, deux ou trois jours après la naissance que se manifeste l'affection oculaire.
Nous n'insisterons pas sur sa symptomatologie ; elle est la même que chez l'adulte, bien qu'mi peu moins violente. Aussi l'atteinte de la cornée est-elle plus rare.
Le traitement doit être avant tout prophylactique.
Pendant la grossesse, on soignera les parties où se loca-
Traltement
de ropbtalmle
des nouveau-nés.
COMPUCATIONS DK I.A BI^ENNORRHAGIE
lise le gonocoque, c'est-à-dire la vulve, Turèthre, le vagin. Malheureusement, forcé de s'abstenir de toute interventicn utérine, on laissera de côté la métrite, qui sera une menace pour les yeux de l'enfant.
Au moment de l'accouchement, les soins de désinfection, soit le permanganate à i o/oo ou le sublimé à i pour 2000, seront encore plus minutieux, si l'on a le moindre doute sur l'état des parties. D'ailleurs, ces précautions rendront les plus grands services à la mère, en la préservant, autant que possible, des inoculations ascendantes qui se produisent si facilement à l'heure de la parturition.
Immédiatement après la toilette du nouveau-né, on nettoie avec un tampon imbibé d'eau boriquée les paupières ; puis, les entr'ouvrant, on instille dans chaque œil deiix gouttes de nitrate d'argent à 1/50^, dont on neutralise l'excès caustique en seringuant une solution saturée de chlorure de sodium.
Si, malgré ces mesures, l'ophtalmie se déclare, le traitement ne diffère en rien de celui de l'adulte et la description, que je pourrais en faire, ne serait qu'une redite.
Traitement de l'ophtaimie rhumatismale.
Le traitement de l'ophtalmie rhumatismale est beaucoup plus simple. On sait du reste que l'affection est infiniment moins grave.
Nous nous bornerons à indiquer les moyens qui s'appliquent aux modalités que l'on rencontre habituellement, c'est-à-dire à la conjonctivite, la dacryo-adénite et l'iritis. Je rappelle que la névrite optique et la ténonite sont tout à fait exceptionnelles. Si le médecin en constatait les signes, il ne devrait pas hésiter à adresser son malade à un oculiste.
Il s'agit en effet d'une cure délicate, ne pouvant guère être conduite à bien que par un spécialiste expérimenté.
Traitement de la conjonctivite et de la dacryo-adénite. — Il est le même dans les deux cas et consiste en moyens très simples. On pourrait même presque soutenir que l'expectation, aidée de soins hygiéniques, est suffisante. Quoiqu'il en soit, le médecin ne doit pas paraître désarmé. Aussi, conseiUera-t-il à son client des lavages ou des pulvérisations
COilMUNES AUX DEUX SEXES 217
d'eau boriquée tiède. Le port de conserves légèrement fumées sera également utile.
Traitement de l'iritis. — Celui-ci est plus compliqué. Il faut d'abord absolument interdire tout travail susceptible de fatiguer la vue, puis recommander l'application d'vm bandeau flottant.
Matin et soir, on instillera dans l'œil deux à trois gouttes du collyre à l'atropine suivant :
Sulfate d'atropine o gr. 05
Eau distillée 10 gr.
Si l'inflammation est très vive, deux sangsues seront posées à chaque tempe ou derrière chaque oreille.
On pourra également recourir à la révulsion intestinale en faisant prendre tous les deux jours im verre ou un demiverre à bordeaux d'eau de Rubinat ou de Carabana.
Si la douleur est vive, on la combattra avec le chloral ou la morphine, en injections sous-cutanées.
^Mais ce qu'il ne faut pas oublier, c'est de traiter en même temps la blennorrhagie, point de départ de tous les accidents. En asséchant le canal, on aidera puissamment à la guérison des complications oculaires, dont l'infection générale de l'organisme par le gonocoque est seule responsable.