V. — Complications cutanées
a) — Complications cutanées ériiptives.
Il s'agit de complications rares. Le médecin doit cependant les connaître pour ne pas les confondre avec d'autres éruptions, susceptibles d'apparaître dans le cours de la blennorrhagie, mais néanmoins tout à fait indépendantes d'elle.
Quelles sont les formes objecti\-es des dermatoses qui se i- ormes
rattachent directement aux écoulements de l'urèthre.^ objectives
Elles sont multi])lcs et peuvent en ([ucUiue sorte présenter toutes les lésions élémentaires de la peau.
2l8 COMPUCATIONS DE tA BI,i&NNORRIiAGlE
On a rencontré en efîet des exanthèmes rubéoliformes, scarlatiniformes, des érythèmes eczématiformes, herpétiformes, noueux, urticariens, polymorphes, des éruptions purpuriques enfin.
Conditions Ces répercussions cutanées sont presque exclusivement ÉTioLOGiQUEs Tapauage du sexe masculin, puisque, d'après les statistiques, elles sont dix fois plus fréquentes chez Thomme que chez la femme.
Sans aucun doute, il existe une prédisposition individuelle Ce qui le prouve, c'est la reproduction, chez certains sujets, des mêmes éruptions à Toccasion de chaque blennorrhagie nouvelle.
Les excès, les fatigues jouent également un rôle, mais n'agissent qu'à titre de causes efficientes.
Caractères I^a date d'apparition de ces ef florescences est très variable CLINIQUES Bn moyenne, elles éclosent trois semaines après le début de l'écoulement. Mais on les a vues tarder jusqu'à deux mois.
Presque toujours leurs prodromes sont bruyants. On se demande si le patient ne couve pas une maladie grave. On songe à la fièvre typhoïde ou à la variole. I^'incertitude dure ainsi deux à quatre jours. Puis l'éruption apparaît et les phénomènes généraux s'apaisent.
Les efflorescences occupent en général le tégument externe. Mais elles peuvent envahir aussi les muqueuses. Des conjonctivites, des pharyngites, des laryngites érythémateuses ont été notées.
Malgré leur étendue, le prurit reste très modéré et leur évolution est rapide.
Dans la plupart des cas, elles se terminent au bout d'une semaine, par une desquamation furfuracée.
Il n'y a à persister que les taches de purpura. Encore, mporte-t-il de faire une distinction.
Si les petits extravasats sanguins se montrent d'emblée, ils peuvent dépendre du surmenage ou d'excès divers.
On n'est guère autorisé à rattacher à la blennorrhagie que les taches purpuriques, se montrant dans le cours d'un
éty thème gouococcique et dues à l'intensité du mouvement congestif .
En dehors des éruptions que nous venons d'indiquer, il peut se produire, à titre tout à fait exceptionnel, puisqu'il n'enexis'^.e que 15 observations dans la science, un épaississement énorme des téguments du pied, qui justifie le nom de kératose blennorrhagique, attribuée par les auteurs à cette forme objective.
On ne l'a observ^ée jusqu'ici que dans les blennorrhagies aiguës, franchement infectieuses, compliquées d'arthrites multiples et graves.
Cette kératose siège à peu près exclusivement aux pieds. Elle est bilatérale, symétrique et occupe à la fois la face dorsale et la plante. La jambe est rarement atteinte.
Son apparition est précédée et favorisée par une macération de l'épiderme.
Objectivement, elle se caractérise par deux sortes d'éléments.
Sur le dos du pied, ce sont des cônes cornés, plus ou moins élevés et confluents.
A la plante, c'est' un épaississement uniforme de l'épiderme, ressemblant à une véritable semelle.
Autour des cônes cornés et à leur base, ou aperçoit deux collerettes concentriques : l'une interne, blanchâtre ; l'autre externe, rosée. Si l'on gratte le sommet du cône, la corne se détache ; au-dessous, on découvre une exulcération.
La maladie est-elle abandonnée à elle-même, promptement se développe un nouvel élément kératosique, qui recouvre la perte de substance.
Ces formations néanmoins ont un terme. Il est rare que la maladie dépasse un mois et demi. Les productions qui hérissent le dos du pied tombent spontanément et la plante se débarrasse par desquamation de la semelle qui l'emprisonne.
Kératose blennorrhagique.
Quels sont les arguments dont on se sert pour attribuer à l'infection blennorrhagique les éruptions que l'on constate dans le cours des uréthrites à gonocoques ?
Ils ressortent de trois considérations, dont la dernière a une valeur de premier ordre :
Preuves de la nature blennorrhagique de ces éruptions
220 COMPWCATIONS DE I.A BI.ENNORRHAGIË
i® Ces éruptions apparaissent à la phase active de la blennorrhagie ;
2° Elles s'associent d'ordinaire à d'autres manifestations qui relèvent de la même infection, en particulier aux arthrites rhumatoïdes ;
30 Enfin un auteur allemand, Lôhe, a découvert le corps du délit, c'est-à-dire le gonocoque, dans une éruption vésiculeuse, apparue au treizième jour d'un écoulement blennorrhagique.
Diagnostic. On commettrait néanmoins des erreurs fâcheuses, si l'on rattachait à l'infection blennorrhagique toutes les dermatoses que l'on observe au cours de celle-ci. Il faut se méfier des coïncidences. Le fait de les méconnaître exposerait à des fautes thérapeutiques, dont le malade serait la victime.
Or, on peut constater, dans le cours d'écoulements uréthraux, des éruptions qui ressemblent trait pour trait aux efflorescences gonococciques, dont les aspects si variés multiplient les risques de méprises.
S'il est aisé de distinguer une rougeole et une scarlatine vraies des répercussions cutanées blennorrhagiques de semblable apparence, la difficulté s'accroît quand il s'agit d'un érythème copahivique ou S5^hilitique, d'un psoriasis ou d'une S37philide psoriasiforme plantaire, évoluant dans le cours d'une gonococcémie.
Examinons brièvement les points de repère qui éclairent la route.
Avec la rougeole et la scarlatine, pas d'erreur possible avec tant soit peu d'attention.
lycs catarrhes oculaire, nasal, bronchique qui précèdent la première, l'angine intense qui accompagne la seconde, le milieu épidémique enfin, quand il existe, enlèveront toute hésitation.
ly'érythème copahivique en revanche, si l'on se bornait aux phénomènes objectifs, serait beaucoup plus embarrassant. Cependant, même à ce point de vue, existe une particularité, dont la valeur diagnostique est indéniable.
Dans l'éry thème dû au copahu, il existe au niveau des articulations et de préférence dans le sens de l'extension une
confluence évidente des éléments, que Ton a désignée du reste sous le nom de nœuds éruptifs.
Dans rérythème blennorrhagique, rien de semblable, les efflorescences sont imiformément réparties.
En dehors de cette considération, il y en a deux autres qui ont non moins d'importance.
L'érythème copahivique n'apparaît qu'après plusieurs jours d'ingestion de la drogue.
Il se renouvelle lorsque le malade y revient et oblige le médecin à changer le traitement.
On devra également éviter de confondre une syphilide érythémateuse ou papuleuse avec des éruptions blennorrhagiques objectivement semblables.
Bien entendu, la difficulté ne se présente que si une blennorrhagie coexiste avec la syphilis ; ce qui est encore assez fréquent.
Ici l'embarras peut être réel. Mais, en pratique, le fait est sans importance. Comme, de toute façon, le traitement mercuriel ou arsenical est indiqué, il doit être prescrit sans hésitation, n'exerçant aucune influence fâcheuse sur la répercussion cutanée gonococcique, si réellement elle existe.
On pourrait encore être tenté de prendre pour un psoriasis la kératose blennorrhagique, qui, dans des cas bien rares, envahit le pied.
Ce siège exclusif, le reste du corps restant intact, la présence de cônes cornés éloignent l'idée de psoriasis.
Dans cette dernière affection, les éléments occupent avec prédilection les coudes et les genoux et y débutent même le plus souvent, avant de gagner le reste du corps. Quelle que soit d'ailleurs l'épaisseur des plaques psoriasiques, elles n'offrent jamais cette disposition conique, que l'on trouve sur le dos du pied des blennorrhagiques.
Enfin, l'on constate quelquefois dans le cours de la syphilis tertiaire une véritable semelle épidemiique recouvrant la surface plantaire.
D'abord, en cas de spécificité, la lésion est presque toujours unilatérale. En outre, les bords sont festonnes et ont une couleur rouge foncée. Enfin, il n'y a pas de cônes cornés. En revanche, on constate très souvent la coïncidence d'une syphilide palmaire psoriasiforme.
222 COMPLICATIONS DE I.A BLHXXORRHAGIB
Traitement. ^^ traitement des efflorescences blennorrhagiques est très simple. Il suffit de poudrer, matin et soir, les parties atteintes avec amidon. On administrera en même temps tous les deux jours au malade un léger purgatif, à moins que la médication balsamique, si elle a été prescrite, ne provoque par elle-même un peu de diarrhée. Quoiqu'il en soit, il faudra s'occuper de poursuivre activement le « primum movens », c'est-à-dire l'écoulement uréthral.
Si l'on se trouvait par hasard en présence d'une kératose, des applications humides à l'eau boriquée seraient indiquées.
Toutefois ces applications humides n'ont leur raison d'être qu'après le développement complet des cônes cornés, dans le but d'en favoriser le décapage.
Mais ce qui est de beaucoup préférable, c'est de prévenir ces amas épidermiques qui prédisposent à la kératose et dont la production est favorisée par la macération des parties. Aussi est-il important, lorsque la transpiration des pieds est abondante, de renouveler souvent les pansements ouatés pour décaper les parties.
h) — Complications cutanées et sous-cutanées suppuratives .
Les éruptions ne constituent pas l'unique manifestation des répercussions cutanées de la blennorrhagie, l'enveloppe tégumentaire et même le tissu sous-jacent peuvent être envahis par la suppuration.
A cet égard, il existe dans la science un faisceau d'observations indéniables.
Tantôt les collections purulentes dépendent d'une inoculation directe ; tantôt, au contraire, elles traduisent un des effets de l'infection générale.
En fait d'inoculations directes, nous trouvons dans le récent traité du docteur Luys une observation de Meyer, qui semble concluante.
Une domestique, atteinte d'un écoulement vaginal, riche en gonocoques, présenta quelques jours après sur le bord externe du médius droit une grosse vésicule, à la suite d'une écorchure, due au nettoyage des casseroles. Le pus, recueilli dans cette vésicule et ensemencé, montra tant sous le micros-
cope que sur les cultures la présence du gonocoque. Il est très probable que le doigt écorché avait été en contact avec le pus vaginal.
Autre observ^ation : celle de IMM. Baudoin et Gastou, citée par le regretté Jullien dans son opuscule sur les : Formes rares de la blennorrhagie.
Un jeune homme, affligé de gonococcie uréthrale, portait à la face interne des cuisses des bouquets de pyodermites ulcérées. Dans plusieurs de ses éléments, on découvrit le diplocoque de Neisser.
Il s'agissait bien dans ce cas d'une inoculation directe. Le pus de la verge, en contact avec les téguments des cuisses, les avait érodés à la longue.
Voulez-vous maintenant des preuves d'inoculations à distance. Voici quatre observations démonstratives :
La première d'Almquist en 1900, citée encore par Jullien, et consistant en un gros phlegmon du pied qui contenait des gonocoques.
On lit les trois suivantes dans le traité de la blennorrhagie de Luys.
Cassel a observé un nouveau-né qui, au cours d'une ophtalmie purulente à gonocoques, eut un rhumatisme articulaire^ compliqué d'un abcès au dos. Après incision de cet abcès, l'examen bactériologique du pus montra la présence exclusive du gonocoque.
Campbel, de son côté, rapporte le cas d'un jeune homme de 18 ans, qui, pendant une blennorrhagie de six semaines, fut atteint d'une fracture compliquée. Cette fracture entraîna une suppuration considérable. Or l'examen des cultures de ce pus permit de déceler la présence du gonocoque.
Kerassotis enfin a rapporté un fait encore plus extraordinaire, celui d'un malade de 25 ans, qui, porteur d'une uréthrite blennorrhagique, fut atteint d'un abcès de la région mastoïdienne. Dans cet abcès, l'incision permit de découvrir des gonocoques. La collection purulente et l'écoulement de l'urèthre disparurent en même temps.
D'observations aussi évidentes, il y a lieu de tirer, au point de vue thérapeutique, une triple conclusion :
1° Quand, au cours d'une blennorrhagie, on se trouve en
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présence d'une collection purulente, soit voisine, soit éloignée de Turèthre, il y a lieu de Touvrir sans retard, dans rhypothèse, non d'une simple coïncidence, mais d'un foyer d'infection dont il importe de libérer le malade au plus tôt ;
2P II faut recommander au patient d'éviter le contact d'un traumatisme de la peau avec la sécrétion uréthrale témoin l'observation de Meyer ;
3<^ On doit enfin tarir le plus promptement possible le flux blennorrhagique, cause exclusive du transport des germes nocifs, soit dans le voisinage du foyer infectieux primitif, par inoculation directe, soit dans une région plus ou moins distante^ par l'intermédiaire probable de la voie sanguine.