VI. — Complications cardio-vasculaires
Puisque Ton sait aujourd'hui que le gonocoque peut infecter l'organisme, en se servant de la voie sanguine, on ne doit pas être surpris de le voir se fixer en un point de l'appareil circulatoire, pour y provoquer des complications, souvent très graves.
Quand l'infection blennorrhagique envahit le cœur, elle peut en atteindre toutes les parties : endocarde, myocarde, péricarde. Mais c'est surtout sur l'endocarde qu'elle se localise.
Endocardites. Si l'on s'en rapporte à la statistique de Sidney, Thayer et Lazear, citée par le docteur lyUys, on voit que le cœur gauche, dans ses valvules aortique et mitrales, est lésé de préférence : 21 cas, contre 3, atteigfiant le cœur droit valvules pulmonaires et tricuspidiennes.
Il n'y a plus aujourd'hui à mettre en doute la nature gonococcique de ces endocardites. La science possède en effet un stock d'observations qui démontrent la présence des gonocoques, tant par l'examen microscopique que par les cultures.
La lésion cardiaque apparaît soit au début de la blennorrhagie, soit au bout de quelques semaines.
Quels en sont les caractères cliniques?
Il y a lieu de distinguer deux formes : Tune bénigne, l'autre grave ou maligne.
La forme bénigne se développe souvent insidieusement. forme Elle peut échapper au clinicien, s'il n'a la précaution d'aus- bénigne culter souvent les orifices mitral et aortique dans le cours d'une blennorrhagie.
Certains cas néanmoins attirent l'attention. Le malade ressent un malaise général. Il est pris de fièvre et présente les signes d'un embarras gastrique. Les soupçons augmentent encore bien davantage, s'il s'ajoute à ces phénomènes de l'angoisse précordiale, des palpitations et de la dyspnée. L'auscultation du cœur révèle alors dans la plupart des cas un souffle au premier temps d'insuffisance mitrale, Mais les bruits anormaux peuvent siéger aussi à l'orifice aortique et occuper les deux temps, indiquant à la fois un rétrécissement et une insuffisance.
Quoiqu'il en soit, l'endocardite bénigne disparaît en général sans laisser de traces. Malheureusement, ce n'est pas la règle, des lésions permanentes peuvent en être la conséquence.
Les symptômes de la forme maligne ne diffèrent pas de forme ceux de l'endocardite ulcéreuse commune. Brusquement ulclrecse apparaissent des frissons et une élévation thermique atteignant 40, et même 41°. Rapidement le malade présente tous les signes soit d'une fièvre typhoïde grave, soit d'une infection purulente.
Si l'état t\'phoïde prédomine, on constate de la diarrhée avec ballonnement du ventre, des taches rosées lenticulaires ou pétéchialcs, des symptômes de congestion pulmonaire et des urines albumineuscs.
La ressemblance avec la dothiénenterie est telle, que le diagnostic ne repose que sur l'auscultation de la région précordiale qui révèle l'existence de souffles orificiels. Parfois la lésion cardiaque est indiquée par une hémiplégie due à une embolie cérébrale.
La répétition et l'intensité des frissons annoncent la torme pyohémique. Dès le second jour, la fièvre atteint 40".
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Bientôt apparaissent des signes d'embolies, d'infarctus ou d'abcès.
S'agit-il d'embolie cérébrale, le malade est exposé à la mort subite ou consécutive au coma. En cas de survie, c'est une hémiplégie que l'on constate.
L'aorte descendante peut être obturée par un caillot. La paraplégie en est la conséquence.
Quand le poumon est le siège d'un infarctus, on découvre des signes de pneumonie lobulaire.
L'infarctus de la rate s'accuse par une douleur, avec gonflement de la région splénique.
Celui du rein provoque l'albuminurie et des hématuries. Enfin, dans quelques cas, des collections purulentes envahissent les articulations, que l'on voit alors grossir et devenir très douloureuses.
Il n'y a encore que la constatation des souffles cardiaques
qui permet de distinguer cette forme pyohémique d'une
infection purulente, dépendant d'une toute autre cause.
Que le malade soit atteint de l'une ou l'autre modalité,
le pronostic est toujours des plus graves.
Dans la forme typhoïde, la mort survient au bout de deux à trois semaines.
La forme pyohémique est encore plus redoutable, le malade est enlevé en huit à dix jours.
Le traitement de l'endocardite ulcéreuse est malheureusement assez précaire.
Il faudra soutenir le cœur par des toniques, en régulariser les battements avec la digitale, recourir enfin à une révulsion énergique à l'aide de ventouses scarifiées et de vésicatoires volants sur la région précordiale.
Pérlcardltes. La péricardite est beaucoup plus rare que l'endocardite.
Elle peut coexister avec celle-ci ou en être indépendante.
Cliniquement, elle revêt ses deux formes habituelles : sèche ou liquide.
Qu'il s'agisse de l'une ou de l'autre, le malade accuse des douleurs dans la région du cœur, des palpitations et de la dyspnée.
Les signes physiques seuls permettent de les distinguer.
COMiRTN^ES AUX DEUX SEXES
Dans la péricardite sèche, on entend un frottement.
S'il existe de répanchement, on découvre parfois une voussure. La percussion révèle une matité, en forme de triangle, dont la base est inférieure. Les bruits du coeur sont affaiblis ; le pouls est petit et irrégulier.
Dans le liquide on peut trouver des gonocoques en suspension, ainsi que le démontrent des observations indéniables.
En général, l'infection péricardique est bénigne ; elle se termine par résolution.
Au point de vue thérapeutique, elle est justiciable des révulsifs. On n'oubliera pas non plus de prescrire des toniques pour soutenir le malade.
La m^'ocardite est encore plus exceptionnelle. Elle n'existe du reste jamais isolée et résulte toujours de l'extension de l'endocardite ou de la péricardite.
Sa nature blennorrhagique est affirmée par la présence du gonocoque, bien et dûment constaté dans les autopsies.
On est en droit de soupçonner cette complication, lorsqu'aux signes de l'endo-péricardite se joignent des battements cardiaques affaiblis, irréguliers et intermittents.
Le meilleur moyen de combattre cette ar3i:hmie et cette défaillance du cœur est l'emploi de la digitale à doses prudentes.
Myocardite.
Il est à peine besoin de les mentionner, tant elles sont complications rares. Cependant, le cadre de cet ouvrage nécessite qu'on vasculalres. ne les passe pas absolument sous silence.
On en a signalé quelques exemples dans les artères et dans les veines.
Dans le système artériel, l'aorte a été le siège préféré de a) Artérielles la lésion.
Une des observations les plus concluantes se trouve dans le bulletin du 31 mai 1907, de la Soc. de Méd. des hôp. Elle est due à MM. Guillain et H. Rendu.
Il s'agissait d'une femme, qui, dans le cours d'une sal-
COMPI.ICATIONS DK I^A BI.ENNORRHAGIK
pingite, fut atteinte d'une aortite thoracique infectieuse. Cette aortite entraîna une gangrène du membre supérieur gauche par oblitération de T artère sous-clavière et une gangrène du membre inférieur droit, par embolie dans Tartère fémorale.
A Tautopsie, on découvrit dans les parois du vaisseau des diplocoques en grains de café, ne prenant pas le gram et ayant Taspect caractéristique des gonocoques.
b) Veineuses ^^^ phlébites blennorrhagiques sont un peu plus nombreuses.
Les observations consignées dans la science démontrent qu'elles peuvent atteindre, en dehors de tout élément rhumatismal, soit les veines de la verge, soit des veines éloignées des organes génitaux.
Cliniquement, leurs symptômes ressemblent à ceux des phlébites en général.
Bien que la preuve de la nature gonococcique n'ait pas été établie, dans tous les cas elle ressort néanmoins clairement d'un fait cité par Wertheim, qui a découvert le gonocoque dans les capillaires veineux d'une vessie atteinte de cystite.
Le pronostic est plutôt bénin. Cependant si la phlébite occupait les veines profondes de la verge, on pourrait craindre la gangrène de l'organe.
L'embolie est encore plus redoutable. Brouardel a cité deux cas de phlébites du ligament large et des sinus prostatiques, qui furent suivis de mort par embolie pulmonaire.
a) Pleurésie
blennorrhagique.