VII. — Complications pleuro-pulmonaires de la blennorrhagie
Sans doute, on avait depuis longtemps constaté dans la plèvre un épanchement pouvant coexister avec une blennorrhagie uréthrale. Les faits de Ricord, Germain Sée, Richet ne laissent aucun doute à cet égard. Mais le gonocoque étant encore inconnu, aucun examen microscopique n'avait eu lieu. On était donc en droit de discuter, sinon de nier, la valeur de ces observations. Aujourd'hui, la preuve est faite. On ne peut opposer aucune objection aux cas de Mazaz,
de Félix Bertrand, de Lemoine et Gallois de Lille, de Géraud de Nice, qui constamment découvrirent le gonocoque dans Texsudat pleural.
Quels sont les caractères cliniques de la pleurésie blennorrhagique ?
Ordinairement, Tépanchement est unilatéral ; parfois cependant il est double.
Ce qui le caractérise, c'est la mobilité. Le liquide, d'abondance en général modérée, peut apparaître en quelques heures et disparaître de même.
Il coïncide souvent avec des douleurs articulaires. La rapidité habituelle de la résorption de l'épanchement est l'indice d'un pronostic favorable.
Il est possible cependant que le cas soit grave et même mortel.
Géraud de Nice a rapporté une observation de pleurésie purulente à gonocoques, chez un jeune homme de 19 ans, atteint d'une blennorrhagie aiguë. Une thoracentèse fut nécessaire pour évacuer le pus. Le malade guérit.
En voici une autre, dont la terminaison malheureusement fut tout autre. Elle est due à MM. Lemoine et Gallois de Lille.
Il s'agissait d'une pleurésie avec épanchement très abondant, qui nécessita plusieurs ponctions et même une pleurotomie. La mort survint dans le marasme. Or le liquide pleural ne contenait que du gonocoque à l'état de pureté. A propos de ces pleurésies blennorrhagiques, on doit établir une distinction, sur laquelle ont insisté, à juste raison, IVDI. Lemierre et Faure-Beaulieu.
Ou bien la phlegmasie pleurale est isolée et s'annonce cliniquement comme toutes les pleurésies (c'est de celle-ci dont . nous venons de parler) ; ou elle se perd dans les multiples localisations de la septicémie gonococcique. Lorsqu'il en est ainsi, elle ne constitue guère qu'une trouvaille d'autopsie et ne comporte par conséquent aucune description symptomatique.
Les complications pulmonaires de la blennorrhagie sont complications plus rares. Il en existe cependant quelques exemples. pulmonaires-
230 COMPUCATIONS DE I.A BLENNORRHAGIE
On trouve dans les Arch. de méd. et pliarm. militaire, numéro de déc. 1909, le fait suivant rapporté par le docteur Vidal.
Un jeune lieutenant de 23 ans entre à l'hôpital militaire avec des signes de congestion pulmonaire. Six mois auparavant, il avait eu une blennorrhagie qui persistait encore sous la forme d'un léger écoulement. lyC lendemain de son entrée, vomique infecte, indiquant Texistence d'un foyer de gangrène. I^'examen microscopique de Texpectoration rougeâtre permet de mettre en évidence le gonocoque. Quatre jours après, il est pris de frissons, d'un point de côté violent et de dyspnée. On constate les signes d'un pyopneumothorax. Une thoracotomie donne issue à un flot de pus fétide. Sous l'influence du traitement, le malade s'améliore. Mais un. mois après, constatation d'un nouveau foyer de gangrène, seconde vomique et mort.
On a signalé encore des cas de pneumonie typique, déterminés par le gonocoque.
Enfin le regretté professeur Dieulafoy a eu l'occasion de traiter une broncho-pneumonie, dont les exsudats contenaient à la fois des gonocoques et des pneumocoques.
Quoiqu'il en soit, toutes ces observations par leur rareté ne constituent guère que des curiosités scientifiques. Il faut savoir néanmoins qu'elles peuvent exister et, par cela même, inspirer toujours au médecin de la circonspection dans le pronostic de la blennorrhagie.