FRACTURES ET LUXATIONS DU PÉNIS
fhactcae du p£ifis.
Si Ton en croit quelques auteurs, il existerait une véritable fracture du pénis (l). L'observation est presque muette pou^ tant à cet égard ; o'eat à peine si l'on trouve deux ou trois faits, paraissant légitimer le nom de fracture^ donné à ce genre do lésion.
En efTet, qui parle de fracture, admet par là même la présence d'un corps solide. Or, à l'état normal, il n y a pa3 d os dans le pénis humain.
La fracture proprement dite ne saurait donc exister dani un organe qui est essentiellement composé de tissus spon* gieux ou fibreux, à moins qu'Une se soit déposé dans leur trame des éléments calcaires. Sans doute, dans ce dernier cas, alor» que l'érection est complète, la rigidité et l'inflexibilité des corps caverneux se rapprochent beaucoup de la dureté et de la fragilité des os : c'est ce qui a fait admettre, par analogie, la possibilité d'une fracture, dans ces circonstances. Mais il y a loin de cet état à celui qui s'observe chez certains animaux, les jeunes taureaux, par exemple ; leur coït est rapide, impé* tueux : aussi a-t-on signalé chez eux de véritables cas de fracture du pénis (i). Dans la collection anatomique de Grœningen (3), il existe un os du corps de la verge, long de
(1) Ilhazès, Contin, 65, et Trye, Med. Communicat,, vol. II, n© 17 (cités d'après Schmidt's Jahrh, XXVIII, 1860, p. 125).
(2) Gtinther, Untersuchungen und Erfahrungen um Gebieteder AruUomiej Physiologie und Thierannei-Kunde, p. 55. Hanovre, 1837.
(3) Kobelt, Sens génital, p. 66.
flO centimètres, provenant d'un morse; cet os avait été fracturé par le milieu, et s'était de nouveau réuni par un cal.
L'homme ne présente que pathologiquement une semblable disposition anatomique (1). La véritable fracture du pénis ne serait par conséquent qu'une chose tout à fait exceptionnelle. Si elle se produit, elle no peut donc que compliquer un état pathologique préexistant.
Il résulte, de ce qui précède, que les observations publiées sous le nom de fracture du pénis ^ se rapportent à un état pathologique assez analogue, une espèce de rupture de Torgane qu'on pourrait appeler ;)sewrfo-/rac/t/re. On comprend en e£[et que si, lorsque la verge a acquis son plus haut degré de tension et de rigidité, un agent extérieur vient violemment l'atteindre, il puisse se produire un phénomène ayant au moins les apparences d une fracture.
Causes, — La cause la moins rare de la pseudo-fracture de la verge réside dans le coït lui-même. Soit que le blessé ait rencontré, dans l'accomplissement de cet acte, des obstacles insurmontables, comme dans le cas de Parker (voir obs. 22); soit qu'il ait subi une brusque pression pendant Tacte luimême, et alors que le pénis est en violente érection (obs. 20), toujours est-il que le pénis peut ne pas résister et se rompre. D'autres fois, le traumatisme a lieu en dehors du rapprochement sexuel. Le pénis, dont l'extrême érection est indispensable pour la production de la rupture, peut recevoir un choc dii'ect de la part du blessé lui-même ou d'une autre personne. La torsion brusque de l'organe peut encore produire ce résultat.
Dans tous les cas, la lésion ne saurait avoir lieu si les tissus n'ont acquis une rigidité extrême, de manière à transformer en quelque sorte le pénis en une masse solide, désormais incapable de subir la moindre incurvation. Si, dans ces conditions, il se trouve un obstacle placé au-devant de la verge, et assez résistant pour essuyer le choc de cette dernière, celle-
(t] Voir Om/UcUion du pénis de oel ouvrage.
ci devra céder; et, comme elle est solidement fixée par ses racines, c'est à sa base, au point où elle émerge du périnée, qu'elle rompra sa trame.
Anatomie pathologique, — Au reste, il y a dans ce cas une altération anatomique dans la texture de rorgcme ; la coqne fibreuse des corps caverneux présente des plaques indurées, des noyaux ossiformes, des points calcaires, qui, sans nuire à la propriété érectile du tissu spongieux, le rendent cassant; ils augmentent sa puissance ou plutôt sa rigidité, il est vrai, mais ils diminuent sa souplesse ; et par cela même que sa résistance s'accroît, sa fragilité se prononce davantage. Ces états ne sont pas absolument rares, du reste, à la suite de blennorrhagies anciennes.
La présence de ces ostéoïdes entre les corps caverneux établit, en quelque sorte , au niveau de Tinduration , une ^espèce d'articulation diarthrodiale, dont les éléments peuvent se prolonger plus ou moins dans chacun de ces corps, n peut en résulter alors un inégal développement dans la turgescence de l'un ou l'autre des cylindres caverneux. L'axe pénien peut alors dévier; mais, la rigidité totale restant toujours très-prononcée, s'il se présente ou un obstacle dans le coït, ou un brusque mouvement qui tende à exagérer la courbure de l'organe, celui-ci pourra se rompre, subissant alors un mécanisme analogue à celui de la rupture de la corde^ dans la blennorrhagie aiguë.
11 est bien évident que l'effet sera le même si la cause traumatique agit directement sur le pénis, en dehors du coït. Que ce soit un corps qui tombe sur le pénis en érection, un objet dur qui le frappe plus ou moins obliquement, une pression étrangère qui le courbe brusquement, la fracture sera d'autant plus facile à effectuer que la transformation calcaire du pénis sera plus prononcée.
Symptômes, — La douleur est le premier signe qui accompagne la fracture du pénis. C'est elle qui éveille l'attention du blessé et lui fait pressentir le danger qu'il a couru. Elle est du reste violente, subite, et se fait d'abord ressentir au point
même où l'organe vient d'éprouver une solution de continuité. Généralement elle reste localisée en ce point; mais elle peut s'irradier et porter son action sur l'organisme entier. Le malade éprouve alors une sorte de spasme général quiTétreint, et qui détermine quelquefois la syncope. Mais en génércd la douleur n'est pas de longue durée. Elle diminue peu à peu, et finit par disparaître assez vite, laissant à sa place des signes plus caractéristiques de la rupture de la verge.
Presque en même temps que la douleur, le blessé perçoit un bruit sec, assez semblable à celui qui résulterait de la brusque cassure d'une baguette de bois. Il n'est appréciable, du reste, que par l'individu lui-même {i) et n'est pas constant.
Mais il est un autre phénomène qui se produit à ce moment et qui ne manque jamais : c'est celui du relâchement de la verge. De l'érection Wplus forte, le pénis passe presque subitement à l'état de flaccidité extrême ; et si le coït n'est point terminé, au moment de l'accident, il ne peut s'effectuer, ou ne s'accomplit que d'une manière très-imparfaite. Voici pourtant un cas dans lequel la copulation a pu être menée à bonne fin, malgré la rupture de la verge (2).
Obs. XX. — Un homme mince, bien portant, âgé de vingt-sept ans, sentit, pendant le coït et juste avant Torgasme vénérien , que quelque chose se relâchait dans son pénis. Le sperme fut éjaculé néanmoins, mais, il faut le dire, sans ardeur ni plaisir : la verge se détendit tout aussitôt. Elle se décolora, tout en restant volumineuse et pendante.
Le blessé se promena une demi-heure environ, ne ressentant plus que peu de douleur, mais éprouvant un sentiment de lourdeur et de plénitude locale, qui le surprenait fort.
C'est au bout de ce temps que j'examinai le malade : le pénis était distendu par du sang veineux, à la face dorsale et latérale, à gauche et autour du prépuce; le gonflement entourait toute la verge à sa base, aussi bien qu'au niveau du prépuce, et lui donnait un volume supérieur à celui de l'organe en pleine érection. Il n'y avait ni douleur ni difficulté de miction. L'extravasation sanguine continua pendant une heure environ.
(1) Voir Tobservation de Valentine Mott^ rapportée au chapitre des Contutions du pénis, obs. 1.
(9) American Journal ofthe Mtd. Seiincis, vol. IV^ 1849, p. 85.
Je pratiquai des incisions le long de la Ibee dorsale du ptek ; IV morrha&rie ne se renouTela point. J*instituai un tndtomeiit externe a^ proprié. L'état nomul aussi bien que général alla «'améliorant , et m bout de deux mois le malade, guéri, quittait mon serrice.
Presque en même temps que Timpuissanee da membre, se produit un gonflement énorme de Torgane lésé. La quantité de sang qui s extravase est considérable ; la taméfaction aequi(»rt promptement de grandes proportions, et la verge peoi atteindre bien vite un volume double et triple de ses dimensions ordinaires. Elle pend alors, flasque et molle, entre les cuisses, ou reste dans un état de demi-érection ; mais celie-d est uniquement causée par la plénitude, par Tengorgement du tissu spongieux et non par la continuation active de l'excitation physiologique. La verge est dès lors incapable d*obéir, momentanément du moins, soit à la volonté, soit à Tappétit vénérien, qui, par ce fait seul, se trouve absolument anéanti. Ce n*est que peu à peu, lentement toujours, qu*à cette turgescence Insolite succède le retour aux dimensions normales. La résolution ne se fait que tardivement; et alors seulement le volume de la verge redevient cequ^U était avant Tacoident.
L'ecchymose est presque toujours très-prononcée .et trèsétendue; elle peut cependant manquer, comme on l'a vu dans Tobservation que nous venons de rapporter. Mais quand elle existe, elle revêt les caractères ordinaires de celle qui accompagne les fortes contusions du pénis, et subit les phases de transformation ordinaires en pareil cas.
La fracture du pénis présente-t-elle, comme signe sensible de son existence, le phénomène de la crépitation? 11 se peut qu'on l'observe ; et on comprend qu'il puisse en être ainsi, si le pénis fracturé contient un os dans son épaisseur, ou s'il est le siège des altérations anatomo-pathologiques dont j'fd parlé plus haut. Mais, la seule crépitation que l'on puisse constater dans les conditions ordinaires, est une crépitation sanguine confuse, qui ne saurait influencer le diagnostic. Voici pour- ' tant une observation qui semble détruire Topinion que je viens d'émettre. Il est vrai qu'il n'y est pas question d'ana-
tomie pathologique et qu'il n'est point dit qu'on avait préalablement observé des points indurés sur le pénis de cet individu.
Ob3. XXI (i). — Le sujet du cas actuel est un juif âgé de quarantecinq ans, lequel, au retour d'une noce, s'endormit dans sa toiture, couché sur le dos, et fut réveillé tout d'un coup par une violente douleur partant de la verge en érection. En voulant, pour calmer cette douleur, porter son pénis érigé de gauche à droite, il ressentit, pendant qu'il le tournait, une douleur lancinante extrême, et entendit un bruit crépitant, semblable h celui que produirait une baguette de bois, que Ton casserait en deux.
Tout aussitôt les parties génitales se tuméfièrent ; il y eut une énorme diffusion de sang ; le membre prit une coloration bloue-noirAtre, et présenta au toucher une crépitation irès-neUe, La verge, courbée par le milieu, formait un angle, que l'effort de la main parvenait seul ii redresser.
Oàce à un traitement antiphlogistique et un pansement approprié, U guérison eut Ueu en troin semaines ; la courbure que présentait la partie moyenne de la verge ne disparut entièrement que lor«qu*U se fut formé à son niveau un cal annulaire, dur, semblable à celui des ot fracturés.
Diagnostic, ^^GeB divers symptômes ou signes suffiront, la plupart du temps, pour admettre une fracture de la verge. Le diagnostic ne pourra d'ailleurs présenter de difficulté sérieuse, si, tenant compte, d'une part, des circonstances dans lesquelles s'est produit le traumatisme, et des phénomènes qui Tont presque aussitôt accompagné, on étudie, d'autre part, la mobilité exagérée de la portion antérieure et la déformation du membre.
Cette mobilité est peu marquée au début, mais au fur et à mesure qu'on s éloigne du moment de l'accident, elle devient plus sensible, plus évidente. La portion du pénis située en avant du point fhioturé reste pendante, ai-je dit; elle oscille en quelque sorte, et sa mobilité est d'autant plus marquée, que sa turgescence est diminuée. 11 semble que tout lien avec la portion fixe soit rompu; elle se meut sur cette dernière, à
(1) SchmidCt Jahrb. XXVUI, 1848, p, U5.
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FRACTURE. Oft
fracture a plus ou moins intéressé l'un ou l'autre des corps caverneux.
Les phénomènes ultérieurs de la fracture seront plus ou moins graves, suivant que sa lésion a atteint tout ou partie des corps caverneux, et suivant aussi que ces derniers ont été lésés à une distance du pubis plus ou moins grande.
Il est bien évident que si la fracture siège à la base de la verge, l'érection sera nulle, Tintromission impossible, la stérilité complète par conséquent. Si, au contraire, la verge a été fracturée en arrière du gland seulement, la fonction génitale sera peu ou presque pas modifiée. Le rapprochement sexuel pourra se faire sans trop de difficulté, et Téjaculation ne subir que de légères modifications, sans être aucunement empêchée.
D'ailleurs, avant que ce résultat soit obtenu, il peut sur venir quelques accidents qui modifieraient le pronostic qu'il faut porter en pareille occasion.
Il est rare qu'un processus inflammatoire succède à la fracture de la verge. En général, les soins qui lui sont immédiatement apportés triomphent de l'hémorrhagie, quand elle existe ; des spasmes, s'il y en a; du délire, s'il se produit. Plus rarement encore, par conséquent, on aura à lutter contre la formation d'abcès, qui pourraient se produire aux environs du point fracturé, ou au sein même de l'épanchement sanguin péri-pénien.
Mais, quoi qu'il en soit, le pénis qui a subi une pareille atteinte, conserve rarement sa même vigueur, sa même énergie, sa même sensibilité. Il se produit en lui une sorte de modification vitale qui le frappe plus ou moins de discrédit, qui altère son ardeur, qui neutralise son activité. Il est désormais comme ankylosé, et ne peut remplir en général que très-imparfaitement les fonctions qui lui sont dévolues.
Traitement, — 11 y a du reste fort peu à faire pour remédier à l'accident qui nous occupe. Pour les raisons diverses que j'ai énumérées, il n'y a pas lieu de chercher à réduire la fracture
04 LÉSIONS PHYSIQUES DU PÉlflS.
du pénis, onoore moins de la maintenir réduite* Ce résdM »(*ohtiont tout naturellement sous Tinfluence de résolatils, di rôfrigéninti»! et au besoin de quelques émoliienis* Les sntiphlogiHti<]uos seraient indiqués s'il survenait des aocidesti inflaninmloires. Des incisions pourraient même être prttK qut^es le long du pénÎA, pour le débarrasser de la masse sisguine épanchée dans les corps caverneux.
Mais le plus souvent il suftlra do faire observer an Ueiié un repos iihsolu au lit, de lui maintenir la ver^e appliquée sur le ventru, en la recouvrant de linges imbibés de iiquidM répereussifs, pour voir disparaître rapidement la douleOTi rtHxhyuiosn, et laugmentation de volume de la verge.
Un temps variable de trois semaines à deux mois, suffirt pour amener la tonnât ion d*un cal ou plutôt d*une virole solide, qui simulera la forme du cal osseux des fractures ordinaires. (Juant aux fonctions génitales, elles se rétabliront s(uil(*s, suivant ipie la lésion aura atteint plus ou moins pro* fondement lorgano viril.