‹ Maladies chirurgicales du pénisChapitre 27 sur 80 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

PÉNITIS

On a donné le nom de pénitis à rinflammalion de l'ensemble des tissus qui constituent la verge.

Cette affection est en somme assez rare, et cela pour plusieurs raisons. En effet, étant donné un commencement de travail phlegmasique du côté du pénis, le traitement, si peu énergique et efficace qu'il soit, a presque toujours pour résultat de limiter le mal soit aux enveloppes de l'organe, soit à la muqueuse, ou encore aux glandes du canal. D*an antre côté, la tunique fibreuse qui enveloppe les corps caverneux est un obstacle assez sérieux à la propagation de Tinflammation, qui a ainsi de la peine à se généraliser. C'est pour ces raisons qu'il ne faut pas admettre comme pénitis tous les cas rapportés par les auteurs, Moulinié, entre autres, et qu'il était préférable de classer tantôt parmi les phlegmasies des enveloppes du pénis, tantôt parmi celles du gland ou du prépuce avec ou sans complication de gangrène. Je m'empresse d'ailleurs d'ajouter que la description nosologique du pénitiâ laisse encore beaucoup à désirer.

Etiologte. — Boyer dit que l'inflammation de la verge peut survenir spontanément, c'est-à-dire sous l'influence de causes internes, ordinairement peu connues. Cette assertion est trop vague et aurait dû être précisée. Ce que je crois, c'est que, étant donnée une inflammation localisée de la verge, il peut parfaitement se déclarer un pénitis sous l'influence, par exemple, d'un état général mauvais, résultant soit d'une diathèse, soit d'une maladie giave, telle qu'une fièvre typhoïde. Boyer a, il est vrai, donné des cas d'inflammation de la verge survenue sous l'influence de cette dernière maladie ; mais ce sont là des faits de phlegmasie localisée et non de vrais pénitis. Je les ai d'ailleurs cités dans un précédent chapitre.

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Toutes les causes susceptibles de déterminer une inflammation quelconque de la verge peuvent, par cela seul, provoquer un pénitis par le simple développement et l'extension do cette inflammation. L'observation suivante nous montre un cas de cette affection consécutif à une contusion,

Obs. LXXIV. — Un homme âgé de quarante ans, pendant un Yojage à eheTal, airait eu le pénis violemment contus par la pression exercée sur la selle. Quelque temps après, il eut une Tive inflammation de la verge dont la peau, ainsi que le scrotum, furent bientôt frappés de gangrène. Le corps caverneux, dénudé entièrement, tomba en putréfaction : les parties les plus molles qui le composent disparurent par une sorte de fonte, et, chose remarquable, son tissu fibreux, qui est épais et élastique, résista, se resserra sur lui-même, et bientôt la verge ne fut plus figurée que par un cordon du volume d'un tuyau de plume. Les deux testicules, complètement dépouillés de leurs membranes, flottant à nu et suspendus à leurs cordons, étaient parfaitement isolés et comme disséqués. Le malade mourut d'une fièvre adynamique (1).

J'emprunterai également à Moulinié l'observation suivante qui montre une inflammation profonde de la verge provoquée par un corps étranger appliqué à l'extérieur de cet organe.

Obs. LXXV. — Un enfant de onze ans entra à l'hépital le 26 juillet avec une inflammation violente du pénis. Cet organe était in'égulièi*ement tuméfié : il y avait une strangulation au centre, et il fut bientôt facile de reconnaître que la dépression était due à l'action d'un corps étranger. Un anneau métallique serrait fortement le pénis : c'était un dé de tailleur, un de ces dés à deux ouvertures, dans lequel l'enfant avait passé sa verge. Aussitôt le gland s'était tuméfié et un étranglement inévitable avait produit des accidents inflammatoires. A l'entrée du malade, on parvint à couper le dé, qui faisait office d'anneau et qui heureusement était en cuivre.

Une inflammation très^vive s'étant déclarée, amena une teinte bleuâtre et des eschares gangreneuses s'établirent. A leur chute, on aperçut une profonde ulcération qui faisait tout le tour de l'organe. Celui qui alors eût vu l'état des choses, à l'aspect qu'of&*ait un ulcère profond à fond grisâtre, à bords épais, aurait cru à l'existence d'un ulcère vénérien, lorsqu'il n'y avait que plaie par agent mécanique. Une chose digne de remarque, c'était le gonflement du prépuce et du gland, persistant après l'enlèvement de l'anneau.

^1) .Moulinié, op. dt,, 1. 1, p. 8H.

ft4 LÉSIONS INFLAMMATOIRES DU PÉNIS.

La strangulation a^ait produit une accumulation de fiiddes, et par conséquent une tuméfaction considérable ; cette tuméfaction ayait persisté et les tissus étaient demeurés gonflés et indurés, en un mot, sciérémiés : cela tenait à ce que les artères, les Teines, les Taisseaux Ifmphatiques ataient été coupés par le traxail inflammatoire suscité par Tanneau. Il n'y avait plus de Toie de retour pour les fluides contenus dans la partie antérieure de la verge. Il semblait que cet organe, daos son centre, était réduit au canal de Turèthre, qui maintenait encore sa continuité; le corps caverneux était divisé; il eût fallu p«>u de chos^ pour opérer la chute de la moitié antérieure du pénis. Aus^i a-t-il été nécessaire d^user de beaucoup de soins pour parvenir à conserver une portion de Torgane, tenant à un mince pédicule; les artères dorsales de la verge n*apportaient plus de matériaux de nutrition : on ne pouvait compter que sur les artères centrales du corps caverneux ; or, leur intégrité était douteuse.

Évidemment, les vaisseaux principaux étaient détruits ; la lenteur dans la marche de la cicatrisation en donnait la preuve. On songeait au rapprochement de la peau de la racine de la verge vers celle qui recouvre le gland, mais il eût fallu aviver Tune et Tautre; c*eût été une perte de substance plus grande, et le résultat eût été douteux ; il valait mieoi observer et seconder la nature. On a vu avec satisfaction se former trèslentement le travail inodulaire, et la membrane de cicatrisation s*organiser. La peau d'arrière s*est sensiblement rapprochée de la peau d'avant, et la surface de la plaie est graduellement devenue moins grande.

Mais ce n'était pas un simple rapprochement et une cicatrice qui devaient s'opérer, il fallait encore des voies de retour pour les fluides qui étaient demeurés accumulés dans le prépuce et dans le gland et qui les tenaient comme hypertrophiés. Tout cela s'est fait à la longue (1).

La masturbation fréquemment répétée, ainsi que le coït immodéré, peuvent être la cause d'accidents inflammatoires graves, d'un pénitis. Nous avons du reste déjà vu qu'un cas de phlegmon du bulbe, terminé par la mort, avait été provoqué par cette dernière cause (obs. LXXllI). On comprend d'ailleurs que la phlogose physiologique qui constitue l'érection puisse se transformer, par une répétition trop fréquente. en une phlogose pathologique sous rinfliience de cet épuisement nerveux, suivi d'une espèce de -idération générale, qui est la conséquence de la surexcitation du système nerveux poussée à un trop haut degré et d'une façon trop continue.

;1) Moulinié, toc. ci7., t. I, p. î^3.

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Ënfln les accidents vénériens peuvent également déterminer un pénitis accompagné ou non de gangrène, surtout quand il y a phimosis, ainsi que le montre l'observation suivante (I).

Obs. LXXVI. — Le mnlade en question, matelot, entra à Thôpital le 20 novembre 1852.

Il dit avoir eu toujours uu prépuce tr^8•lo^ff: et n'aYoir jamais pu découvrir complètement le gland.

Une semaine avant son entrée, à la suite d'un coït suspect, il surtint un écoulement purulent de dessous le prépuce (balano-posthite). Le passage de T urine n'était pas douloureux, mais le mal augmenta rapidement jusqu'au jour de l'entrée.

A cette date, on trouva le gland très-enflammé. Les téguments présentaient une coloration rouge-violacé foncée et étaient gonflés au point que le volume du prépuce était triplé.

A travers le prépuce on voyait une vaste ulcération irrégulièro, occupant la surface du gland et recouverte de pus sanieux.

Insomnie, ventre ballonné, constipation, peau chaude, pouls h 100.

On excisa le prépuce, et Ton mit ainsi k nu le gland, occupé par une uloération phagédénique, toute sa surface présentant une colonttkm jaunâtre foncée et sécrétant un pus sanioux, fétide.

On toucha toute la surface ulcérée du gland avec du nitrate d'argant. Le membre fut enveloppé de compresses arrosées de teinture d'opium.

L*état du malade s'améliora rapidement. Le gonflement du pénis diminua, ruicération se couvrit de granulations et se cicatrisa bîenfAt.

On renvoya le malade guéri le 4 décembre.

Symptômes. — LHnflammation du p^nis est caractérisée par le gonflement, la tension, la douleur, la chaleur et la rougeur ; quelquefois il y a difficulté d'uriner et même rétention d'urine. En même temps il s'établit ordinairement un suintement muqueux à rextrémité de la verge.

L'inflammation de la verge u presque toujours une marche aiçuë ; elle se termine ordinairement par résolution. Quelquefois cependant il se forme de petits abcès, surtout entre les deux faces du prépuce. Il est rare que l'inflammation de la verge se termine par gangrène, ci lorsque cela a lieu, la mortiflcation est presque toujours bornée aux téguments. Sou-

t^ Saini'Barthohmno*i Hosp. fffpoWi. ISSt, t. VIII, p. 5S7.

ili LÉSIONS INFLAMMATOIRES DU PÉNIS.

l'urise «uintait parfoii par la plaie. Finalement, le malade prépeali •ttCcesiWement, du côté de la Terge, les symptômefl suivantt :

i«' juin. La peau de la ^erge est rouge, tendue et douloaraote, à la partie inférieure.

2 juin. Le malade a un violent frisson, et le soir nous Itoutobs une fleure intense. Le pus s'est collecté à la partie inférieure de la Ternie, un peu à gauche et en arrière. Une incision donne issue à du pnsauei épais et crémeux. Le malade est soulagé momentanément. On retire U sonde en caoutchouc qu'on laissait à demeure, et à laquelle on est tenté d 'attribuer les derniers accidents. La miction est possible, quoique pénible et douloureuse.

5 juin. Le pénis présente doAs sa totalité un Tolume énorme; il semble dans l'état d'érection. Au toucher, on perçoit une sensation dt dureté plutôt que d'empâtement. La pression est médioomnent douloureuse ; le malade a des douleurs spontanées, sourdes, mais peu prononcées. La peau de la \erge est rouge et légèrement tuméflée. La miction est devenue très-douloureuse ; la fièwe est modérée ; M. Demarquay diagnostique un pénitis.

Le surlendemain, le malade fut pris tout h coup d'accidents fort graTes : frissons Tiolents, pâleur, puis teinte sub-ictérique de la penu; embarras de la respiration, avec tous les signes d'une pleurésie gauche. Bientôt survinrent du délire loquace, du hoquet. Le malade ne tarda pas à tomber daus le coma et succomba le 10 juin.

L'autopsie fut refusée et l'on dut se contenter d'enlever la verge , dont la figure \ de la planche I donne une coupe, et dont l'examen donna les résultats suivants :

!• Coups caverneux. — A. Gauche. — Les altérations portant principalement sur la partie moyenne. Là, nous noterons d'abord un véritable foyer purulent formé par la destruction complète des cloisons. Il est rempli d'un pus crémeux et verdàtre dans lequel flottent des débris de cloison sous forme de minces filaments. Le foyer présente une longueur de 6 centimètres. Il est plus large en avant qu'en arrière. A sa périphérie se trouvent plusieurs petites cavernes également remplies de pus, mais où la destruction des cloisons est moins avancée.

B. Drint. — Les lésions sont à peu près les mêmes ; nous trou¥ons également un foyer purulent. Celui-ci ne présente que 4 rentioaètresen longueur, mais il est plus large; de plus, les trabécules sont détruits complètement et ne persistent même plus h l'état de minces filamenti. En arrière, vers la racine du corps caverneux, se trouve un seoood foyer, peu étendu, et rempli de pus concret.

f^ Uréthke. — A. Muqueuse, — Vascularisation assez intense dans le tiers antérieur, pâleur prononcée postérieurement. Au voisinage du

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bulbe, nous trouTons du pus collecté dans le tissu sous-muqueux «t présentant Taspect de gros grains de chène^is déprimés.

B. Portion spongieuse, — A4 centimètres en arrière du gland^ le canal est disséqué par un abcès dans ses parties postéro-latérales. Le bulbe présente une infiltration purulente rappelant celle des corps caverneux.

En ré8U^lé, destruction des trabécules centraux, infiltration purulente des trabécules pariétaux et des espaces caverneux, résistance spéciale des artères, des fibres musculaires ainsi que des éléments fibreux ou élastiques du tissu conjonctif, tels sont, d'après M. Nepveu, qui a fait l'examen liistologique de cette pièce, les traits caractéristiques de la lésion.

Traitement. — Le traitement de l'inflammation de la verge varie selon les périodes de la maladie. Les cataplasmes émoUients ou les fomentations et les bains locaux de même nature, les boissons rafraîchissantes conviennent généralement dans le début.

Plus tard, s'il se forme des abcès, on les ouvre.

Lorsque Tinflammation se termine par gangrène, il faut appliquer sur la verge des cataplasmes de poudre de quinquina, faire des lotions avec le vin aromatique», et, lorsque les eschares sont détachées, on panse les ulcérations qui leur succèdent, avec un linge imbibé de glycérine.

Lorsque la gangrène s'étend aux corps caverneux, qu'elle se borne circulairement et que la surface de la plaie que laisse la chute des parties mortifiées est perpendiculaire à l'axe de la verge, ou, du moins, qu'elle a très-peu d'obliquité, la guérison en est facile et les pansements sont peu douloureux. Mais lorsque la gangrène s'est bornée irrégulièrement, que la plaie qui lui succède a une surface fort étendue, inégale ; que le passage de Turine et les pansements causent de trèsvives douleurs, on doit faire l'amputation de la portion du corps caverneux et de l'urèthre laissée à nu par les eschares.

Dans tous les cas, il ne faut jamais pratiquer l'amputation du pénis qu'après la séparation des parties mortes, car c'est seulement alors qu'on peut connaître d'une manière certaine si la gangrène occupe les seuls téguments ou si elle s'étend

à tout le corps de la verge. Or, on sent combien serait grare Terreur si Ton faisait l'amputation de cet organe pour une simple gangrène de la peau. On priverait de ses facultés viriles un individu qui les aurait conservées sans cette opération intempestive. D'ailleui's, c^est seulement quand les eschares sont détachées qu'on peut juger de la diffprmité de la plaie et de la nécessité de la rendre plus régulière.

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