VÉGÉTATIONS DU QLAND ET DU PRÉPUCE. 3S
Les végétations ne sont pas contagieuses, comme quelques personnes l'ont avancé. On peut rencontrer des individus qui, ayant ou des rapports avec des femmes affectées de végétations, en présentent ensuite sans qu'elles leur aient été communiquées. Dans ces cas, du reste fort rares. Ricord dit qu'il n'y a certainement qu'une simple coïncidence et non nu fait de contagion.
/Jinyiiostir. — Le diagnostic des végétations est ordinairement farilt? ; cependant, développées dans des pro[)ortions énormes, et incarcérées <lans un prépuce étroit, elles compriment et atrophient le gland, ou contractent des adliérences avec le |jrépuce : là elles s'indurent dans un point, se ramollissent dans un autre, et, gênées dans leur circulation, elles se fraijpent de gangrène, fournissent des suppurati(ms fétides et iciioreuses et peuvent élre prises pour des dégénérescences dues au cancer. Ces erreurs ont pu être encore plus faciles dans quelques circonstances où, indéi)endammont de la déformation des parties par leur grand développement et d'abondantes suppurations, elles déterminaient de la pâleur souvent analogue à la teinte jaune paille de la cachexie cancéreuse. L'ablatitm des végétations, en permettant de constater qu'elles s'implantent a la surface du gland et non i)as profondément dans la substance de cet organe, lève tous les doutes que l'on peut avoir sur l'existence d'un cancer ; toutefois, il existe dans la scieiice des observations qui établissent que des chirurgiens tré.s-dijitingués ont pris pour des cancers végétants du gland de simples végétations <lnes à riiypi'rtrophie des papilles <lu derme. Du rt»<le, Paul d'Iilgine distinguait très-bien c(*< végétations de nature si différente; il dit que, parmi les végétations, les unes sont malignes, les autres ne le sont pas: celles-ci doivent être rasées avec Tinslrnment tranchant, et il faut les saupoudrer avec la pierre (l'airain ; tandis qu'après avoir enlevé les végétations de mauvaise nature on doit avoir recours à la cautérisation avec le feu (I ;.
(l) Paul d'Kgiiie, De re medicaj liv. VI, cliap, iaiii, p. 57 4.
Bit TUSIBURS F.T LÉSIONS ORGANtODES.
La distinction «les vi'-f(êtations bénigne» et malignes K ausfi iiidiqu^p dans Aétiiis (1), qui s'est é^alemeat occupé de leurtrailemenl.
Primostrc. — Lu pidnoslic n'offre rien de grave. AbandonniVs à L'Ilos- mêmes, elles restent quelquefois station nairp>: d'autre.«foi^ elles augnii'nleut toujours, mais alors niêuitqu'elles sdnt devenues très-cimsidéiables, on peut les enlewr el liipénition n'est pas suivie d'accidents.
Trailt-iiii-itt . — i,rs végétations diiivcnl être enlevées avpc les eiseiiux ninilies ; lliémoiThagie esl facilement arrêtée |>ar la cautéiisation avec le uiliate d'argent on l'acide nitrique: le plus suiivenf jiar des lotions avec de l'eau três-fi-oide, et un pansement avec de la charpie et de l'alun cnlciné.
Ortains priitlcieus enlèvent les e\croissaiii-es par la lig>-
(1) VrliL.
VÉaÉTATlONS DU GLAND ET DU PRÉPUCE. 3i5
ture quand la tumeur naît du gland même et quand l'hémorrhagie est à craindre, ce qui est une crainte sans motif. Je pense que toujours l'excision doit être préférée à la ligature; du reste, la ligature est mentionnée dans Paul d'Egine, ainsi que la cautérisation.
Pour éviter l'opération, on a conseillé de faire un pansement, deux fois par jour, avec <les lotions vineuses et une poudre de sabine et d'alun calciné, parties égales, dont on applique une couche épaisse. Les végétations se dessèchent considérablement et tombent, ou le malade peut les enlever aisément. J'ai tenté plusieurs fois remploi de ce moyen, mais sans succès.
On trouve dans la Bibliothèque germanique une observation d'excroissances du gland guéries par l'application d'une solution de tartre émétique, parle docteur Kraul (i).
Obs. C. — Un hoinme, ti*ès-rol)uste, qui, dès sa première jeunesse, avait mené une ^ le fort libre sans que ses forces parussent en avoir souffert, se maria à Tàge de vingt-deux ans. Trois mois après, il lui survint, «lerrière le p:land, une excroissance ou poireau, qui ne le gênait point dans la copulation : aussi la porta-t-il quelque temps sans en être incommodé, dépendant, au bout tle deux ans, il fut obligé de mettre un fi*ein à sa lubricité ; le poireau s\i|;randit, devint douloureux ; il en survint même d'autres, qu'il crut vainement pouvoir guérir en s'abstenant de tout commerce avec les femmes. Le mal empirait sans cesse ; il se détermina entin à consulter sur sa maladie. La partie postérieure de la couronne du gland était tellement chargée d'excroissances que le prépuce ne pouvait plus être amené sur cette partie : la plus grande de ces tumeurs était de la grosseur d'une noisette. Kraul, qui regarda connue impossible de les emporter avec l'instrument, parce que leur base était trop large, prescrivit une dissolution de i ^^ros de tartre émétique dans 2 onces d'eau, et recommanda au malade d'en laver les tumeurs avec un pinceau. Le désir d'être promptemeut guéri engagea celui-ci à renouveler cette lotion jusqu'à douze fois par jour. Pendant les premiers huit jours, il le fit sans aucun succès ; mais ensuite les poireaux diminuèrent journellement. Kraul, en conséquenct*. en fit continuer l'usage avec assiduité, et, dans l'espace de cinq semaines, la maladie fut parfaitement guérie.
(i) Bibliothèque germanique médicO' chirurgicale, t I, i». 90, et Hufeland, Journal d9 médecine, t. V.
En parlant de la marche de» végétations, j'ai dit que, dan? certains cas, elles se fendaient dans leur hauteur, tandis que d'autres fois elles étaient comme cornées; peut-être le*» poudres escharoliques n'agissent-elles que sur les première?, tandis que les autres ne disparaissent que si l'on en fait l'excision : ce (jui expliquerait les bons résultats obtenu^ dans certains cas par l'emploi des poudres d'alun et de Sabine et des lotions avec une solution d'émétique.
AKTICLE m.
rROlJUCTlONS CORNÉES DU GLAND.
Les productions cornées se développent rarement sur les parties de la peau où le tissu cutané se change en membrane muqueuse; cepiîndant il existe dans la science plusieurs observations de cornes développées sur le gland. Breschet Irouve que cette disposition accidentelle rappelle l'état normal de quelques animaux et particulièrement ceux du genre fe/is{\),
Caldoni a décrit (2) (»l donné la figure d'une corne qu'un houmie portfiit sur le gland; Khers a vu un cas semblable. Breschet (3) a excisé des lamelles cornées qui s'élevaient du gland d'un sujet très-avancé en âge.
En 1854, t^aron (4) fit voir à la Société anatoniique une corne qui s'était développée sur la muqueuse du gland chez un garde foreslier de Saint-Germain, âgé di^ quarante-cinq ans; elle siégeait sur la muqueuse du gland entre le rebord postérieur et le uuNit, [)rès du frein et du cùté gauche. Sa base, qui adhérait h la suhstancc du gland, en occupait toute la hauteur; son sonmiet honqué était sec, rugueux et légère-
(I) Breschet, Diclionnaire en 30 vol., t. IX, p. 116, article Productions
COHNKKS.
(i) Cakioiii, Usscrvazioui onai. palliol., obs. 13, in Mem, dêUa SocêttuUaiiana, t. XVI, p. \ih.
(3) Breschet, /or. cit , p. 113.
(4) Société anntomique, l8o'». p. i3o.
PRODUCTIONS CORNÉES DU GLAND. 8t7
ment fendillé; le corps, long de 45 à 48 millimètres, était irrégulièrement prismatique et triangulaire; il était recourbé sur lui-même, de sorte que la pointe regardait en arrière et en bas dans l'état de flaccidité de la verge. Le malade n'en souffrait aucunement; depuis quelque temps seulement, le coït était devenu impossible et pour lui et pour sa femme, à cause des douleurs qu'il provoquait.
Otte production, qui avait débuté deux ans auparavant, fut enlevée avec des ciseaux le 20 juin 4854; quatre jours après le malade était guéri.
On?. CI. — l'n jeune honnne tle \ingt-deux ans avait été opôré, en t846, d'un phimosis congénital. Trois mois après étaient survenues des Téffétations sur la cicatrice de l'incision : on les excisa, mais elles repullulèrent au bout de deux ans. Nouvelle excision. Aussitôt après, il se forma une petite tumeur, à cùtc de la cicatrice, sur la partie gauche du gland. Elle augmenta peu k peu de volume. Eu quelques mois, elle avait 3 pouces et un quart de longueur, mesurant trois quarts de pouce de diamètre à sa base et se terminant en pointe. Rrune, lamellée, elle avait l'aspect de la corne et en répandait aussi l'odeur, lorsque le malade (ce dont il s'avisait souvent pour amuser ses camarades) en faisait brûler l'extrémité. Elle ne causait aucune douleur, mais gênait seulement les fonctions. On l'en débarrassa, en comprenant dans l'excision une partie du gland. Aujourd'hui, quatre ans après l'opération, il n'y a pas eu de récidive (I).
L'origine de cette production éclaire le mécanisme de sa formation. C'est évidemment dans une perversion de la sécrétion épidermique qu'il en faut chercher lu source; et cette même cause, après avoir produit les végétal ion*^, a bien pu, à un degré d'action plus prononcé, déterminer le développement du tissu corné.
La surface de toutes ces végétations est rugueuse et fendillée comme l'écorce d'un vieux chêne; on v voit des stries longitudinales et des stries circulaires (jui sont h; vestige des stries circulaires des ongles de l'ht^mme, des griffes et des cornes des animaux. Du reste, la consistance de ces productions épidermiques est de beaucoup inférieure à celle des
(I ) Jewelt, SeW' York Aîed. Times, déc. 1858, et Gas, heàdom., 1854, p. 480.
cornes et des ongles ; c'est un tissu corné imparfait qui tieBl le milieu entre le tissu corné normal et les concrétions épiderniii|ues qui résultent d'une sécrétion morbide. Lcf^ pnn ductions cornées présentent à leur hase d'implantation un^ cavité remplie par une très-grosse papille, qui est Korgaiï? formateur, la matrice de celte |>roduction. Celte gros?e papille est le résultat de l'agglomération de papilles filiforme?, pressées les unes contre les autres. Chaque papille est l'organe formateur d'une production cornée filiforme, et, (k l'ensemble d(» ces productions cornées filiformes résultent !•»? producti(Uis c(u-nées totales. Du reste, Cruveilhier. à qui non? empruntons ces détails (1), pense que le mécanisme de la formation de ces cornes accidentelles est identique avec celui de la formation dt»s cornes, des <lents, des poils et des ongle*, et consiste flans uru» successinn d'étuis emhoîtés à la manière des cornets (l'oublifs; de telle» sorte (|ue ce sont les cometx< le plus réci'nnuenl foiinés qui louchent et emhoîtent la papille, tandis que les cornets (jui sont le plus anciennement formés occupent l'extrémité libre de la corne.
Lorsqu'on fait brûler ces producti(ms cornées, elles répandent l'odeur de la corne.
L'analyse en a été faite plusieurs fois et a montré qu'elle? renferment un dixième d'eau environ : lorsqu'on les fait macérer dans IVau, elles paraissent éprouver une sorte de boursouflement et un commencement de décomposition ; mais la putréfaction respecte les fibres longitudinales et semble s>mparer seulemeut d'une matière graisseuse qui existe entiv chaque fibre. Du reste, l'eau de macération, filtrée et maintenue longtemps à la lempératun* de 100 degrés, ne s** trouble pas par la concentration, ne donne aucun précipité ni par le sous-acétate de plomb, ni [)ar les autres réactifs des substances animal(»s : ainsi l'eau froide ne dissout aucun principe de celte excroissance. Les (lifTérenls acides ont agi sur elles absolument comme sur les cornes des animaux.
(1) Traité danahmie pathologique, l. 111, p. 9.;o.
PRODLCTIONS CORNEES DU GLAND. 329
Ainsi Tucide sulfuriqiie à froid est sans action, car, après une macération prolongée de la matière cornée dans cet acide, la potasse n^a pas troublé la liqueur; l'acide azotique Ta jaunie à froid ; cet effet est plus prononcé à chaud et disparaît si on prolonge la chaleur, sans doute à cause du dégagement d'acide hypo-azotique. L'ammoniaque liquide paraît sans action. Une dissolution concentrée de potasse décompose les sels ammoniacaux de la corne, ce qui se reconnaît à une légère odeur ammoniacale qu'exhale la dissolution.
La fibrine, l'albumine et la gélatine étant les trois principes animaux qui sont la base de presque tous les tissus, c'est à en déceler la présence que les chimistes se sont surtout attachés. Les cornes ne contiennent ni albumine ni gélatine, car si on met dans l'eau distillée une certaine quantité de corne rApée, après Tavoir lavée avec l'alcool, pour en extraire la graisse, la liqueur, soumise à une ébuUition assez longue pour la réduire des neufdixièmes,nese trouble pas et ne se prend pas en gelée par le refroidissement ; elle ne donne aucun précipité par le tannin, qui accuse une seule partie de gélatine dans 5000 d'eau ; enfin le chlore ne la trouble pas non plus. Le bichlorure de mercure, qui trouble assez sensiblement la liqueur, semble déceler la présence de l'albumine ; mais (;ette donnée est trop vague pour conclure que la matière animale des cornes est de l'albumine: à moins d'admettre, comme Vauquelin, que r'est de la fibrine modifiée, de l'albumine oxvgénée. Du reste, les cornes des animaux, soumises aux mêmes réactifs, donnent les mêmes caractères; d'où l'on est en droit de conclure que, parla composition chimique, ces végétations offrent une identité avec les prolongements frontaux dc^ animaux, en exceptant toutefois les cornes du cerf, qui contiennent plus d'un quart de leur poids de gélatine, ce qui les rapproche beaucoup des os.
Cruveilhier a établi (1) qu'un des faits les plus importants relatif aux productions cornées, c'est que le tissu cutané qui
(1) Loc. cit. y p. 93i.
le» supporte peut dégénérer en cancer : mais ?i, dans un certain nombre de cas, le cancer cutané a été consécutif à lafo^ mation de productions cornées, il n'est pas rare de voir k production cornée se développer sur un cancer. Le fait suivant, rapporté par Richond-Desbnis, en est un exemple (I).
Obs. CII. — Le 20 a\ril i82o, un paysan d'un village placé à qu»4ques lieues du Puy \int trouver M. Richond pour être traité d*un cancer à la yerge. Le prépuce, tendu et tuméfié, était dur, épaissi et commr cartilagineux dans sa partie antérieure ; près du filet, il était réduit ei une espèce de matière caséeuse, mollf, surmontée de végétations bhnchàtres. Des deux côtés existait une énorme végétatiou i-ouge, saignant au moindre tiraillement ; le gland était recouvert d*uue croûte noire, dure, qu'on ne pouvait détacher que difficilement ; au-dessoii$ de cette croûte, on observait un tissu particulier en lequel avait dégénéré le gland, et dont on pouvait enlever, avec les pinces, des portions assez grandes, sans amener d'écoulements sanguins. La base du gland étiit le siège d'une abondante et fétide suppuration ; du reste, il y avait peu de douleur, les urines coulaient librement. 11 existait un autre abcès sur le trajet de la verge et un bubon assez volumineux et un peu douloureux dans l'aine droite. L'auteur enleva d'abord toute la partie du prépuce malade, ainsi que la végétation, et attendit que cette pluie fût dans un bon état pour attaquer la maladie du gland. Peu de jour» après, il couvrit cet organe d'une couche épaisse de poudre de Rousselot, détrempée avec de la salive : au bout de peu de temps, il arriva à la partie saine ; mais l'irritation produite par le caustique, faisant devenir malades des parties saines, M. Richond en revint au bistouri, et, au bout de deux mois, la giiérison fut complète, ou & peu près : il ne restait plus sur le gland qu'un point blanc, dur et dispot>é â végéter quand le malade partit pour son village, eu promettaut de revenir. H revint, en effet, mais le mal avait fait des progrès. De nouvelles incisions furent pratiquées et le malade s'absenta pendant trois mois ; alors le gland était affecté et le prépuce douloureux dans la moitié de son étendue; le bubon revint. La vue du bistouri effraya de nouveau le malade, qui resta un an sans voir M. Richond. Alors les altérations du prépuce étaient profondes et le glaml servait de base à une énorme corne a\ant 1 pouce de diamètre et 2 de hauteur; lui-même en avait coupé le sommet (juelques jours auparavant. La foime, la couleur et U consistance de cette nouvelle production étaient les mêmes que celles d'une corne ordinaire: si on la brrtlait, elle répandait une odeur de corne brûlée très-prononcée ; la lamr evtéiieure de cette corne était
(t) Archives générales de médecine, octobre 1827.