Lelt7^e de M. E. Devaiix
La Bazoche, 19 novembre 1891.
Vous me demandez des renseignements sur les spores que vous m'avez fournies en vue de la destruction des vers blancs; je m'empresse de vous les envoyer, heureux s'ils peuvent vous être de quelque utilité.
DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l'aGRIGULTURE. 45
Après avoir procédé suivant vos indications, les corps de quelques vers blancs contaminés ont été répandus un à un dans une pièce de terre de neuf hectares plantée en betteraves, carottes et pommes de terre. La quantité de vers blancs y était incalculable, ils m'ont détruit les quatre cinquièmes de ma récolte de pommes de terre, et l'on a pu trouver à un pied quarante-deux vers. Pour ce motif, la récolte ayant été faite prématurément, les vers contaminés ont été mis après celle-ci terminée, et voici ce que j'ai constaté.
Lorsque, vingt-trois jours après, l'on a commencé les labours pour les blés, 75 à 80 p. 100 des vers retournés par la charrue étaient malades, les uns présentant tous les caractères indiqués dans vos instructions, les autres dans un état moins avancé, mais suffisamment atteints déjà pour n'avoir plus la force de s'enfoncer en terre et mourir sur place. Le succès était tellement évident que plusieurs personnes de ma commune sont venues ramasser des vers pour les mettre sur leurs terres.
Dans mes betteraves, le résultat a été bien inférieur, et c'est à peine si 12 p. 100 des vers étaient atteints quoique le labour eût été fait trois semaines ou un mois après celui de pommes de terre.
Pour moi, en voici le motif. Dans la portion plantée en pommes de terre, comme celles-ci venaient d'être arrachées, les vers se sont remués, ont couru à la recherche de nourriture et, par conséquent, ont répandu la maladie un peu partout; dans les carottes et betteraves, au contraire, trouvant tout ce qui leur était nécessaire, ils n'ont pas bougé, car le ver blanc est essentiellement sédentaire.
J'en conclus, par conséquent, qu'il est préférable d'ensemencer avec les spores les terres privées de récoltes et venant d'être labourées, la contamination se produisant presque instantanément. Un dernier mot en terminant, pour répondre aux craintes qui m'avaient empêché d'essayer le Botrytis tenella, dès son apparition, craintes que je sais être partagées par un grand nombre de personnes.
Environ 250 ou 300 poules ont, selon leur habitude, accompagné les deux charretiers pendant tous les labours ; ce qu'elles ont consommé de vers blancs est incalculable, et pas une n'a été indisposée; c'est, je crois, la preuve évidente que ces spores ne présentent aucun danger pour les autres animaux.
Le résultat accusé par cette lettre est plutôt trop favorable. Il a suffi de disti'ibuer quelques vers blancs contaminés sur un espace de neuf hectares, pour obtenir en 23 jours la destruction de 75 p. 100 des mans qui ravageaient ces champs.
Or, nous savons ([u'il faut au moins quinze jours pour qu'-un ver contaminé se transforme en momie et produise des spores, qui
seules peuvent, à leur tour, transmettre la contagion à d'autres sujets.
Il aurait donc fallu que tous les vers blancs du champ en question soient venus en 2 ou 3 jours se frotter contre les momies sporulées pour devenir malades 5 ou 6 jours après.
Cela nous semble inadmissible et si les 75 à 80 p. 100 des vers signalés dans la lettre comme malades étaient réellement muscardinés, il nous semble beaucoup plus probable qu'on se trouvait là en présence d'une épidémie spontanée.
7 . — Lettres de M. J. Triboudeau {élève diplômé de Grand-Jouan) :
Grand- Jouan, 13 novembre 1891.
J'ai complètement réussi dans l'essai que j'ai tenté, mais avant de vous répondre, j'ai voulu me rendre compte de l'efficacité du procédé. Hier, j'ai fjiit labourer la parcelle qui avait porté des betteraves et des carottes et dnns laquelle j'avais créé des foyers d'infection. A chaque raie de charrue, les laboureurs trouvent trois à quatre mans plus ou moins contaminés, les uns complètement recouverts du champignon destructeur, enveloppés comme dans un cocon blanc duquel se détachent en rayonnant les fdaments du parasite cherchant une nouvelle victime. Les autres ont seulement les premiers anneaux de leur corps attaqués par la terrible moisissure et affectent particulièrement la couleur violacée caractéristique.
Chaque raie mesurant 100 mètres de long, 33 centimètres de large, a donc montré quatre turcs détruits, ce qui représente un nombre de 1 200 par hectare. Il est incontestable que la charrue n'a pas mis à nu toutes les larves et que ce chiffre est un minimum ; nul doute donc que dans la période de trois années qui est nécessaire pour la transformation de la larve en hanneton on ne puisse arriver à détruire tous les vers blancs.
Le 26 mai 1892.
Monsieur,
Depuis mes premiers essais de l'automne dernier, j'ai trouvé sur des parcelles distantes de cinq à six cents mètres du premier champ contaminé un nombre assez grand de larves atteintes par le Botrijtis tenella et à une profondeur pour quelques-unes d'environ 0'",30. Ce fait semblerait donc indiquer que par un moyen quelconque la transmission et la propagation des spores ont dû s'opérer avant l'hiver ou les premiers froids, que, ceux-ci survenus, les turcs déjà malades s'enfonçant plus profondément ont Irouvé la mort dans leurs quartiers d'hiver où ils sont restés momifiés.
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