‹ Maladies contagieuses des animaux nuisiblesChapitre 4 sur 19 · LE VIRUS N · texte numérisé non relu

LE VIRUS N

Le microbe que nous avons trouvé sur les campagnols morts de l'épidémie observée en Seine-et-Marne est un bacille le plus souvent court et gros, mais présentant des formes très variées et dissemblables suivant les milieux et les conditions de culture. On le trouve toujours dans le sang et dans tous les organes d'un animal mort de cette maladie. Il se développe très rapidement et en grande abondance dans tous les milieux nutritifs artificiels connus. Exposé à une température de 18 à 20 degrés, un ensemencement du sang, par exemple, donne des cultures très apparentes et abondantes en 24 heures. Cultivé sur gélose, il donne d'abord des colonies rondes qui s'étalent rapidement, se confondent les unes avec les autres et finissent par former une couche uniforme d'un gris sale , légèrement verdâtre. Exposée à une température de 12 à 18 degrés, la culture se développe progressivement pendant 15 jours environ, ensuite elle semble disparaître ; les microbes se colorent moins bien et apparaissent sous forme de petits corpuscules arrondis qui ne présentent pourtant pas les contours nets des vrais coccus.

Us n'en sont pas moins bien vivants et on peut s'en convaincre aisément en grattant la surface avec un fd de platine et en réensemençant sur d'autres milieux.

Sur gélatine les cultures s'étalent moins, mais conservent, par contre, beaucoup plus longtemps leur apparence primitive.

Gardées à l'abri de la lumière et à une température ne dépassant pas 18 degrés, les cultures peuvent conserver leur virulence pendant très longtemps. A doses égales, les cultures de six et huit mois nous ont donné les mêmes résultats que les cultures de 8 ou 15 jours. Toutefois il n'en est pas toujours ainsi ; des cultures d'un mois nous ont donné quelquefois des résultats négatifs, de sorte que, dans la pratique, pour obtenir des résultats certains, on devrait employer de préférence les cultures de 8 à 20 jours.

L'action du virus nM a été expérimentée sur toutes les espèces de souris et de campagnols connues en France : Mus musculus, M. sylvaticus, M. rattus, M. decumanus, Arvicola arvalis, A, subterraneus, A. rutilus et A, amphibius. Il s'est montré extrêmement virulent pour toutes les espèces de campagnols, pour les souris domestiques, les mulots des bois et des jardins et les rats noirs; — son action sur les gros rats gris est moins prononcée.

La maladie produite par ce microbe est toujours mortelle pour les petits rongeurs et extrêmement contagieuse, une simple cohabitation suffit pour que l'infection soit communiquée par un animal malade à tous ceux qui l'approchent; ainsi toutes les souris bien portantes enfermées dans une grande cage avec une souris inoculée succombent toujours à la même maladie.

A l'autopsie on trouve généralement l'hypertrophie de la rate (cet organe devient deux ou même trois fois plus volumineux qu'à l'état normal), la dégénérescence graisseuse du foie plus ou moins prononcée et une congestion générale de l'intestin et du péritoine. La durée de l'incubation est très variable suivant la force de résistance des individus et aussi suivant les différentes espèces de souris et de campagnols.

Une injection hypodermique de 1/10 de centimètre cube d'un bouillon de culture de M heures tue les souris généralement en 12 à 24 heures; toutefois nous avons observé des cas où la mort des individus inoculés n'est survenue que 5 et même 8 jours après l'opération.

Absorbé avec les aliments, le virus semble agir beaucoup plus rapidement sur les campagnols et les mulots que sur les souris domestiques et les souris blanches des laboratoires.

Pour les campagnols et les mulots, l'incubation peut durer 2 à 12 jours, pour les souris domesti(iues 5 à 20 jours. Quelquefois on observe des cas de mort foudroyante — l'animal meurt en quelques heures. -

La maladie ne devient manifeste qu'un ou tout au plus deux jours avant la mort. Le premier symptôme est une forte diarrhée, peu après on observe comme une paralysie de l'arrière-train, les jambes de derrière semblent inertes, l'animal se met en boule et ne bouge pliis

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de place jusqu'à la mort, il se laisse prendre à la main sans manifester le moindre mouvement de frayeur. C'est à cet état, pendant qu*ils sont encore malades, que les campagnols sont achevés et mangés par ceux d'entre eux qui sont encore bien portants.

Ces différences très sensibles dans la durée du temps d'incubation observées chez les individus de la même espèce ou appartenant à des espèces différentes peut provenir d'une prédisposition spéciale à la contagion plus grande chez certains individus que chez d'autres et peut-être aussi du degré de virulence des cultures que nous avons employées.

Cette dernière supposition nous a donné l'idée de sélectionner les cultures suivant que la mort des individus inoculés était plus ou moins prompte. L'ensemble des observations recueillies ne nous a pas encore fourni de données suffisantes pour nous permettre d'en tirer des conclusions dès à présent, mais nous croyons pouvoir affirmer que ce genre de recherches donnera certainement des résultats intéressants.

Premières expériences.

Avant de mettre le virus à la disposition des cultivateurs, nous avons fait expérimenter son action dans les champs infestés par les rongeurs dans un certain nombre d'écoles pratiques d'agriculture et notamment aux Merchines (Meuse) et à Berlhonval dans le Pas-de- Calais.

Aux Merchines l'expérience a été faite en mars et avril 1893 sur un champ de luzerne presque complètement ravagé. Elle a été dirigée par M. Julien Kranlz, directeur de l'école et propriétaire du domaine.

Au commencement de mars, M. Krantz a fait distribuer dans les champs infestés du pain imprégné de virus en plaçant un morceau de ce pain dans chaque trou de souris.

A partir du quatrième jour après cette opération on trouvait dans le champ en expériences et aux alentours des campagnols morts à la surface de la terre. En avril, on a fait défricher une partie du champ de luzerne. La charrue a mis alors à jour les galeries souterraines

remplies de cadavres de campagnols, tous plus ou moins rongés. (Les campagnols dévorent leurs morts et c'est à cette pratique qu'est due la propagation rapide de la maladie.) Le résultat obtenu a dépassé les espérances, les campagnols ont été complètement détruits non seulement sur le champ de luzerne en expérience, mais aussi sur une certaine étendue des champs de blé contigus.

L'expérience des Merchines a été pleinement confirmée par celle qu'a faite M. Dickson, directeur de l'école d'agriculture de Berthonval, sur des souris et des campagnols, tant en captivité que dans les champs. M. Dickson a constaté que les campagnols succombent plus rapidement que les souris domestiques, que ceux qui survivent mangent toujours les cadavres des premières victimes, aussi bien en liberté qu'en captivité, et enfin, que ces cadavres, quand ils sont mangés par les animaux de la ferme, poules, lapins, canards, chiens, etc., ne produisent sur eux aucun effet nuisible.

Application en grande culture, dans les jardins et dans les magasins.

Après que les expériences des Merchines et de Berthonval ont démontré l'efficacité et les avantages de destruction des rongeurs par le virus contagieux, un grand nombre de cultivateurs ont demandé de l'appliquer dans leurs champs, et nous avons pu faire ainsi toute une série d'essais pendant les mois d'août, de septembre, d'octobre et de novembre.

Nous n'en citerons que quelques cas se rapportant à trois espèces de rongeurs différents.

1° Destruction des campagnols sur le territoire de la commune de Payns (Aube).

Les terres de Payns sont très légères et friables avec du sable pour sous-sol. On y cultive principalement du seigle, un peu de blé, d'avoine, peu de prairies artificielles.

Les cultivateurs comptent ordinairement une année de mulols sur deux, ce qui veut dire que bien qu'il y ait des campagnols chaque

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année, ils ne deviennent très nombreux et dangereux pour les récoltes que tous les deux ans.

L'année 1892 ayant été une année de mulots, il y avait donc lieu d'espérer qu'en 1893 il y en aurait moins. Toutefois la sécheresse et la chaleur exceptionnelle du printemps et de l'été de 1893 ont été tellement favorables à la multiplication et au développement des campagnols, qu'une grande invasion était à craindre pour l'automne.

La configuration du pays est très favorable pour le développement des campagnols. C'est une vallée- plate, large de 10 à 15 kilomètres, coupée par la Seine et bordée des deux côtés par des coteaux marneux. Les campagnols apparaissent en grand nombre ordinairement en juillet et en août au bas de ces coteaux, se répandent ensuite peu à peu dans la plaine jusqu'aux bords de la Seine.

Les années d'invasion, les semailles d'automne sont généralement complètement perdues, les grains sont mangés pour ainsi dire derrière le semoir, les prairies artificielles sont parfois rasées en une seule nuiL

Devant ce danger menaçant, le conseil municipal de Payns a décidé, sur la proposition d'un de ses membres, M. N. Sainton, de faire aux frais de la commune un essai de deslruction des rongeurs par le virus contagieux.

La première opération a été faite le 22 août dans les conditions suivantes :

30 tubes de cultures virulentes de huit jours ont été dilués dans lOhtres d'eau; dans cette solution on a trempé 12000 morceaux de pain blanc de 1 centimètre cube environ.

Ce pain préparé a été distribué sur une étendue de 20 hectares; on plaçait un morceau de pain dans un trou sur quatre en moyenne.

Les 5 et 6 septembre suivant on a trouvé des campagnols morts un peu partout sur les champs en expérience.

Le 13 septembre on a labouré un champ de 35 ares criblé de trous (en moyenne 10 trous par mètre carré). Au moment du labour on n'a trouvé dans ce champ qu'un seul campagnol vivant, huit jours après le labour on n'a trouvé sur toute l'étendue de ce même champ qu^ 50 trous de campagnols.

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Ces 50 trous farenl de nouveau garnis de pain imprégné et fermés quelques jours plus lard — ils ne se sont plus réouverts.

Sur d'autres parties des 20 hectares en expérience dans les champs de sainfoin, on ne trouvait qu'un trou réouvert, en moyenne, sur cent fermés.

L'essai a donc donné des résultats complètement satisfaisants. Deux distributions successives à un mois de distance ont suffi pour détruire tous les campagnols.

Les frais de cet essai se sont élevés en tout à 63 fr. 10 c. pour 20 hectares, c'est-à-dire à 3 fr. 15 c. par hectare.

Destruction des campagnols et des mulots an hameau « La Borde » , près Bar-sur-Seine (Aube),

Sur la demande de M. Guyard, président de la Société d'agriculture et du Syndicat agricole de Bar-sur-Seine, nous nous sommes , rendu le 29 septembre 1893 au hameau La Borde où des champs, d'une étendue de 50 hectares environ, étaient fortement infestés par les petits rongeurs.

Nous constatons d'abord que la situation du hameau et la nature de ses terres se prêtent très bien au développement des campagnols.

De bonnes terres fortes, argileuses, assurent une grande consistance aux nids et aux galeries souterraines des rongeurs; d'autre part, les pentes assez prononcées de tous les côtés permettent l'écoulement facile des eaux et empêchent les inondations qui, dans d'autres conditions, détruisent un grand nombre de ces animaux au printemps et en automne.

L'inspection des champs envahis nous montre que le nombre de trous varie de 5 à 15 par mètre carré ce qui, en comptant 1 rongeur pour 5 trous, en moyenne, donne 10 000 à 30 000 de ces animaux "par hectare.

Des pièges placés la nuit dans les champs envahis ont pris quelques rongeurs et nous avons pu constater la présence dans ces champs de campagnols (Arvicola arvalis) et de mulots {Mus stjlvaticus), ces derniers dans une proportion bien moins forte.

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La distribution des cultures virulentes a été faite dans les conditions suivantes :

120 tubes de culture de 5 et de 6 jours ont été dilués dans 50 litres d'eau bouillie et salée. Dans cette solution on a trempé 80000 morceaux de pain bis de 1 à 1 i/2 centimètre cube. Le pain trempé a été distribué dans les champs à raison d'un petit cube par trou nouvellement frayé, c'est-à-dire, en moyenne, dans un trou sur six.

L'opération a occupé 20 personnes pendant trois journées successives, environ 2 heures par jour, de 4 à 6 heures.

L'inspection des trous le lendemain de chavque distribution a montré que le pain introduit dans les trous a été mangé dans le courant de la nuit.

Des pluies assez fortes sont tombées pendant les trois jours qu'ont duré les opérations.

Déduction faite de nos frais de voyage qui ne peuvent pas êire compris dans les frais de l'expérience, ceux-ci se sont élevés à la somme totale de 156 fr.

Ce qui fait, au prix de la main-d'œuvre (0 fr. 50 c. l'heure), prix certainement exagéré, parce que, les virus n'étant nullement dangereux, on peut employer des enfants pour le distribuer, une dépense totale de 3 fr. 10 c. par hectare.

La préparation du pain et sa distribution a été faite en présence deM.Guyard, des membres du bureau du Syndicat agricole de Barsur-Seine et de M. R. Danguy, professeur départemental d'agriculture.

Occupé à la préparation des virus que les cultivateurs nous demandaient en quantités de plus en plus considérables, il nous a été impossible d'aller sur place consl;iter par nous-même les résultats de cette expérience. C'est à robhgeance de M. R. Danguy, (jui a consigné ces résultats dans un article publié par V Agriculture nouvelle (numéro du 18 décembre 1898), que nous devons de les connaître d'une façon exacte.

« L'opération faite vers la fm de septembre, écrit M. Danguy, quinze jours après, dans une luzerne traitée, trois souris seulemenl étaient remontées, vivantes encore, mais déjà paralysées. Dans une

luzerne voisine, non traitée, plus de cinquante rongeurs en parfait état se montraient sous le soc de la charrue, un bien plus grand nombre se dérobait aux regards.

« Dans les éteules, même réussite, un grand nombre de souris mortes et quelques-unes en partie dévorées par leurs congénères se découvraient. »

3° Destmction des mulots (Mus sylvaticus) dans un verger.

Un vei'ger d'une étendue de deux hectares et appartenant à M. Ch. Lambert, du Havre, a été envahi par les mulots {M. sylvaticus). Les ravages causés étaient fort importants, les rongeurs mangeaient et détérioraient des fruits de luxe, des pommes, poires et pêches.

Six tubes de virus dilués dans deux litres d'eau et répartis sur 2 000 morceaux de pain ont sutfi pour détruire complètement les mulots et arrêter les dégâts.

4" Destruction des souris (Mus musculus) dans les magasins.

M. Boutroux, officier d'administration comptable des subsistances militaires à Amiens, a employé un tube de virus pour détruire les souris ordinaires {Mus musculus) dont était infesté un des magasins qui .^e tiouve sous sa surveillunre.

Vingt jours après la distribution du pain imprégné, toutes les souris ont disparu dans le magasin en expérience; et comme dans les autres magasins également infestés les souris pullulaient toujours, on peut en conclure que leur disparition dans le local en expérience était bien due à l'action du virus.

Instructions.

Pour détruire les campagnols ou les mulots dans les champs, d'une façon complète et définitive, il faut faire deux ou trois opérations successives et procéder de la façon suivante :

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P Première distribution de cultures virulentes.

Dans tous les pays infestés d'une façon chronique, les campagnols ou les mulots deviennent les plus nombreux aux mois d'août et de septembre.

C'est à cette époque que le virus agira le mieux parce que précisément grâce à la réunion d'un grand nombre de ces animaux qui vivent en famille, — sur un espace donné — l'épidémie se propagera rapidement et sera très mortelle.

Les premières distributions de pairi imprégné de cultures virulentes doivent donc commencer en août aussitôt après les récoltes de céréales et peuvent être continuées en septembre et octobre sur les champs de pommes de terre, de betteraves, sur les prairies artificielles, etc.

Cette première distribution de virus détruit généralement 90 à 95 p. 100 des rongeurs qui infestaient les champs. L'épidémie ainsi provoquée se prolonge d'elle-même pendant six semaines au moins.

Les résultats obtenus par ce premier traitement peuvent être appréciés de différentes façons.

Le plus simple est de faire labourer les champs 15 jours à six semaines après la distribution du pain. On trouvera en labourant des cadavres dans les terriers et pas du tout ou très peu de campagnols vivants. Après le labour on ne trouvera que très peu de trous nouvellement ouverts à la surface du sol.

Dans le cas où les champs en expérience ne seraient pas labourés en automne, on fermera les trous un mois après le premier traitement en y faisant passer une herse ou un rouleau.

Quand il s'agira de prairies artificielles ou naturelles il ne sera pas indispensable de fermer les trous pour reconnaître si les campagnols ont disparu. Le cultivateur saura facilement reconnaître s'il y a encore des trous fréquentés et nouvellement frayés.

Très souvent on trouvera des cadavres à la surface du sol.

Pour cette première opération, on ne doit pas ménager le pain préparé, il faut en mettre un morceau dans chaque trou frayé.

Suivant l'importance de l'invasion il faut employer pour cette première opération 3 à 10 tubes par hectare.

2" Deuxième distribution de cultures virulentes.

Avec une seule opération on n'obtient que bien rarement la destruction complète des petits rongeurs. — Il faut donc compléter la première opération par une deuxième en garnissant à nouveau les trous nouvellement ouverts (sur les champs labourés ou hersés) ou encore fréquentés, avec du pain préparé de la même façon que la première fois.

Cette deuxième opération doit être faite un mois ou six semaines après la première. — On y emploiera 1 tube de virus pour 2 ou 3 hectares.

3" Troisième opération.

Les quelques campagnols qui pourraient encore résister à l'épidémie ne seront plus gênants pour les cultures d'hiver. — Il n'en restera en effet que 40 ou 50 par hectare au plus et les dégâts qu'ils peuvent causer dans le courant de l'hiver seront en tout cas absolument insignifiants.

Il en serait tout autrement toutefois, si on laissait ces quelques campagnols se mullipUer au printemps suivant ; chaque couple donnerait 300 rejetons dans le courant de la belle saison et en automne les champs se trouveraient repeuplés à nouveau.

Une troisième opération est donc souvent nécessaire au printemps pour obtenir un résultat définitif.

Après les deux premiers traitements en automne, il ne restera sur les champs, comme nous venons de le dire, qu'une cinquantaine de campagnols par hectare, cette troisième opération ne sera donc ni difficile, ni coûteuse. Pour détruire ces derniers rongeurs on peut encore employer le virus, mais il serait peut-être tout aussi simple d'avoir recours à tout autre moyen.

Les campagnols sont en effet, dans ce cas, trop peu nombreux et en même temps trop disséminés pour qu'on puisse compter sur le développement d'une épidémie, c'est-à-dire sur la propagation de la maladie par contagion ; un empoisonnement ou des pièges donneront le même résultat.

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Les frais de la troisième opération qui doit être faite dès le début de la belle saison, en février ou mars, ne dépasseront pas 0 fr. 50 c. par hectare.

L'ensemble des frais pour ces trois opérations : achat de virus et du blé préparé, le pain et la main-d'œuvre, ne dépassera certainement pas 5 fr. par hectare; faites avec soin sur toute l'étendue des champs envahis, ces trois opérations successives permettront de détruire les campagnols d'une façon complète et pour toujours.

Le traitement en trois opérations, tel que nous venons de l'indiquer, est le plus rationnel et le moins coûteux. En procédant ainsi on détruira tous les rongeurs (nous disons bien tous sans en excepter un seul) en une année.

Le coût de ce traitement est tellement minime en comparaison de l'importance des dégâts causés par les campagnols qu'il nous semble inutile d'insister sur les avantages qui en résultent; toutefois, nous tenons à ajouter que, si les exigences de la culture ou des causes d'une autre nature ne permettaient pas de l'appliquer à la fois sur toute l'étendue des champs envahis, ou de les commencer en automne, il est possible d'arriver au même résultat final par une série d'apphcations partielles en automne et au printemps, ou bien pendant l'une ou l'autre de ces deux saisons.

L'important est de poursuivre la destruction avec persévérance et de ne s'arrêter que quand tous les rongeurs auront disparu. Fait ainsi d'une façon partielle à tour de rôle sur les différents champs d'une ferme ou d'une région envahie, le traitement devra être prolongé pendant deux ou trois ans, mais sera tout aussi efficace.

D'une manière générale, que l'on commence le traitement au printemps ou à l'automne, il faut procéder de la façon suivante :

1° Faire une distribution de virus (pain trempé dans une solution de cultures virulentes) 15 jours ou mieux trois semaines avant le labour, sur tous les champs qu'on aura à labourer ;

^'^ Faire une deuxième distribution de virus sur les mêmes champs, 8 jours après le labour, en garnissant de pain préparé tous les trous qui se seront réouverts à nouveau ;

3° Détruire les campagnols qui auraient pu résister encore (après un hersage ou un autre travail par lequel les trous réouverts seront

fermés une deuxième fois), par l'emploi du virus ou d'un toxique si les campagnols sont très peu nombreux.

En un mot il faut saisir toute occasion, tout travail dans les champs (labours, hersages, roulages, etc.) envahis permettant de vérifier d'une façon certaine les résultats obtenus, pour faire une première opération et en refaire -une seconde, et une troisième si c'est nécessaire.

Dans les prairies et les bois on peut fermer les trous avec une bêche ou tout simplement en marchant dessus.

Ainsi que nous l'avons montré dans un travail précédent % les campagnols vivant en France, tout en étant de tous les mammifères les animaux les plus nuisibles à l'agricuhure, ne sont pas migrateurs et ce fait facilite leur destruction. Les générations qui se succèdent toujours restent cantonnées dans les mêmes champs et ne s'en répandent à l'entour qu'en automne (en septembre et octobre) dans les années mémorables, mais relativement rares, de très grandes invasions.

Le traitement partiel des champs, à tour de rôle, aura donc toute son efficacité, il n'est pas à craindre en effet que les champs une fois traités soient envahis à nouveau par des campagnols venus des champs voisins, avant que ces derniers n'aient été traités à leur tour.

Mode d'emploi du virus n° 1.

Le virus n° 1 est préparé dans des tubes en verre sur une couche de gélatine végétale. Ces tubes sont fermés avec un bouchon de ouate.

Pour se servir des cultures virulentes qui recouvrent la surface libre de la gélatine et y forment une couche grisâtre, on délaye le contenu du tube dans de l'eau salée, dans laquelle on trempe du pain, des grains ou, à défaut de ces produits, toutes autres substances dont les souris ou les campagnols sont friands.

Voici de quelle façon il faut procéder^ :

On prépare une solution de iO gr. de sel de cuisine dans un litre d'eau, on fait bouillir dans une casserole et on laisse refroidir.

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