‹ Maladies contagieuses des animaux nuisiblesChapitre 7 sur 19 · LA MUSCARDINE DU HANNETON COMMUN · texte numérisé non relu

LA MUSCARDINE DU HANNETON COMMUN

(melolontha VULGARIS)

La muscardine, appelée par M. Giard Isaria densa et par MM. Prillieux et Delacroix Botrilis tenella, et que l'on a appelée aussi muscardine rose, pour h distinguer de V Isaria destructor (un champignon parasite découvert par M. Metchnikoff et pathogène pour plusieurs espèces de coléoptères) dont les spores présentent une coloration vert intense, et du Botrilis bassania, une muscardine blanche, parasite du ver à soie, est connue des mycologistes depuis fort longtemps déjà. Gomme fa montré M. A. Giard dans son remarquable travail sur ce sujet, la muscardine rose a été en effet décrite pour la première fois en 1809 par un naturaliste allemand, H. F. Link, sous le nom de Sporotricinim densum.

La nature du parasite et son action sur l'organisme de l'insecte ont été étudiées et décrites par M. A. Giard ^ et par MM. Prillieux et Delacroix ^ Nous ne nous étendrons pas sur ces questions d'un intérêt

1. Alfred Giard, Isaria densa. Lirik, Fried. champignon parasite du hannelon commun [Melolontha vulgaris). [Bulletin scientifique de la France et de la Belgique, t. XXIY, 5 mai 1893.J

2. Prillieux et Delacroix : Le champignon parasile de la larve du hanneton (C. R. de l'Acad. des Se, 11 mai 1891).

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purement scienlifique, il ne nous semble important d'indiquer ici avec précision que les points suivants :

1** La façon dont la muscardine pénètre dans l'organisme du ver blanc et du hanneton ;

2** L'aspect que présentent ces derniers quand ils sont morts muscardinés ;

3° La façon dont la maladie peut se propager parmi les hannetons sortis de terre et parmi les vers blancs dans la terre.

M. A. Giard croit que les hyphes des Isaria sécrètent à leur extrémité un hquide altérant la chitine et pénètrent ainsi dans le sang de l'insecte ; on peut admettre aussi que le champignon parasite pénètre dans l'organisme du hanneton ou de sa lai've principalement par des déchirures accidentelles de l'enveloppe chitineuse dont les insectes sont entourés de toutes parts.

On peut admettre que pour la larve cette condition essentielle de l'infection se trouve toujours réalisée dans la nature.

Le ver blanc est recouvert d'une enveloppe chitineuse relativement mince et tendre et ses mouvements continuels dans la terre doivent l'amener fréciuemment en contact avec les surfaces rugueuses des cailloux, des éclats de verre ou des racines qui déchirent cette enveloppe et créent ainsi une /oie d'accès facile pour le parasile.

Les hannetons s'infectent tout aussi facilement que les vers blancs. Dans ce cas les germes de la maladie pénètrent probablement à l'intérieur du corps à travers la chitine moins résistante des articulations et des trachées.

L'aspect des hannetons et des vers blancs infectés est très caractéristique et facde à reconnaître pour tous ceux qui l'ont vu une seule fois.

Nous empruntons à l'ouvrage de M. Giard, cité plus haut, la description qu'il en donne avec beaucoup de précision et de détails.

Quand un ver blanc meurt sous l'action d'un poison, d'un prodiiit corrosif ou par suite d'une blessure, il devient rapidement noir et flasque; quand, au contraire, il est atteint par la muscardine, il devient dur et présente une coloration rose.

Ensuite, dans les endroits secs et dans les sols légèrement sablon-

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neux, les cadavres de vers blancs tués par VIsaria sont durcis, cassants et recouverts d'un mince duvet blanc qui occupe une élendue plus ou moins grande de la surface, ne laissant parfois à nu que les portions cbitineuses épaisses, d'un brun rougeàtre, dont sont formées la tête et les pattes.

Ce revêtement blanchâtre présente l'aspect d'une moisissure ou d'une substance pulvérulente, suivant que le développement du champignon est plus ou moins avancé, suivant aussi que le sol est plus ou moins humide.

Au labour, les vers ainsi momifiés ramenés à la surface par la charrue présentent l'aspect de petites concrétions calcaires.

Dans les terres humides et argileuses, le champignon ne forme pas simplement une sorte de gazon enveloppant comme d'un linceul le cadavre du ver blanc ; il émet en outre des prolongements irréguliers, longs parfois de 5, 6 centimètres et même plus.

Ces prolongements agglutinent des blocs de terre, des racines des végétaux et autres corps étrangers. Ils s'étendent souvent d'une momie à une momie voisine, réunissant par un réseau vivant toutes les victimes que le champignon a faites dans un espace déterminé.

Les cordons ainsi formés sont couverts, comme le revêtement des momies, par une fine poussière blanche qui laisse sur les doigts de l'observateur une légère empreinte, comme lorsque l'on manie un bâton de craie.

C'est généralement à une profondeur de 20 à 35 centimètres que l'on rencontre le plus de vers momifiés dans les endroits où sévissent les épidémies naturelles d'Isaria.

Chez le hanneton à l'état adulte, le revêtement blanchâtre ne s'étend que sur la surface ventrale de la tête et du thorax et se montre parfois à l'extrémité de l'abdomen.

Il est très important de bien savoir reconnaître un ver blanc ou un hanneton infecté par la muscardine; c'est, en effet, en distribuant dans les champs envahis par le ver blanc ces momies provenant des épidémies soit naturelles, soit artificielles, que l'on propagera la maladie de la façon la plus facile et la plus sûre.

Le mécanisme de la propagation d'une maladie causée par un champignon entomophyte diffère essentiellement de celui qui carac-

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térise la transmission et la propagation des maladies bactériennes observées ebez les animaux supérieurs.

On sait que dans ce dernier cas, que la transmission se fasse par l'air inspiré comme dans la rougeole, la diphtérie, la clavelée du mouton, la péripneumonie des bêtes bovines, etc., ou avec les aliments et l'eau de boisson, comme dans la fièvre typhoïde, le choléra de l'homme, le rouget et la pneumo-entérite du porc, etc., ou bien encore par contact, c'est-à-dire par dépôt du principe virulent sur une plaie, une gerçure de la peau ou sur une muqueuse comme pour la rage ou la syphiHs, l'agent principal de la propagation est toujours Ifr sujet malade.

Pendant toute la durée de sa maladie et souvent encore quelque temps après sa guérison apparente, le sujet malade est un danger constant pour tous ceux qui l'entourent. Ses vêtements, ses excréments, sa salive, les objets qu'il touche contiennent des germes virulents, peuvent les répandre au loin et les transmettre à un nombre illimité d'autres sujets.

En un mot, les maladies infectieuses causées par les bactéries sont transinissibles pendant la maladie, quelque temps après la guérison apparente et longtemps après la mort des sujets atleints. Les bactéries sont virulentes et peuvent communiquer la contagion à tous les états de leur développement connus, c'est-à-dire à l'état de filaments, de bâtonnets et de spores.

Il en est tout autrement dans les cas des maladies des insectes causées par des champignons entomophytes et particulièrement dans le cas qui nous préoccupe.

VIsaria densa ne devient facilement transmissible qu'à l'état de spores bien mûres, et ce n'est qu'à cet état seulement qu'on peut l'employer pour répandre la contagion.

Les spores ne se produisent dans la nature sur dos vers blancs ou hannetons infectés, ou sur des milieux nutritifs arliliciels que quand le champignon se trouve dans un milieu favorable et quand il est arrivé à un état de développement déterminé.

Un ver blanc ou un hanneton muscardiné, déjà malade, mais encore vivant, ne peut pas transmettre sa maladie à d'autres sujets, même quand il se sera trouvé directement en contact avec eux; il ne

peut pas, non plus, répandre la maladie autour de lui par ses excréments ou les objets qu'il aura touchés ; même le cadavre d'un insecte muscardiné (une momie) ne peut devenir une source de contagion pour ses congénères, qu'au moment où le champignon qui a déterminé sa mort aura produit des spores.

Ainsi, la muscardiné du hanneton et du ver blanc ne peut pas être propagée directement par les sujets qui en sont déjà atteints, et ne devient réellement contagieuse qu'à l'état de spores mûres ; les spores virulentes de cette maladie ne peuvent être répandues que par l'intermédiaire d'autres agents: le vent, la pluie et les êtres vivanis qui s'étant trouvés en contact avec une culture sporulée transporteront les spores d'un endroit à un autre et peuvent les mettre en contact avec des hannetons ou des vers blancs.

Il est donc très important, dans la pratiijue, de savoir bien reconnaître les cultures mûres, bien sporulées (sur des momies ou sur des milieux artificiels), de celles qui ne présentent encore qu un mycélium stérile. Les cultures mûres peuvent seules, en effet, être emplovées utilement et donner des résullats satisfaisants.

Une culture non sporulée se présente sous l'aspect d'un fin duvet blanc pur, qui, même sous l'action de fortes secousses, ne se détache pas de l'objet sur lequel il est fixé, tandis qu'une culture bien sporulée présente une teinte jaunâtre et tombe en poussière à la moindre secousse. Une momie ou une culture sur pomme de terre sporulée tache les doigts comme un bâton de craie.

Modes d'emploi préconisés et résultats obtenus jusqu'à présent.

Le mérite d'avoir le premier, en France, songé à utiliser la muscardiné comme agent destructeur des vers blancs revient à M. Le Moult, conducteur des ponts et chaussées et président du syndicat de hannetonnage de Goron.

Ayant trouvé dans un champ des vers blancs muscardinés et ayant constaté ensuite que cette épidémie naturelle s'étendait d'elle-même et atteignait un nombre d'individus de plus en plus considérable, il a essayé tout d'abord de propager la contagion en distribuant dans

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les champs envahis par le ver blanc des momies nnturelles ou obtenues au moyen d'inoculations artificielles.

Ensuite, trouvant ce procédé peu pratique, M. Le Moult a entrepris la préparation en grand des cultures d'Isaria densa sur pomme de terre et a conseillé de propager la contagion au moyen de ces cultures artificielles.

Les premiers essais ayant donné à peu près partout des résultats négatifs, on a cru qu'en modifiant les modes d'emploi de ces cultures on obtiendrait des résultats plus appréciables et on en a proposé un assez grand nombre.

On a conseillé notamment les procédés suivants :

Quand on peut se procurer des vers blancs momifiés provenant soit d'un gisement naturel (ces gisements ne sont pas aussi rares qu'on pourrait le croire, nous en avons rencontré plusieurs dans le département de Seine-et-Marne, entre Crécy et Goulommiers), soit d'un champ précédemment traité par des cultures artificielles de muscardine, il faut répandre ces momies sur les champs infestés par les vers blancs pendant toute la durée de la belle saison, du mois d'avril jusqu'au mois d'octobre.

Les momies doivent être placées dans des trous de 15 à 20 centimètres de profondeur et ensuite recouvertes. M. Le Moult croit qu'en répandant ainsi 300 momies par hectare on peut obtenir un bon résultat.

2* MM. Prillieux et Delacroix ont conseillé de répandre la contagion au moyen de vers blancs infectés, mais encore vivants, en procédant de la façon suivante :

Prendre une terrine plate, la tapisser d'une couche de terre d'envirim 1 centimètre (assez peu profonde pour que les vers ne puissent s'y cacher), l'imbiber légèrement d'eau et y déposer une centaine de vers blancs ; veiller à ce que la terrine soit assez grande pour que les vers ne se heurtent pas les uns contre les autres et ne se blessent pas avec leurs pinces. 11 est de la plus haute importance que les vers ne meurent pas de mort naturelle pendant la durée du traitement par les spores du Bolrytis tenella;

Prendre, avec un petit pinceau en crin, des spores soit sur une momie, soit sur une culture artificielle et toucher avec ce pinceau les vers un à un, de façon à les saupoudrer en entier ;

Recouvrir la terrine de planches sur lesquelles on met de la mousse mouillée, et l'enterrer dans un endroit frais à l'ombre ;

Au bout de 10 heures environ, les vers sont atteints de la maladie. On les prend un à un, toujours avec assez de précaution pour ne pas les endommager ni les blesser, et on les disperse dans les diverses parties du terrain, à environ 20 centimètres de profondeur dans le sol. On les recouvre de terre. Choisir de préférence les endroits les plus attaqués par les vers blancs.

Pour se rendre compte si la muscardine a réellement agi sur les vers blancs ainsi traités, il est bon d'en placer une dizaine dans un grand pot à fleurs rempK de terre et de les examiner 10 à 15 jours après l'opéralion.

3° Dans le cas où on n'aurait pas de momies à sa disposition et que, pour une raison ou une autre, on ne pourrait pas en faire par le procédé que nous venons d'indiquer, on a proposé de remplacer les momies par des cultures sur pomme de terre.

Ces cultures se présentent sous forme de bâtons de 10 centimètres de long, en moyenne. Chacun de ces bâtons peut être divisé en 15 à 20 morceaux et ces morceaux doivent être enfouis un à un dans la terre, exactement de la même façon que les momies. Suivant l'intensité de l'invasion, on a conseillé d'employer 10 à 20 de ces bâtons par hectare.

4° On a également conseillé de répandre la muscardine dans les champs infectés au moment des semailles sous forme de spores mélangés à du sable fin ou à de l'amidon stérilisé.

Dans ce cas on a préconisé divers procédés :

Prendre pour véhicule de l'eau, c'est-à-dire diluer un tube de spores dans 100 litres d'eau et en asperger la terre un jour ou quelques heures avant le labour, de façon à les recouvrir de terre aussitôt que possible après l'épandage; ou bien, mélanger ces spores à l'état sec avec les grains ou graines qu'on a l'intention de semer et les jeter dans la terre en même temps que ces derniers.

(Bien entendu, le contact de ces spores n'a aucune action sur les grâins.)

5"* Une autre méthode encore consiste à saupoudrer les vers blancs avec la muscardine au moment des labours.

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