‹ Maladies contagieuses des animaux nuisiblesChapitre 8 sur 19 · DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A L*AGRIGULTURË · texte numérisé non relu

DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A L*AGRIGULTURË

On fait suivre la charrue par une personne munie d'un bol contenant des spores à l'élat sec et d'un tampon de ouate ou d'un pinceau en crin. A l'aide de ce tampon ou de ce pinceau trempé préalablement dans les spores on touchera tous les vers découverts par la charrue de façon à bien les saupoudrer, sans les écraser, toutefois, et on les recouvrira d'un peu de terre, pour qu'ils ne soient pas mangés par les corbeaux ou autres oiseaux qui en sont friands.

On contaminera ainsi une grande quantité de vers blancs à peu de frais; trois tubes de spores suffiront généralement pour un hectare.

6' En dernier heu, M. Le Moult propose de répandre les spores sous forme de cultures sur pomme de terre, en les jetant à la volée sur les champs. Il conseille d'employer 1 à 2 kilogr. de ces cultures par hectare.

7° M. Delacroix a préconisé encore, comme moyen de propagation de la maladie causée par la muscardine, de contaminer les hannetons à l'état adulte en procédant de la façon suivante :

On délaye 2 ou 3 tubes de spores dans un seau d'eau ordinaire d'une contenance de 20 litres environ. Après l'avoir bien agitée, on plonge dans cette eau autant de hannetons que l'on pourra s'en procurer et on les laisse s'échapper et s'envoler ensuite. Après une première fournée, on peut tremper dans la même eau une deuxième, puis une troisième fournée et ainsi de suite tant qu'on aura des hannetons à sa disposition et qu'il restera de l'eau dans le seau.

Ce procédé a été essayé en grand par M. Gaston de Vaux qui se déclare satisfait des résultats obtenus.

Voici maintenant le récit de tous les essais dont les résultats ont été publiés jusqu'à présent et tels qu'ils ont été pubhés :

1. — M. Le Moult a disséminé des cultures artificielles iVIsaria densa dans une pépinière de 50 ares environ appartenant à M. Robichon, de Goron. Le traitement eut lieu en septembre 1891. Au commencement de mai 1892, la pépinière était à peu près débarrassée de vers blancs et l'épidémie artificielle se propageait avec intensité.

Chaque coup de bêche amenait à la surface soit une momie, soit une masse de poudre blanche provenant de la dissociation du cadavre et uniquement composée de spores. (On n'indique ni la quantité de spores employée, ni la façon dont elles ont êié répandues).

2. — Chez M. Reeton fils, au village de Verger, près de Goron, l'expérience a été faite dans une prairie. Dans la partie ravagée de cette prairie (50 ares environ) on avait créé 50 foyers d'infection (morceau de culture sur pomme de terre et sur viande). Les vers blancs y étaient très nombreux.

Le traitement eut lieu en septembre 1891 ; le 30 mai 1892, écrit M. Le Moult, cette prairie est magnitique, on n'y remarque plus aucune trace des ravages des larves.

Mais le plus curieux, c'est qu'une parcelle située en face, de l'autre côté de la route, et qui n'avait pas été traitée, a profité de l'expérience faite dans la prairie, les spores y ayant sans doute été transportées par le vent.

Je viens d'assister au labourage de cette parcelle. Les vers sains y sont encore nombreux, mais on trouve aussi des vers contaminés en très grande abondance (jusqu'à 60 par raie). J'ai déjà ramassé près de 2000 momies dans ce champ Or, le travail n'est pas terminé et j'espère bien en recueillir plus de 4 000 (la superficie de ce champ est d'un hectare environ).

On trouve ces momies à divers états d'avancement; les unes sont complètement envahies par le champignon qui s'est ramifié dans le sol ; la mort de ces insectes doit remonter au mois d'octobre dernier. D'autres larves sont bien recouvertes par le chnmpignon, mais celui-ci n'est pas «ncore ramifié dans le sol; la mort doit remonter à plusieurs semaines.

Puis, enfin, l'on trouve des larves dont la mort ne date que de deux ou -trois jours seulement. Elles prennent cette teinte rosée que j'ai indiquée -comme caractérisant la maladie.

Il est enfin certain que parmi les Inrves vivantes que l'on trouve dans ce terrain, un grand nombre sont atteintes et ne tarderont pas à périr; les autres auront certainement le même sort avant la transformation.

Dans le deuxième champ d'expériences, d'une superficie de un hectare, où nous avons créé environ 100 foyers d'infection, j'ai également trouvé des vers contaminés, mais en moins grand nombre; d'ailleurs, les vers blancs y sont rares, le propriétaire du champ ayant toujours fait ramasser les larves après la charrue.

Mais dans le champ voisin, où les vers étaient extrêmement nombreux, j'ai pu constater le fait déjà cité plus haut : abondance de vers contaminés aux différents états.

Puis, dans un autre champ un peu plus éloigné, j'ai encore constaté la maladie, mais n'ai pu trouver que des larves colorées, ce qui indique que le parasite ne s'y est introduit que tout récemment. Plus on se rapproche des parcelles traitées et plus les vers sont nombreux; plus on s'en éloigne el plus les momies deviennent rares.

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3, — Le 16 juillet 1891, M. Leizour, professeur départemental de la Mayenne, écrivait au Journal d'agriculture pratique, t. II, n* 29, p. 74-75:

Nous touchons enfin à la destruction complète des vers blancs turcs ou mans qui depuis si longtemps désolent les cultivateurs. L'œuvre est à peu près accomplie dans tout l'arrondissement de Mayenne, que nous avons récemment parcouru et sur les divers points duquel nous avons eu la satisfaction de constater en même temps que la présence du champignon destructeur Tarrêt complet des ravages occasionnés par la larve du hanneton.

Partout cette larve travaillait encore activement il n'y a pas plus de trois semaines et beaucoup de champs d'orge et de sarrazin ont eu à en souffrir; puis tout à coup on a vu les récoltes atteintes reverdir; les vers ayant disparu comme par enchantement ! Cette disparition, attribuée par tous à une descente provoquée par les pluies et un abaissement très grand de la température, n'a été au contraire que la conséquence de la dissémination du champignon parasite et de la contamination des insectes.

On les trouve aujourd'hui, à des profondeurs variables, morts et entourés de la moisissure caractéristique ou mourants et présentant tous les caractères des vers atteints par le bienheureux champignon.

Des essais exécutés en pleine terre à la fin du mois de juin nous permettent d'affirmer qu'il suffit d'introduire quelques vers contaminés dans les champs infestés du ver blanc, en ayant soin de les mettre en contact immédiat avec quelques vers sains, pour obtenir rapidement la destruction de tous ceux qui existent dans le champ.

Les agriculteurs chez lesquels le ver blanc n'est pas atteint par la maladie n'ont donc qu'à se procurer, le plus tôt possible, pour profiter des chaleurs de l'été et de l'automne, des vers contaminés avec leur champignon et à les répandre dans leurs champs où ils ne tarderont pas à accomplir l'œuvre de destruction après laquelle ils aspirent'.

4 M. Charles Babinet annonce à M. A. Giard les résultats suivants :

Paris, 16 décembre 1891.

Mon fils, inspecteur des forêts à Tours, ayant enfoui dans un

carré de pépinière de deux ares, le 20 août, 4 ou 5 vers infectés, y a retrouvé le 17 octobre 150 vers, au moins, m.omifiés par le champignon,

1 . M. Delacroix fait remarquer que la disparition apparente des vers blancs observée par M. Leyzour coïncidait avec leur transformation en nymphes {Journ. d'agr. prat., tirage à part, Librairie agricole, 26, rue Jacob, Paris).

qui, d'ailleurs, étendait de tous côtés dans le sol ses cordons blancs de mycélium parfaitement visibles à Tœil nu. Ailleurs que dans le carré de deux ares le champignon ne s'est développé qu'après les pluies d'octobre. Les vers s'étaient enfoncés plus bas et on n'a rien constaté. Périront-ils quand ils remonteront ?

Les lettres que nous venons de citer ont été publiées par M. A. GiardS celles qui suivent ont été publiées dans le supplément du Bulletin du Syndicat central des agriculteurs de France du avril 4893 ; ces lettres étaient adressées à MM. Fribourg et Hesse.

Nous n'extrayons de ces lettres que les passages concernant les essais en plein champ, négligeant les petites expériences faites dans des caisses ou des pots à fleurs qui ne donnent aucun renseignement intéressant ou nouveau.

5, — Lettre de M. de Bossereille {Maine-et-Loire) :

21 septembre 1891.

Vous me demandez le résultat de mes essais de contamination des vers blancs. Je suis d'autant plus heureux de vous les transmettre que j'ai été pleinement satisfait des tubes que vous m'avez adressés. Le premier envoi est de fin juillet et le second de septembre. Les premiers tubes étaient destinés à mes propriétés des environs de Segré. Ne pouvant m'occuper moi-même de leur emploi, j'avais envoyé des instructions à mon garde.

Il devait saupoudrer un grand nombre des vers étalés sur des planches et au bout de douze à quatorze heures les mettre dans des boîtes, dont le fond contenait une couche de terre légère (4 à 5 centimètres). Un lit de mousse recouvrant celte terre devait en maintenir l'humidité; ces boîtes furent placées dans différents locaux, voire même en plein air. C'est dans un appartement presque obscur et sous une tablette de verre que les résultats furent les meilleurs. Les insuccès partiels ont été dus à un excès d'humidité et aussi à une trop grande agglomération de vers. Les animaux se battent, se blessent avec leurs pinces et meurent. Au fur et à mesure que les vers étaient momifiés et bien roses, ils étaient déposés dans les champs avec deux ou trois centimètres de terre en couverture. En dehors de ces essais à l'intérieur, le garde devait saupoudrer des vers sur place sans les déranger. Il a été impossible de constater l'effet produit, les vers pouvant être allés mourir fort loin du lieu de contamination. Cet essai a amené un résultat inattendu.

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