‹ Maladies de cuir cheveluChapitre 16 sur 89 · II. — SYMPTOMATIQUE DE L’ACNÉ POLYMORPHE · texte numérisé non relu

II. — SYMPTOMATIQUE DE L’ACNÉ POLYMORPHE

Acné papuleuse. — En certains points, autour de follicules occupés par un comédon, la peau se soulève et devient rouge et papuleuse.

Cette saillie conique, centrée par un point noir, est fréquente

ACNE POLYMORPHE.

sur le visage des acnéiques. C’est le premier symptôme d’un état inflammatoire qui peut s’arrêter là et régresser sans aller plus loin. Ainsi trouve-t-on au cours de l’acné polymorphe, sur le visage ou le corps des séborrhéiques, quantité de ces papules rouges centrées par un comédon.

Acné pustuleuse superficielle. — Mais le plus souvent, au

pC pc

Fig. 15. — Région présternale couverte d’acné papulo-pustuleuse.

p.c, pustules croûteuses. — Remarquer, autour du placard constitué par les lésions principales, des multitudes d’éléments d’acné pustuleuse.

milieu de ces papules, autour du comédon central, va naître un cercle de pus jaune, dont le volume augmentera.

L’élément restera aréolé de rouge, acuminé de forme, mais son centre sera toujours une pustule centrée par un comédon. C’est l’acné pustuleuse orilîcielle, l’une des formes les plus banales, les plus bénignes et les plus disgracieuses que l’acné polymorphe puisse prendre.

ACNES.

Quand on exprime entre les doigts cette pustule, on. en fait sourdre une goutte de pus jaune qui contient le comédon luimême, le pl us souvent encore reconnaissable.

Ainsi, le comédon se trouve expulsé de la peau comme un corps étranger, comme une épine, libérée de l’épiderme par une couche de pus née autour d’elle.

Et suivant que cette pustule aura été grosse ou minime,

Fig. 16. — Acné pustuleuse du visage.

profonde ou superficielle, elle laissera ou non une cicatricule ombiliquée définitive.

Ainsi trouve-t-on sur le visage des acnéiques anciens des quantités de cicatricules de ce genre, dont les plus marquées sont fort déplaisantes.

Abcès acnéiques en sablier. — Souvent une lésion pustuleuse d’acné polymorphe paraît superficielle, et est en réalité profonde à la fois. Quand on exprime la pustule superficielle et qu’on la vide, on est étonné de voir la cupule pustuleuse, une fois vidée, laisser sourdre de la profondeur une goutte de pus nouvelle.

C’est qué l’abcès était double, il comprenait deux dilatations

ACNE POLYMORPHE.

séparées par un étranglement. C’était un abcès en sablier dont la cavité superficielle correspondait à la pustule apparente et dont la cavité profonde était dissimulée sous la première.

C’est une des formes d’abcès acnéiques les plus fréquentes. 11 est arrivé à tous les histologistes, en prélevant au bistouri une pustule acnéique chez un malade, de couper en deux une pustule profonde dont ils avaient méconnu l’existence.

Acné indurée. — Enfin il existe, dans l’acné polymorphe, des éléments autres, qui sont des suppurations d’emblée profondes et exclusivement profondes.

Le follicule a montré d’abord la papule rouge que nous avons décrite d’abord, mais cette papule a disparu lentement sans passer par un stade suppuratif. L’élément semble avoir avorté. Il n’en est rien. La suppuration se fait, mais seulement dans la profondeur.

Peu à peu se constitue au-dessous du comédon, et meme quelquefois assez profondément pour paraître sans connexion avec lui, un nodus rénitent et de consistance flbroïde, de dimensions variables, gros comme un petit pois, et quelquefois comme une noisette, à peu près fixé et adhérent à la peau superficielle, douloureux à la pression et spontanément indolore. C’est un abcès acnéique profond.

A ce stade, toujours, une ponction faite au galvano-cautère donnera issue au pus qu’il contient.

On est surpris parfois qu’une collection suppurée de ce volume ait pu évoluer sans plus de symptômes fonctionnels.

Quelques-uns de ces abcès, exceptionnellement, rempliraient de pus un dé à coudre, la plupart sont plus petits et fournissent une à deux gouttes de pus. Ce pus est jaune ou brunâtre et bien lié.

Si on laisse ces abcès dermiques profonds à leur évolution naturelle, les uns demeureront sur place sans changement pendant des mois. D’autres évolueront, et s’ouvriront à la surface après plusieurs semaines, à la façon d’un abcès chaud. Le cas est rare.

Le plus fréquemment ils continueront leur évolution froide, et après des mois, presque des années, se résorberont lente-

bk

ACNES.

ment. Mais une pression intempestive, un traumatisme, des manœuvres thérapeutiques irritantes pourront ranimer leur évolution et les faire revenir à l’état aigu et aboutir à l’ouverture spontanée, signalée à l’avance par une rougeur squa-

Fig. 17. — Acné polymorphe du visage. Acné pustuleuse indurée, kystique. ci.p, acné pustuleuse. — p.f, élément pustuleux floride. — k, kyste acnéique.

meuse de l’épiderme, semblable à celle que sous-tend un foyer d’inflammation chronique.

Telles sont les principales modalités de l’acné, celles qui font essentiellement Y acné polymorphe : ce sont sur une peau huileuse : Y acné comédon , l’acné papuleuse , Y acné pustuleuse orificielle , Y acné pustuleuse orificielle et profonde , Y acné indurée . Mais ce n’est pas tout encore.

ACNÉ POLYMORPHE.

Tannes. — Certains comédons peuvent grandir démesurément sur place et devenir monstrueux. Ils atteignent alors aux dimensions d'un pois chiche, toujours signalés à l'orifice pilaire par un point noir devenu énorme, et aussi par l’extumescence que leur dimension fait faire à la peau circonvoisine. Leur extraction à la curette ou par expression simple montre, en apparence, la môme structure que celle du comédon, des enveloppes cornées contenant de la matière grasse.

Kystes butyriques. — Ces tannes elles-mêmes, dégénérescences du comédon, peuvent subir une seconde dégénérescence d'un autre type.

A la pression on en fait sourdre un liquide pâteux comme un mastic jaunâtre, demi-fluide, d'une odeur butyrique infecte. Ces kystes peuvent atteindre à la dimension d’un haricot.

Kystes mucoïdes. — Enfin, autour d’eux, à côté d’eux, ou au-dessous d’eux, l’expression delà peau des grands acnéiques peut amener à la surface, par secousses, un liquide d’une autre nature que je ne saurais mieux comparer qu’au contenu d'une larve molle d’insecte. Il semble une matière muqueuse ou mucilagineuse, contenue dans une enveloppe cloisonnée et que l’expression ferait sourdre par rupture successive des cloisonnements de son enveloppe. C’est toujours par un orifice pilo-sébacé que ce liquide gélatineux fait issue.

11 ne s'agit plus là d'une transformation du comédon, mais d’une dégénérescence vraiment kystique de la glande sébacée obturée par une tanne depuis très longtemps.

On comprend dès lors combien l’aspect d’une acné peut devenir difforme et comment elle est pour l’œil vraiment polymorphe.

Sur une même région qui est le visage, la poitrine ou les épaules, ou le dos du torse, toutes ces formes diverses se trouvent diversement disséminées.

La région tout entière est séborrhéique; on y trouve encore de-ci de-là les points noirs de l’acné comédon, mais, en outre des papules naissantes et des papules en régression, des pustules fermées en état d’augment ou bien ouvertes, ou croû-

AGNES

leuscs. Les abcès dermiques profonds de l’acné indurée font encore sur la peau des saillies eL des bosses irrégulières; les tannes y ajoutent d’énormes points noirs; il peut s'y ajouter

de vrais furoncles.

L’expression de cette peau fera sortir des pustules du sang et du pus; autour d'elles des comédons, et des cylindres séborrhéiques de calibre moindre. Les kystes butyriques fourniront leur magma caséeux et les kystes mucoïdes leur contenu gélatineux.

Sans doute, il n’en sera pas ainsi dans tous les cas; l'acné n’est pas toujours aussi polymorphe et surtout aussi accentuée. Beaucoup de sujets, sur leur séborrhée grasse, n’en présenteront que des éléments rares, moins multiformes et moins accusés.

D’autres téguments, par une singularité difficile à expliquer absolument, présenteront une acné presque monomorphe. Sur les uns, l’acné ponctuée prédominera presque exclusivement; d’autres présenteront seulement des pustules ou seulement des kystes. Mais chez ceux-là mêmes on retrouvera sans grande peine, à l’état de rudiment, le polymorphisme des lésions acnéiques, dont les autres cas fourniront de plus éclatants exemples.

Acné chlorique. — Je ne puis passer ici sous silence un phénomène dont l’observation est relativement récente et qui, sans nul doute, servira dans la suite à éclairer les derniers points obscurs de la pathogénie des acnés vraies.

Les ouvriers qui procèdent à la fabrication du chlore par l’électrolyse du chlorure de sodium présentent tous, sans doute sous l'influence toxique des vapeurs du chlore à l'état naissant, une acné polymorphe typique, qui ne diffère de l’acné polymorphe vulgaire que par le degré monstrueux de son développement.

L’acné, dans ses types spontanés, en offre rarement des exemples aussi frappants.

Au début de l’intoxication, l’acné chlorique dessine d’abord les centres normaux d’éclosion de la séborrhée grasse sur la ligne axiale, par une acné ponctuée dont les éléments sont si

ACNÉ CHLOÜIQUE. 57

denses que presque tous les orifices pilo-sébacés sontoccupés par un comédon.

Cette infection se diffuse avec une extrême rapidité. La même éruption couvre le torse entier, le visage, les membres, et s’étend jusqu’aux extrémités. C’est dans les seuls cas de l’acné chloriquc que j'ai observé les comédons au dos de la main.

L'acné chlorique est surtout une acné ponctuée. Néanmoins,

Fig. 18. — Acné chlorique. — Région de la cuisse.

c, croûte remplaçant un élément pustuleux. — k.a , kyste acnéique. — t, tanne. La surface entière de la peau est criblée d’acné ponctuée (comédons).

au-dessous du comédon se produisent en maint endroit, soit les nocliis et les abcès profonds de l’acné indurée, soit des transformations kystiques de la glande sébacée. Enfin, on peut trouver de place en place des pustulations orificielles.

Tous ces éléments sont floridcs et de développement excessif. Quand on examine la surface du torse à la lumière oblique, on voit la peau soulevée d’innombrables bosselures

AGNES

produites par des tannes énormes ou des indurations grosses comme le pouce. Les tannes vidées par expression contiennent un mastic jaunAtre d’odeur butyrique infecte.

Peut-être les parties découvertes, et spécialement la tête, présentent-elles encore plus d’acné que les parties du corps soustraites par les vêtements au contact le plus direct des vapeurs de chlore.

Le visage est tatoué de grains de poudre; on trouve des

Fig. 19. — Acné chlorique. — Scrotum et fourreau de la verge. t, tanne. — k.a , kyste acnéique.

comédons jusque sur les paupières; le visage même, sur les régions maxillaires latérales, qui, dans les acnés vulgaires, demeure d’ordinaire indemne, est criblé d'une éruption de comédons cohérente. Et le développement des kystes acnéiques est tel que le visage en est bosselé, la peau semble bourrée de petits pois.

A travers le cuir chevelu, comme à travers la barbe, l'infection acnéique s’est développée même en des sièges où, spontanément, on peut dire qu’on ne la rencontre jamais.

L’aspect extérieur du sujet en devient tout à fait difforme

PAT1IÛGENIE DE L’ACNE POLYMORPHE.

et d'une laideur repoussante. Si l'on ajoute ce détail, que les orilices pilo-sébacés occupés par un comédon perdent toujours le poil ou le cheveu qui les occupait, on se rendra compte du degré de laideur d’une tête d’homme ravagée par l'acné chlorique. De la chevelure et de la barbe, il ne reste que des touffes de poils irrégulièrement plantées en ordre quelconque et des poils isolés sur des surfaces à demi glabres.

Ainsi l’acné chlorique se présente-t-elle comme une acné polymorphe typique, si typique en tous ses éléments, que le nom d'acné s’est imposé pour la désigner, même aux auteurs - — car il en existe encore — qui ne veulent accorder aucun rôle au microbacille dans la genèse de toutes les acnés.

L’acné chlorique est une acné polymorphe que rien dans ses symptômes élémentaires, sinon son intensité, ne pourrait différencier de l’acné polymorphe banale.

Nous verrons tout à l’heure, en étudiant le mode pathogénétique de l’acné en général, que rien dans l’anatomie pathologique et la microbiologie de l’acné chlorique ne peut la distinguer non plus des acnés vulgaires. L’acné chlorique , c’est l’acné vulgaire que des causes extrinsèques ont rendue floride.

Page 1