IV. — LES ACNÉS MONOMORPHES
Nous allons envisager maintenant un groupe spécial d'acnés pustuleuses qui constituent des types nouveaux. Elles diffèrent des précédentes par un grand nombre de caractères que nous pouvons dès à présent résumer.
D’abord elles sont relativement rares tandis que l’acné polymorphe est fréquente.
En outre, tandis que dans les divers types d’acné commune le polymorphisme est la règle par suite de la concomitance sur le même patient de lésions d’âge, de nature et d’évolution diverses, chacun des trois types d’acné que nous allons étudier est monomorphe, et ce seul caractère leur concède déjà une originalité.
Lorsqu’une région cutanée est couverte de lésions élémentaires identiques, l’impression qui s’en dégage pour l'obser-
son maximum, doit sc reproduire spontanément ab ingesta dans certaines conditions d’hygiène fréquente.... Nous ne pouvons pour le moment que signaler ce problème dont la solution demeure pendante.
ACNES.
valeur est celle d’une maladie particulière et spécifique. Ainsi la dermatologie a-t-elle assuré à chacun des types morbides que nous allons étudier un nom spécial.
Ces acnés monomorphes ont pourtant des caractères qui les rapprochent des acnés communes, clics n’eussent pas porté le nom d’acné sans cela.
Comme toutes les acnés vraies, elles sont extrêmement tenaces et rebelles, on les voit durer dix ans, quinze ans et davantage.
Comme les acnés vulgaires, ce sont des maladies paroxystiques, procédant par crises, séparées par des accalmies et renaissant lorsqu’on les suppose éteintes.
Comme toutes les acnés, celles-ci naissent autour de follicules atteints d’abord par l’infection séborrhéique. Elles naissent toutes sur le fond commun de cette infection sans laquelle elles ne naîtraient pas. Mais comme leurs symptômes propres deviennent rapidement importants, la séborrhée sous-jacente reste objectivement négligeable au milieu d’eux. Nous savons déjà combien le tableau de la séborrhée comprend plus de complications éventuelles que de symptômes marquants qui lui soient propres.
Ainsi les acnés monomorphes, d’allures spécifiques, par la
prééminence de leurs symptômes particuliers, arrivent à laisser la séborrhée sous-jacente dans une ombre où l’observateur aura de la peine à la retrouver.
Il est curieux de remarquer aussi que ces nouveaux types morbides doivent leur spécificité plus tranchée à celle de leur microbe — le staphylocoque doré — et que la bactériologie de ces acnés monomorphes va nous donner de la spécificité plus haute de leur microbe une preuve inattendue.
Jusqu'ici nous avions vu dans les complications staphylococciques qui font l’acné polymorphe vulgaire, le staphylocoque à culture grise, secondaire, disparaître des suppurations
Fig. 5'2. — Staphylocoque doré.
— Sa morphologie élémentaire.
— (Obj. immers. 1/5. Zeiss, ocul.
compens. 12.)
LES ACNÉS MONOMORPHES.
qu’il avait causées, avant que ne disparaisse cle son cocon ou de scs débris le microbacille séborrhéique. La règle va se retourner ici. Le staphylocoque doré au contraire va faire disparaître le microbacille devant lui.
Passé la première phase évolutive des trois acnés que nous allons étudier, le microbacille cessera d’y être colorable, et quand les lésions marcheront vers leur terminaison, le staphylocoque doré y demeurera tout seul.
Les trois acnés que nous allons étudier ont même cause microbienne, aussi forment-elles un groupe vraiment naturel. Toutes ont pour début la pustule folliculaire orifîcielle que peut faire en tous sièges le staphylocoque doré et que nous aurons à étudier particulièrement avec les maladies suppuratives de la peau (’).
Pourtant, et bien que dans chacune des trois acnés monomorphes l'évolution de leur premier stade soit similaire, leur évolution ultérieure différera. La première donnera lieu au furoncle classique, la seconde à une folliculite chronique, ouverte du type sycosique, la troisième à une nécrose périfolliculaire. Mais ces différences sont plus marquées pour l'œil du clinicien que pour celui du bactériologiste, car le processus suppuratif et le processus nécrotique coexistent dans ces trois modalités. Leur siège et leur proportion relative seulement diffèrent.
L'histoire de ces trois acnés mettra déjà en lumière l’infection staphylococcique de la peau, dont la spécificité et la valeur propres sont encore aujourd’hui fort méconnues des cliniciens. Ce n'est pas la première occasion qui nous est donnée de constater que les plus vulgaires des infections cutanées passent pour être connues et ne le sont pas. Beaucoup de faits d’observation journalière sont pleins d’un intérêt qu'on ne sait pas voir.