ACNÉ KÉLOÏDIENNE DE LA NUQUE
La furonculose aiguë à répétition de la nuque n'est que le prototype d'une infection qui peut prendre un autre type clinique que nous devons étudier maintenant.
Dans la furonculose dont le tableau précède, il s'agit d’un processus aigu en chaque follicule qu’il envahit, et chronique seulement par la répétition indéfinie du même processus aigu en d'autres follicules quelconques de la même région. En d’autres termes, et pour un follicule donné, l’évolution de la furonculose est d’emblée et demeure aiguë; son type est celui de la furonculose banale, et son seul caractère spécifique est de demeurer cantonnée en la même région et de s'y reproduire longuement.
Dans l’acné kéloïdienne, le processus diffère en ceci, que la folliculite demeure localisée chroniquement aux follicules mêmes qu’il a dès l’abord envahis. C'est le même groupe folliculaire qui demeure malade pendant des mois. Chaque folli-
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cule est le siège d'une suppuration lente qui le détruira chroniquement et le remplacera à la longue par une cicatrice définitive.
Cette chronicité supprime de même les poussées répétées, « les crises de pustulation » de la forme clinique précédente. C'est lentement et progressivement qu’autour des premiers follicules envahis d’autres seront pris à leur tour et deviendront pour de longs mois le siège de la même folliculite lente à évolution cicatricielle.
L'acné kéloïdienne de la nuque garde les mêmes conditions étiologiques que l’acné furonculeuse à répétition : les mêmes conditions générales d'âge (elle survient à la période de maturité) et les mêmes conditions locales. Elle se produit sur la nuque de ces cous trapus, gras, presque lipomateux, obèses, que l'on observe chez certains hommes, dont la nuque est effacée par un véritable coussin de lard.
Le début de la maladie est signalé par une acné furonculeuse du type même que nous avons décrit tout à l'heure, par l'apparition de pustules folliculaires en ordre dispersé. Mais chaque pustule, au lieu d'évoluer comme un furoncle à bourbillon, se transforme en une folliculite suppurative chronique, qui paraît n'occuper longtemps que la moitié supérieure du follicule. Le follicule est marqué à son orifice par un cratère rouge sanieux, souvent recouvert d’une croûte permanente.
Très vite la répartition linéaire de l’infection se dessine. L'infection passe d’un follicule à l’autre, mais en prenant toujours les follicules les plus voisins, et sur une ligne à peu près transversale, sans doute par suite du traumatisme local des habits. Bientôt se trouve ainsi constituée sur la nuque, à la limite des cheveux vrais et des follets, une lisière de folliculites (fig. 54), dont la chronicité et la permanence étonnent.
De temps à autre, en dehors de la lisière « sycosique », on voit bien survenir soit des folliculites éparses, soit des furoncles, mais ce n'est plus que par accident. Ce qui constitue la maladie, c’est la bande serpigineuse d’éléments folliculi tiques conglomérés.
Les follicules sont le siège d’une inflammation périphérique
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comprenant tous les tissus du voisinage. La lisière de folliculites dessine bientôt une saillie épaisse hérissée de cheveux en bouquets sortant des orilices malades, comme les crins d’une brosse. J’ai dit que le fond des follicules est tardivement infecté; longtemps donc le follicule malade garde son
le
Fjg. 54. — Acné kéloïdienne de la nuque.
k, kéloïde. — bfa. sa bordure supérieure horizontale de folliculite en activité. — ri, éléments isolés en avant de la bordure d’envahissement et qui la reconstitueront plus haut.
cheveu. Mais l'inflammation qui entoure tout un groupe de follicules aboutit progressivement à une rétraction scléreuse très particulière. Quatre ou cinq follicules voisins, rapprochés par la fibrose du tissu conjonctif intercalaire, en arrivent presque à confondre leurs orifices, et, de ce gros orifice enflammé, sort un pinceau de poils hérissés (').
(') A la période terminale de la calvitie séborrhéique nous retrouverons le même phénomène de rétraction scléreuse réunissant plusieurs orifices pilaires voisins. Mais dans la calvitie manque le processus cicatriciel qui
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En même temps, la chronicité de l’infiltration périfolliculaire aboutit à constituer un faux tissu kéloïdien de dureté ligneuse, saillant au-dessus de la peau; c'est celte kéloïde bordée de folliculites chroniques qui a donné son nom à la maladie.
Livrée à elle-même, l'acné kéloïdienne est lentement, mais implacablement progressive. Elle guérit spontanément par cicatrice; les régions qu’elle a occupées jadis restent marquées par une cicatrice à peu près plane; mais, pendant que se formait cette cicatrice curative, la lisière fol liculi tique et kéloïdienne se reconstituait immédiatement au-dessus, gardant sa même largeur, qui n'excède guère un centimètre.
Plus tard, cette bande de folliculite kéloïdienne sera, à son tour, remplacée par une cicatrice plane, et la lésion, toujours vivante, se sera intégralement reconstituée un centimètre plus haut.
De-ci, de-là, sur les régions latérales, le processus peut s’attarder et marcher plus lentement. Au milieu de la cicatrice déjà faite, un nodus de kéloïde demeurera, sous-tendu de deux ou trois pinceaux de poils hérissés.
La kéloïde ne se présente pas, dans cette maladie, après l’évolution des folliculites et sur une cicatrice déjà faite, mais, au contraire, elle est synchrone au stade des folliculites et disparaît comme elles au stade cicatriciel qui les suit.
Ce n’est donc pas une kéloïde vraie et définitive, mais une kéloïde inflammatoire destinée à disparaître spontanément avec le progrès de la cicatrice dont elle signale le début.
Quelquefois, mais rarement, au cours de cette évolution systématisée de marche invariable, un îlot de folliculite se fait à distance, en plein cuir chevelu. Plus tard, il se reliera à la bande transversale de folliculites, dont il constituera un simple diverticule.
Une telle marche rappelle d’assez près certaines tuberculoses nodulaires inlra-dermo-épidermiques. L’histoire des folliculites tuberculeuses est encore bien incomplète; il est
domine ici dans l’acné kéloïdienne de vieille date. Ainsi l’infçction chronique du follicule aboutit toujours à des lésions ultimes analogues, avec des variantes dont la nature spécifique du microbe en cause est responsable.
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possible que, sous un aspect syeosique de ce genre, certaines tuberculoses locales demeurent confondues dans le type clinique que nous décrivons.
Le mode de début par la pustulation orificielle folliculaire, les biopsies et l’étude bactériologique que j’en ai faites, la cure thérapeutique même de cette maladie par l'épilation et le soufre, plaident pourtant jusqu’ici en faveur de l’unité absolue de ce type et le ramènent à celui des folliculites chroniques du type syeosique, dues à l’infection folliculaire par le staphylocoque doré.
J’aurai lieu, dans l'avenir, de reprendre ce sujet en traitant monographiquement des épidermites suppuratives. Aussi n’y insisterai-je pas davantage ici.
o. — ACNÉ NÉCROTIQUE VARIOLIFORME
La maladie dont je vais parler maintenant : impétigo rodens (Devergie, Hillairet-Gaucher), acné pilaire (Bazin), pilaire cicatricielle (E. Besnier), acné varioli forme (des Allemands) et mieux acné rodens (E. Vidal) ou nécrotique (Bœck), si spéciale en ses caractères qu'il suffit de l'avoir vue une fois pour la reconnaître, est d’une description elinique difficile. Grossièrement, on peut la définir une maladie chronique et paroxystique ayant les sièges d'élection de la séborrhée microbacillaire et caractérisée par des croûtes ombiliquées centrées par un poil.
L’aspect spécial de cette affection est constitué par la quantité de lésions élémentaires entièrement semblables entre elles, semées à distance les unes des autres sur une peau qui paraît saine.
Lésion élémentaire. — La lésion élémentaire de l'acné nécrotique est d’abord une vésico-pustule. Elle naît sur une région uniformément séborrhéique et dont tous les pores contiennent le filament vermiforme caractéristique de la séborrhée (fig. 55). La vésico-pustule de l'acné nécrolique naît sous forme d’un minuscule bourrelet autour d’un point folliculaire,
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et comme ce point reste immobile et ne se soulève pas, dès l'origine la vésicule de l’acné nécro tique est ombiliquée', c’est donc, au début, l’aspect même de l’acné papuleuse et papulopustuleuse.
En deux ou trois jours la vésicule a grandi. Elle est exactement ronde et de trois millimètres de diamètre. Elle est plate, ombiliquée toujours, peu saillante au-dessus de la peau; la couleur de son contenu est louche. La vésicule est entourée
es é (l c «H
Fig. 55. — Cocon séborrhéique de la peau vague autour de lésions d’acné nécrotique.
é, épiderme. — d, derme. — f. follicule pilaire au-dessous du cocon séborrhéique es. — apv, amas péri-vasculaire. — c, croûte appartenant à une lésion d’acné nécrotique voisine.— di, infiltration dermique leucocytaire au voisinage de la lésion d’acné nécrotique. — mtc, mailles du tissu conjonctif infiltrées de leucocytes en migration qui les dessinent. (Grossissement de 60 diamètres.)
d’une zone inflammatoire très circonscrite et qui s’efface rapidement. Dans les jours qui suivent, elle s’affaisse et durcit surplace sans s ouvrir et passe sans transition à Vétat de croûte. Cette croûte, d’abord un peu verdâtre, puis brune, est et demeure enchatonnée dans la peau.
Le premier stade de naissance et de formation de la vésicule est rapide et demande à être recherché. Le second, au contraire, — le stade de la croûte, — dure, pour chaque lésion, plusieurs semaines. Ces croûtes ombiliquées péripilaires se trouvent donc en majorité dans E ensemble de l’éruption. Ce sont elles qui la caractérisent.
I ne à une, les lésions s’éteignent, chaque croûte se sèche, l’épiderme corné se rompt à un millimètre au delà de ses bords; la croûte tombe, ordinairement avec le poil, laissant