ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE LA CALVITIE, MALADIE MICROBIENNE
La culture du microbacille dans la calvitie, comme dans la séborrhée du corps, s’obtient par les mêmes techniques. Elle demande seulement un peu plus de soin pour être obtenue.
Jamais une culture ne doit être tentée en partant d'un cas dont l’examen microscopique n’a pas été fait au préalable. L’examen microscopique de l’exsudât huileux ou squameux et gras donne à l’œil l’impression du nombre relatif des microbes d’infeclion secondaire proportionnellement à celui du microbacille.
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11 est évident, après ce que nous savons déjà, que l'ensemencement, ne doit pas partir de la squame, qui ne peut contenir de microbacilles qu’accidentellement, mais bien du cylindre séborrhéique lui-même. Un savonnage débarrassera d’abord le cuir chevelu des squames les plus grosses. On fera sourdre ensuite, entre deux ongles, quelques cylindres séborrhéiques lins, dont l’ensemencement sera pratiqué par la technique que la séborrhée grasse du visage nous a fait connaître.
Lorsqu'il s’agit d’une séborrhée grasse pure et huileuse, le produit de raclage à la lame de verre peut être pris comme matière d’ensemencement. Mais la semence est toujours impure, la manœuvre même du raclage l’ayant souillée des microbes accidentels de surface. Dans tous les cas, l’ensemencement des cylindres séborrhéiques prélevés un par un est plus minutieux, mais très préférable.
Se rappeler d’ailleurs que les cultures bien faites, avec insertion de la matière d’ensemencement dans le milieu de culture, même quand la culture est impure d’abord, redonneront en trente jours une culture pure après la mort des cocci d’infection seconde, comme je l’ai dit ailleurs (voir p. 55).
Pour l’étude des résultats d’inoculation expérimentale, il faut savoir préparer des cultures en milieu liquide fournissant vite une masse microbienne abondante. Voici comment j’ai pu obtenir ce résultat.
Dans un matras de 500 grammes, on prépare 500 centimètres cubes d’un bouillon ainsi composé :
Fig. 62. — Cullure du microbacille de la séborrhée en slrie sur gélose acide. — Celle figure monlre bien la saillie que fail la cullure sur le milieu. Elle ne peut donner l’idée de sa couleur propre qui est d’un brun rougeâtre caractéristique.
Eau distillée 500 grammes.
Pcplonc granulée Chassaing 5 —
Acide acétique cristallisable II gouttes.
Sulfate de soude . If, 50
Chlorure de sodium 5 grammes.
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qui est bouilli, filtré, puis stérilisé. On y ajoute à la pipette Miquel, et avec une asepsie absolue, deux jaunes d’œuf frais.
Dans ce milieu, on obtient, par des réensemencements successifs de six en six jours, de matras en matras, une culture dont la rapidité de développement est extrême. Et l'on peut avoir pour tout ensemencement une source indéfiniment renouvelée. J'ai pu préparer ainsi jusqu’à 15 litres de cultures de microbacilles, pour les essais d’inoculation souscutanée aux gros animaux.
Malheureusement, je crois encore impossible l’inoculation directe en surface sur la peau de quelque animal que ce soit. Je ne l’ai pu reproduire sur aucun. Jusqu’à preuve contraire, je ne crois pas qu'on puisse acclimater sur un animal de laboratoire le microbacille humain.
Ce résultat n’a rien qui surprenne. Les microbes cuticoles de chaque espèce animale sont spéciaux. La flore habituelle de la peau du cobaye, celle de la peau du lapin, du chien sont tout à fait distinctes. Cette llore est dictée, évidemment, par la nature chimique des sécrétions de chaque espèce. Chaque microbe de la peau a des besoins très exacts et pour lui irréductibles. Transplanté sur un terrain dont la nature est très différente de son terrain propre, il meurt sans se reproduire.
Si l'on songe que les terrains d’élection du microbacille sont des plus particuliers, que chez l’enfant ce microbe ne trouve pas le moyen de pulluler comme chez l’adulte, que le cuir chevelu même de la femme ne lui permet presque jamais de croître et multiplier, alors que seul celui de certains hommes lui donne en abondance les matériaux de choix nécessaires à sa pullulation, il serait vraiment extraordinaire qu’un animal se prêtât à 1 inoculation expérimentale, et qu’on pût reproduire artificiellement sur lui le cylindre séborrhéique et le comédon. Après des essais sans nombre, il fallut donc y renoncer.
Il restait à tenter l’expérimentation par d’autres moyens.
Le cocon microbacillaire n’agit pas directement sur la papille pilaire puisque, même à son plus complet développement, il en demeure toujours fort éloigné. On pouvait donc se demander par quel mécanisme il produisait la mort de la papille. Peut-être le microbacille sécrétait-il une toxine diffu-
sible, capable de tuer la papille pilaire. Puisqu’il n’agissait pas directement, peut-être agissait-il sur la papille par sa sécrétion à distance. S'il en était ainsi, l’injection sous-cutanée
d’une masse microbacillaire contenant cette toxine devait provoquer des dépilations.
Cette hypothèse pouvait, par comparaison, se justifier. Certaines toxines, à la vérité très hautement pathogènes, ont un pouvoir électif pour la substance nerveuse, d’autres un pouvoir d’action sur certains leucocytes. Puen ne pouvait prouver à l’avance que cette hypothèse fût dénuée de vérité, tant que le mécanisme d’élection de certaines toxines pour certains éléments anatomiques ne sera pas mieux compris.
Les expériences que j’instituai à ce propos n’avaient pas seulement pour but d’éclairer le mécanisme de la dépilation séborrhéique, elles avaient un but pratique qui me les fit poursuivre longuement. Si l’on avait pu trouver une toxine nocive à la papille pilaire d’une région donnée, on aurait eu un excellent mode de traitement de certaines dermatoses des plus rebelles.
Supposons une toxine nuisible aux seules papilles pilaires dans un rayon de quelques centimètres autour d’un point d’injection, une injection pratiquée au milieu d’une plaque de teigne tondante en eût amené la dépilation spontanée et, par suite, la guérison. Car l’épilation, si elle pouvait être totale, guérirait la teigne tondante, comme on la voit guérir le favus. Et si l'épilation ne guérit pas la teigne tondante, c’est parce qu’elle casse le cheveu malade dans la peau et laisse toujours dans la profondeur un tronçon de cheveu malade dont l'infection parasitaire se perpétue.
Si l’on frappait momentanément de mort les papilles pilaires de la région, la chute du poil teigneux surviendrait par le même mécanisme que la chute du poil séborrhéique. L’expérience du favus nous montre que le cheveu de la teigne tondante expulse en entier, le cheveu qui lui succéderait repousserait sain. Voilà l'idée qui guidait mes recherches d’une toxine mortifiant la papille pilaire.
Tout d’abord, cette idée parut hautement justifiée par les
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Une série de lapins inoculés par voie sous-cutanée d’une
quantité notable de bouillon à l'œuf, culture de quinze jours, présentèrent, trois semaines après, les uns une dépilation diffuse énorme de tout le dos, les autres des aires énormes de dépilation absolue , dont la surface totale équivalait environ à 3 décimètres carrés.
Un mouton inoculé sous la peau perdait son poil dans toute la région où le liquide d’inoculation avait été porté, sur des aires de 4-0 centimètres d’une rondeur parfaite.
Enlîn le cheval inoculé de *250 centimètres cubes du même bouillon à l'œuf présenta, au neuvième jour, une dépilation diffuse considérable, mais sans plaques alopéciques au niveau des piqûres.
Donc, tout d’abord, les expériences sur ce point semblèrent confirmer la réalité de l’hypothèse émise plus haut. Les cultures du microbacille injectées sous la peau semblaient contenir une toxine dépilante.
Plusieurs faits contradictoires vinrent pourtant sinon démentir, du moins infirmer cette conclusion.
Quand les injections amenaient une dépilation locale, comme chez le mouton par exemple, l’examen local montrait un peu de rougeur et de chaleur, par conséquent un processus inflammatoire léger qui pouvait suffire à provoquer la chute de la laine sans intervention d’une toxine dépilante. Bien que chez le mouton, au dire de vétérinaires compétents, aucun processus morbide du même genre ne soit connu, ce processus était trop semblable à celui des alopécies humaines localisées au-dessus d’un foyer inflammatoire, pour qu’on puisse en escompter la valeur au profit d’une toxine spécifique.
D’autre part, chez le lapin, quand on se servait de cultures en bouillon, la masse liquide inoculée qui, dans certains cas, avait dû être augmentée jusqu’à 50 et 40 centimètres cubes,
avait évidemment nui à la santé générale de l’animal inoculé. L inoculation avait amené chez certains lapins inoculés un amaigrissement de plusieurs semaines pouvant s’accompagner, comme toute liectici té, de chute de poil diffuse.
Quand on se servait, au contraire, de cultures évaporées dans le vide à basses températures, on inoculait une matière
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boueuse causant sous la peau, comme un corps étranger quelconque, une réaction inflammatoire légère. Or les processus inflammatoires sous-cutanés peuvent causer de l'alopécie, je viens de le dire.
Enfin la répétition des expériences pendant une année entière me montra chez quelques animaux témoins, inoculés avec des bouillons ù l'œuf stériles, des alopécies moins bien définies à coup sûr et moins caractéristiques ({lie celles que je rappelais plus liant, mais pourtant indéniables.
Un fait surtout me fit abandonner ces recherches. Les aires alopéciques que la culture microbacillaire donne au lapin, on peut dire à coup sûr, ne se reproduisent pas ordinairement au point d'inoculation, mais à longue distance, sur un point quelconque du corps.
Même si la toxine alopécique existait, elle n'était pas maniable; on ne pouvait s’en servir pour produire, en un point voulu, une alopécie humaine, car elle se serait produite aussi bien en un point autre où l'alopécie n’aurait pas eu d'objet, puisqu’elle aurait fait tomber des poils sains et non pas des poils teigneux.
L’absence d’un but pratique me fit abandonner ces expériences trois ans après mes premières recherches sur le sujet; j’avais donné vingt fois l’apparence d’une démonstration à l’hypothèse d’une toxine alopéciante, mais sans avoir pu en démontrer « d’une façon claire, simple et précise (Pasteur) » la réalité absolue.
Je ne crois pas que personne ait, dès lors, repris la série de ces expériences difficiles et qui n’ont pas emporté la conviction de tous.
De toutes façons, si dans les cultures microbacillaires il existe une toxine ayant un pouvoir alopécique, cette toxine est évidemment très faible. Tous les moyens que j'ai tentés pour renforcer cette virulence : cultures anaérobies, cultures intra-péritonéales en sacs (lapins, cobayes), ne m’ont fourni aucun renforcement appréciable de virulence. La question demeure pendante.
Il importe cependant de résumer ce que ces expériences prouvent et ne prouvent pas. La véritable reproduction du
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mécanisme alopécique de la séborrhée est impossible chez l’animal parce que la pullulation de ce bacille humain sur la peau d’un animal vivant ne peut pas être obtenue.
Ce bacille, comme celui de la lèpre, comme celui du chancre mou, etc..., comme d’autres sans doute, ne se reproduit pas en dehors du milieu humain.
Les inoculations sous-cutanées auraient pu prouver quelque chose en ce sujet si elles avaient été suivies d’alopécies locales, régulières, proportionnelles aux quantités de liquide microbien injectées.
Telles qu'elles ont été laites, elles n’ont pas fourni ce résultat d'une manière incontestable. Elles ne peuvent pas prouver que le microbacille possède une toxine alopéciante.
Mais d'abord elles ne prouvent pas que cette toxine n’existe pas. Car l'expérience, se plaçant forcément en dehors de toutes les conditions dans lesquelles se produit l’alopécie séborrhéique, peut rencontrer telle ou telle cause d'insuccès très différente de l’absence de la toxine à démontrer.
Mettons que ces expériences soient milles, elles ne prouvent pas du moins la non-valeur du microbacille dans l’alopécie. Elles prouvent que ses produits inoculés sous la peau ne produisent pas des alopécies régulières, locales, précises, et c'est tout.
En vérité le mécanisme de la dépilation séborrhéique me semble aujourd’hui beaucoup plus simple qu’autrefois.
Depuis lors, en effet, j’ai suivi et examiné le mécanisme de la dépilation qui suit l'eczéma séborrhéique de Unna. Il est identique, l’un et l'autre procèdent des mêmes causes et ne diffèrent que par le degré différent de permanence de leurs causes. Dans les deux cas la mort du poil semble consécutive à l'obstruction pure et simple du follicule. Je m’explique. Le diverticule épidermique qu'est le follicule pilo-sébacé peut, être dans son entier considéré connue une glande à double fonction. I ne moitié de cette glande crée du sébum, une autre moitié le poil, par deux fondions épidermiques différenciées, et le poil , comme le sébum, est proprement un résultat de sécrétion et de sécrétion épithéliale. Le sébum résulte d'une production cellulaire comme le poil.
MALADIES SÉBORRHÉIQUES.
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Toute obstruction du canal pilo-sébacé, canal commun d'excrétion de ccs deux glandes, retentira sur l’organe de sécrétion, sur le fond de la glande sébacée comme sur la papille pilaire.
La papille tombera et se renouvellera incessamment, comme la glande sébacée s’hypertrophiera incessamment.
Que le bouchon qui ferme le canal pilaire soit corné et superficiel (eczéma séborrhéique), ou plus profond, sébacé, corné et microbien (séborrhée), la même altération papillaire lui succédera et les deux maladies n’auront au point de vue de la dépilation qu’une seule dissemblance qui proviendra de leur siège anatomique différent. Comme les pityriasis sont superficiels, facilement pénétrables aux agents médicamenteux, et curables, l’alopécie qui les accompagne sera curable comme eux. Au contraire les cocons séborrhéiques sont en très grande majorité impénétrables aux agents médicamenteux. Cette infection est impossible à stériliser. La cause de l’alopécie demeurant, la dépilation persistera, se renouvellera et deviendra à la longue définitive.
Un argument vient encore appuyer la réalité de ce mécanisme. Si la toxine alopécique existait, un cocon microbacillaire dans un follicule devrait aussi bien faire tomber, par la diffusion de sa toxine, les poils des follicules voisins que le poil du follicule même qu’il occupe.
Or ce fait, que d’abord j’ai cru vrai, m’est démontré erroné. Le cheveu voisin d’un follicule infecté ne tombe pas. Celui-là seul tombe, qui habite le follicule infecté. Il semble que ce fait s’oppose à l’existence d'une toxine alopéciante.
Au contraire, dans l’hypothèse opposée, le poil ne tombe qu'à cause des troubles papillaires résultant d'une occlusion clu follicule. Dans ces conditions, le poil du follicule voisin, s’il n’est pas infecté lui-même, n’a aucune raison de subir une atrophie analogue. C’est ce que l’examen anatomique sérié de lésions séborrhéiques montre. A côté de follicules séborrhéiques on retrouve des follicules non infectés, intacts, contenant un cheveu de tous points normal (fig. 74, fs).
Quoi qu'il en soit de ces causes et de ce mécanisme, il demeure certain : 1° que le microbacillc existe dans toute
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calvitie; 2° qu’il y existe dans tous les orifices pilaires dont les cheveux tombent.
Hors ces deux points qui sont établis, le reste des faits peut ctre livré à la discussion. Mais la consécution de ces deux faits est établie et absolue.
Je ne puis pas ne pas rappeler ici encore la démonstration qu'apporte à ces faits Y acné chlorique.
Sous l'influence des vapeurs de chlore inhalées, l'infection microbacillaire se multiplie à la surface du corps humain. Après s'être développée en ses lieux d’élection, elle les dépasse, elle s'étend à la presque totalité du corps.
Ainsi l'acné chlorique au cuir chevelu, après avoir diffusément couvert le vertex, envahit en même temps les tempes et les régions pariétales.
En cette acné chlorique nous rencontrons les cylindres séborrhéiques et les comédons placés au hasard un peu partout.
Cela est anormal, dira-t-on. Evidemment. Dans un tel cas, l'acné sous l’influence de l'intoxication chlorique dépasse partout les limites de son domaine ordinaire.
Mais ce qui nous importe ici, c’est surtout l’alopécie qui en résulte. Voilà la démonstration absolue du pouvoir alopécique du cocon microbacillaire.
Sur les régions pariétales et temporales, normalement respectées par l'infection et par conséquent toujours indemnes de calvitie, dans l'acné chlorique, nous trouverons des surfaces énormes criblées de cocons séborrhéiques et de comédons... et chauves proportionnellement.
Chaque orifice occupé par un cylindre sera veuf de son cheveu, comme dans la calvitie vulgaire. Ainsi la chevelure d’un sujet atteint d’acné chlorique, de même qu’elle montrera des comédons hors de leur siège ordinaire, montrera une calvitie atypique.
En considérant ces faits je ne puis m’empêcher de penser que les expériences que j’ai instituées avant de connaître l’existence de l'acné chlorique devront être reprises avec elle.
Quel que soit le mécanisme intime de l'acné chlorique, il est certain que l'inhalation de vapeurs de chlore naissant
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favorise l'infection séborrhéique de la surface cutanée.
Peut-être soit sur l’homme, soit sur les animaux faudra-t-il se servir des inhalations chloriques pour tenter les inoculations séborrhéiques expérimentales. J’ai l’intime conviction <[ue c’est par l’acné chlorique expérimentalement étudiée que l’on donnera les dernières preuves du rôle causal du microbacille dans la séborrhée et qu’on pourra déterminer le mécanisme de son action.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA CALVITIE