‹ Maladies de cuir cheveluChapitre 45 sur 89 · DES MUES PILAIRES SUCCESSIVES DE LA CALVITIE SÉBORRHÉIQUE · texte numérisé non relu

DES MUES PILAIRES SUCCESSIVES DE LA CALVITIE SÉBORRHÉIQUE

Dans la calvitie, la papille d’un follicule séborrhéique subit le processus régressif que nous venons de décrire, non pas une fois, mais dix fois, cent fois. Elle ne cesse pas de recommencer, à des échéances plus ou moins proches les unes des autres, la même série de phénomènes de rénovation et de disparition .

C’est là le seul fait — évolutif — caractéristique de l’alopécie séborrhéique.

Alors même que l’infection séborrhéique d’un même follicule est stable, permanente, comme dans un follicule occupé par un kyste-comédon, la papille morte se régénère au-dessous de lui. Elle refait un poil qui meurt de nouveau, par atrophie papillaire. La papille se reforme encore une fois, deux fois, trois fois, donnant naissance à de nouveaux poils qui meurent encore. Et rien ne peut nous donner une idée certaine du nombre d’évolutions qu’une même papille pilaire peut subir.

Pourtant, lorsqu'on trouve dans le même follicule pilaire, transformé en carquois, quinze ou vingt follets isolés, terminés chacun à leur base par un bulbe plein, force est bien de comprendre qu'ils ont été formés par la même papille, et que cette papille est morte, autant de fois qu’il existe dans le follicule de cadavres de poils à bulbe plein.

Toutefois, il y a des degrés dans le pouvoir de rénovation de la papille pilaire. Suivant le cas, elle peut former deux poils ou cheveux, très différents l’un de l’autre, des poils adultes ou des poils follets.

MALADIES SÉBORRHÉIQUES. 15

calvitie.

des poils U Iles qui

ne oépassent jamais une certaine longueur (sourcils, aisselles, pubis), d’autres des poils adultes de croissance indéfinie (barbe), d’autres enfin des cheveux, à la vérité plus différents des autres poils, comme aspect, à l’œil nu qua F examen microscopique.

Or une papille, qui de par son siège au cuir chevelu devrait former un cheveu adulte, peut ne plus donner lieu qu’à un poil follet. Elle a donc subi un trouble régressif, et ce trouble peut être et demeurer permanent.

Entre le poil adulte et le poil follet deux différences de structure existent qui sont caractéristiques. Le follet est dépourvu de cellules médullaires différenciées, et ses cellules corticales sont dépourvues de pigment.

Dans le cheveu ou poil adulte, examiné sur une coupe verticale, on trouve depuis son axe jusqu’à sa paroi trois zones :

1° Une double rangée axiale de cellules médullaires.

2° Une couche épaisse de cellules dites à tort corticales.

5° Une écorce vraie ou cuticule (*).

Dans le cheveu adulte et le follet, cette cuticule reste la même.

Mais les cellules corticales qui forment la masse du cheveu ne présentent plus leurs grains de pigment normaux.

Et la double rangée de cellules médullaires disparaît.

Il y a donc, au microscope et à l'œil nu, une différence considérable entre le poil adulte et le poil follet.

Et quand une papille qui devrait fabriquer un poil adulte fabrique un follet, cela témoigne d’un état régressif ramenant la papille d’une région normalement chevelue àn’être plus que ce qu’elle est dans les régions invisiblement velues et dites vulgairement glabres.

Donc entre son état normal et sa disparition totale il y a pour la papille des régions pilaires un état intermédiaire, celui où l’organe jadis formateur d’un cheveu adulte n'est plus capable de créer qu’un poil de duvet.

Certaines régions du corps ne portent jamais que follets (régions dites glabres), d’autres des poils ad

p) Ces détails anatomiques peuvent être étudiés sur la figure 76.

Fig. 68. — Follicule pilaire typique dans la séborrhée grasse du cuir chevelu (calvitie) montrant les trois laits anatomiques principaux qui l’accompagnent : l'infection microbacillaire , l’atrophie du poil, sa renaissance.

?n6, colonie microbacillaire au sommet du follicule.

é, épiderme.

d, derme.

v, vaisseau dermique.

gs, glande sébacée.

cbp, cheveu à bulbe plein, c’est-à-dire mort.

éc, étui conjonctif enrobant la totalité du follicule et de ses annexes.

g glande sudoripare au long du follicule.

n/\ rénovation du follicule au-dessous du cheveu mort.

np. papille nouvelle qui va faire un nouveau cheveu.

(Grossissement de 80 diamètres.)

CALVITIE

Or, si un kyste séborrhéique siège et demeure dans un folliculc de région velue, la papille de ce follicule ne fera plus qu’un follet.

Quand au lieu d’un kyste séborrhéique établi il s’agit d’un filament séborrhéique simple, le degré d’atrophie de la papille est variable.

Souvent l’expulsion du cheveu mort entraîne l’expulsion du cylindre séborrhéique en totalité, alors, l’infection ayant cessé, le cheveu tombé peut renaître à l’état de cheveu. Et il semble que cette rénovation d’un poil adulte puisse s’opérer un certain nombre de fois.

Mais, dans d’autres cas, le cheveu qui tombe est remplacé par un follet qui ne deviendra pas un cheveu adulte.

Et dans toutes les séborrhées du vertex on peut voir à peu près uniformément les mues successives des papilles pilaires être régressives peu à peu. En renaissant la papille ne reprend pas l’intégralité de ses fonctions. Chaque fois qu’elle renaît, elle reforme un cheveu un peu amoindri, et finalement un poil de duvet à la place d'un cheveu adulte.

Au point de vue anatomique une telle papille n'est pas morte. Mais au point de vue fonctionnel, une telle papille ne vaut guère plus que si elle n’était pas, car un duvet presque invisible n’a plus rien de commun avec un cheveu long.

Du reste ces troubles sans cesse renaissants de la papille pilaire ne vont pas sans des troubles concomitants de tout l’appareil pilo-sébacé et de son voisinage.

Le follicule dont la papille est arrivée à cet état extrême de régression présente de nombreuses preuves de son infériorité.

Sa forme sinueuse et bizarre révèle le processus atrophique total dont les sécrétions pilaires de la papille témoignent plus manifestement. Ces follicules sont diminués dans leur longueur, atrophiques, recroquevillés, entourés de glandes sébacées devenues colossales et dont le développement semble les étouffer. D’autres parmi ces follicules semblent se laisser facilement distendre par des déchets cellulaires, par des cadavres de poils; même inhabités certains restent béants et distendus.

Peu à peu aussi la sclérose conjonctive apparaît de plus en plus nette autour des follicules atrophiés.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA CALVITIE

Des follicules jadis proches mais encore distants les uns des autres arrivent maintenant à confondre en un même infundibulum commun leurs orifices jadis séparés. Et les follets lanugineux qui les occupent ne peuvent plus se voir qu'à la loupe.

Sur des coupes de cuirs jadis chevelus parvenus à ce dernier stade, on ne voit quasi plus que des glandes sébacées. Elles occupent la majeure partie du derme. On trouve entre elles à peine quelques îlots conjonctifs de derme demeurés sains,

h pc f <j m d s f (j m v d h <j

Fig. 69. — Coupe topographique d’un cuir chevelu infecté chroniquement de séborrhée microbacillaire (calvitie définitive, constituée). (Grossissement de 55 diamètres.)

cm, colonie microbacillaire encore en place dans un follicule f atrophié et recroquevillé. — o, orifice pilaire obliquement coupé et vide. — h, hypoderme. — pc, pilier conjonctif marquant la place ancienne du follicule atrophié. — g, glande sébacée. — m, muscle érecleur du poil. — d, derme. — s, glande sudoripare. — v, vaisseaux dermiques.

et cachés entre leurs culs-de-sac les follicules rudimentaires contenant ou non leurs derniers follets à bulbe plein.

A cette période, la calvitie constituée présente des lésions énormes qui du premier jour où la mue pilaire anormale a commencé n'ont pas cessé d’être progressives.

Dans la calvitie les phénomènes qu'on observe sont donc banals en eux-mêmes et identiques à ce que sont toutes les mues pilaires, de quelque cause qu’elles relèvent. Deux choses

CALVITIE

pourtant y sont spéciales, la 'constance de l’infection microbacillaire qui en tout siège où elle demeure, produit dans chaque follicule qu’elle a envahi une série indéfinie de mues pilaires répétées.

Et en outre la dégénérescence progressive de la papille dont la fonction s’atténue progressivement à chaque mue qu’elle subit

Là surtout est la chose caractéristique. Jusqu'à la calvitie

Fig. 70. — Altération des follicules pilaires dans la calvitie constituée (1/2 schéma).

cm, cheveu mort. — cmb, colonie microbacillaire. — gs, glande sébacée — cms, colonies microbiennes superficielles (cocci, bacille-bouteille d’infection seconde). — op, orifice pilaire commun à trois follicules réunis par sclérose conjonctive de voisinage.

constituée, absolue, totale, complète, les papilles pilaires ne meurent pas. S'il en disparaît totalement, le nombre de celles qui persistent reste à très peu près aussi considérable que sur un cuir chevelu normal. Mais néanmoins leur atrophie progressive amène leur fonction à un degré d’amoindrissement tel que leur disparition absolue passerait désormais inaperçue.

Il est curieux pourtant de voir qu'une atrophie identique el

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA CALVITIE

peut-être microscopiquement plus complète de tout le follicule et de sa papille existe en certaines pelades graves d’évolution lente.

En ces pelades l’atrophie est si complète que des groupes de follicules peuvent n’être plus représentés que par des moignons folliculaires, des bourgeons épidermiques infimes que l'on préjugerait incapables de rénover jamais un cheveu adulte.

Et pourtant nous savons tous que ces pelades qui nous présentent un pareil degré d’atrophie pilaire, dans les cas mêmes qui nous ont fourni ces constatations, peuvent se terminer par la résurrection folliculaire intégrale et la rénovation totale des cheveux.

Il y a là un phénomène que l’histologiste ne peut pas ne pas rappeler. L'identité d’atrophie pilaire, papillaire et folliculaire dans les pelades graves est au moins égale à celle que le microscope constate dans la calvitie la plus complète.

Et non seulement il y a identité dans le degré d’atrophie, mais encore dans la forme même d’atrophie, car il peut être microscopiquement impossible de déterminer sur une coupe histologique, si l’on examine un tissu de pelade ou de calvitie.

Eh bien, l'une de ces maladies régresse et guérit. Pourquoi l'autre ne guérit-elle pas? Pourtant, nous venons de le voir, non seulement, il n'y a pas d’impossibilité absolue à la restitution de la papille pilaire, et de sa fonction, dans la calvitie, mais la guérison des pelades graves nous prouve que cette restitution intégrale dans des lésions de forme identique est possible et même fréquente.

Si donc on peut affirmer que nous ne savons pas guérir la calvitie et rendre aux chauves leurs cheveux, il est cependant certain que le problème en soi ne se présente pas scientifiquement comme insoluble, mais seulement comme non résolu à l’heure présente.

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