‹ Maladies de cuir cheveluChapitre 48 sur 89 · SES TROIS SYMPTOMES · texte numérisé non relu

SES TROIS SYMPTOMES

Laissons désormais de côté les modes différents du début de la séborrhée fluente du vertex, négligeons de même les symptômes accessoires qui peuvent, par accident, se superposer à ses symptômes propres. Envisageons seulement ces symptômes propres en eux-mêmes.

Les symptômes capitaux de la calvitie sont au nombre de trois, et la calvitie séborrhéique les présente tous trois constamment.

lü Le premier est la séborrhée proprement dite, le flux de graisse qui a donné son nom à la maladie ;

2° Le second est Yéphidrose ou hyperhidrose, c'est-à-dire l'hypersécrétion sudorale.

5° Le troisième est Y alopécie.

Nous les examinerons successivement.

I . Le phénomène séborrhée au cuir chevelu. — - A l'examen premier d’un cuir chevelu en état de séborrhée grasse, il est impossible de se rendre compte d'où vient la graisse qui le recouvre. Elle semble artificiellement déposée sur la peau avec un pinceau, ou bien exsudée par toute la surface de la peau

SYMPTOMATIQUE DE LA CALVITIE

Fig. 71.

comme au travers d’un papier filtre. Mais, si l'on fait pratiquer un savonnage parfait du tégument et que l'on supprime ainsi la couche de graisse diffusément épandue, si l’on racle ensuite lentement le cuir chevelu (fig. 71) avec la tranche polie d'une lame de verre, en déprimant fortement la peau par le raclage (fig. 72), on verra sourdre au-devant de la lame de verre, de tous les pores sébacés, un mince filament gras vermiculaire.

Regardez alors quels sont les points de la peau dont ils sortent; ce sont les orifices pilo-sébacés. Cette simple expérience montre qu'il ne s’agit pas d’une hyperhidrose grasse , comme on l’a voulu dire (Unna), c’est-à-dire d'un flux huileux anormalement produit par les glandes svdoripares , mais bien d’une séborrhée sébacéo-pilaire , exagération morbide d'une fonction normale.

Ainsi cette seule expérience clinique rétablit l'identité symptomatique entre la séborrhée du vertex et celle du visage, entre la séborrhée pré-acnéique du visage et la séborrhée pré-alopéciquedu vertex.

Une deuxième expérience confirmera la première :

Faites appliquer chaque soir sur le cuir chevelu malade une pommade pyrogallique au dixième, au vingtième ou au quarantième, suivant le degré du flux séborrhéique et la tolérance propre du tégument.

Après quelques jours, examinez votre malade. Vous verrez la peau légèrement brunie en totalité, mais elle sera surtout criblée de points noirs. Un dépôt de pyrogallate de soude se sera produit sous l'influence des savonnages et fixé à chaque orifice pilaire distendu.

Fig. 72. — Schéma représentant le raclage à la lame de verre d’un cuir chevelu séborrhéique.

En V la lame de verre vue par la tranche. La direction de sa marche est indiquée par la flèche qui la surmonte. — a, b, c, d , Filaments séborrhéiques exprimés hors de la peau par le raclage, qui les accumule en e.

CALVITIE

Ainsi, vous aurez artificiellement donné à la séborrhée huileuse l’aspect si remarquable de l’acné ponctuée. Et. si vous exprimez entre deux doigts ou avec un extracteur de comédon un point quelconque de la peau, vous ferez surgir de chaque pore pilo-sébacé le filament vermiformc, caractéristique de la séborrhée en tous ses sièges (').

Continuons cette démonstration, car il nous faut en ceci plus de certitude que n’en peut donner un simple phénomène objectif à l'œil nu. Prenez, avec une aiguille, un des cylindres gras que l’expression entre deux ongles a fait surgir de la peau, pratiquez-en l’examen microscopique (2), comme nous 1 avons fait pour les cylindres séborrhéiques du visage et les comédons ; vous retrouverez le même microbe avec sa même

(*) Je ferai remarquer à ce sujet un point de détail très minime mais dont l’importance dans le sujet est considérable.

Quand on pratique cette expression du cuir chevelu séborrhéique en un point quelconque, entre deux ongles, les ongles soulèvent et détachent autour de l’orifice pilo-sébacé infecté une mince lamelle cornée, presque imperceptible, onctueuse, sans consistance; c’est l’existence de cette collerette épidermique minuscule autour des orifices folliculaires séborrhéiques qui a fait définir par M. Unna le phénomène séborrhéique comme hyperkèratosique essentiellement.

En fait, nous le savons, la pullulation du microbacille, en même temps qu’elle s’accompagne du flux sébacé, amène dans le canal folliculaire une irritation légère, cause de l’exfoliation épidermique répétée qui fera au cocon microbacillaire ses enveloppes.

A l’orifice folliculaire, cette exfoliation épidermique dépasse très peu, mais un peu, l’orifice et, par conséquent, l’orifice se trouve entouré d'une collerette épidermique cornée minuscule, à peu près invisible, sauf au microscope, et qu’un examen objectif à l’œil nu, quand il est très aLtenlif, peut seul remarquer.

Mais, je pense, il est inutile de faire remarquer que ce processus péri-orificiel n’a rien de commun en fait avec l’exfoliation épidermique de la peau vague, lamellaire, sèche ou grasse qui constitue essentiellement les pityriasis. II suffit d’un examen microscopique d’une coupe de séborrhée et d’une coupe de pityriasis pour distinguer ces deux phénomènes l’un de l’autre.

Dans le pityriasis l’hyperkératose et l’exfoliation de la peau plane est l’essentiel. Dans la séborrhée l’exfoliation rudimentaire autour du filament séborrhéique est un processus péri-orificiel limité, consécutif à Vcxfolialion de l'intérieur du follicule, et qu’on peut dire presque invisible. Rapprocher ces deux phénomènes l’un de l’autre, c’est forcer évidemment leur rapport très lointain.

Si l’association de ces deux maladies sur un môme tégument n'était pas chose si fréquente, jamais personne ne se fût avisé de confondre les deux phénomènes que nous sommes obligés de distinguer ici si soigneusement.

(-) Écraser un filament vermiformc entre deux lames porte-objet. Laver à l’éther, deux fois. Laisser sécher. Colorer avec quelques gouttes de thionine phéniquée au J/200. Laver à l’alcool. Sécher. Monter au baume.

SYMPTOMATIQUE DE LA CALVITIE

absolue pureté, ses mêmes caractères de morphologie, de coloration, etc. (flg. 73).

Ce n'est pas tout; une infime parcelle du cuir chevelu, enlevée au malade par biopsie, confirmera cetle identité des lésions séborrhéiques de tout siège. Voici comment se présente le cocon séborrhéique au cuir chevelu (flg. 75).

Il est au sommet du follicule, à la même place, dans la même forme, avec la même structure histologique et contenant le même microbe que sur n'importe quel point de la peau

Fig. 75. — Préparation extemporanée du microbacille dans la séborrhée du cuir chevelu. — Ecrasement d’un filament séborrhéique; coloration au bleu potassique de Lœffler. (Ocul. 5. Obj. immers. Leitz. 1/12.)

glabre séborrhéique. Il n’y a de différent ici que la profondeur du follicule, puisqu'il contient un cheveu à la place que, dans la peau glabre, occupait un poil de duvet.

La culture enfin nous apportera une dernière certitude complémentaire. Elle redonne dans les mêmes conditions de temps, de température, de milieu, les mêmes colonies, de même forme, de même couleur que la séborrhée de n'importe quelle partie du corps (fig. 74). L'examen microscopique les démontre constituées par les mêmes bacilles.

Ainsi nous est révélée et démontrée la parfaite identité de la séborrhée du scalp, qui fait la calvitie, et de la séborrhée des régions glabres.

Le phénomène du flux séborrhéique peut être plus ou

MALADIES SÉBORRHÉIQUES.

CALVITIE

moins marque. Il est ordinairement proportionnel à la rapidité

de l'alopécie, sa conséquence. En certains cas, il est d’une intensité surprenante. Le sommet de la tête, examiné de près, semble baigné d'huile; de loin, il est brillant et verni. Les malades sont forcés de nettoyer ou de remplacer incessamment leurs brosses, leurs peignes, le cuir intérieur de leurs chapeaux. S'ils portent la main à leur tète, l’empreinte de leurs doigts sur un papier le rendra translucide. Gomme leur chevelure, leurs oreillers semblent enduits de pommade et prennent, en quelques jours, l’odeur spéciale aux graisses rances.

Dans ces cas, le phénomène séborrhéique qui accompagne la calvitie est si évident, que la maladie locale n'est pas niable. Dans des calvities lentes, une observation médicale incomplète peut supposer sain un cuir chevelu dont les

Fig. 71. — Culture du microbacille séborrhéique extrait d’un cuir chevelu atteint de calvitie vraie ; âge :

cinq semaines.

Fig. 7o. — Coupe verticale du cuir chevelu en état de séborrhée microbacillaire.

p, épiderme. — d. derme. — a, vaisseaux dermiques, — fs, follicule sain. — abc. follicules contenant chacun une colonie microbacillaire. — gs, glande sébacée. — A follicule audessous de la colonie microbienne. — fs, follicule demeuré sain.

SYMPTOMATIQUE DE LA CALVITIE

lésions sont très peu visibles, mais dans les calvities à marche rapide, la lésion locale est trop visible pour pouvoir être discutée.

Les malades qui en sont atteints sont condamnés à des savonnages quotidiens ou biquotidiens, qui ne suffisent pas à rendre à leur tête un aspect normal, car le phénomène de l’ exsudation grasse se reproduit incessamment.

C’est là la séborrhée / luente , celle des calvities les plus précoces et les plus graves dans lesquelles on voit chaque jour les cheveux tomber par centaines.

En lui-même, le phénomène séborrhéique est constant dans toute calvitie, c’est le phénomène premier et capital qui la précède et l’accompagne invariablement. Mais, suivant le cas, la lésion élémentaire sera, ou bien très évidente, ou bien plus difficilement perceptible.

On observe des

cuirs chevelus de chauve où la peau relâchée montre des orifices sébacéo- pilaires énormes occupés chacun par un filament séborrhéique de grosseur proportionnelle (fig. 7(3). A ce point de vue, la figure ci-jointe présente le plus haut intérêt.

Dans d’autres cas, au contraire, le cuir chevelu séborrhéique garde un grain très serré. Les filaments séborrhéiques

Fig. 76. — Calvitie vulgaire. — Nombreux comédons disséminés épars sur la surface que l’infection séborrhéique a dépilée.

CALVITIE

y demeurent quasi invisibles. 11 faut l’expression de la peau entre deux ongles pour mettre en évidence l’existence de la

Et, dans ces cas, le llux huileux est beaucoup moindre que dans les cas précédents. De même la dépilation. Ce sont des calvities lentes.

Enfin, d’autres fois, le phénomène synchrone de l’hyperhidrose peut être si développé, qu’il en arrive à masquer le phénomène séborrhéique.

La moindre expression de la peau de certains chauves fait sourdre une gouttelette de sueur limpide. Or nous savons que les orifices des glandes sudoripares sont, le plus souvent, situés au pourtour de l’orifice pilo-sébacé, le seul visible à l’œil nu. Dans ces conditions, la gouttelette de sueur va se collecter dans l'orifice pilo-sébacé lui-même, avant l'issue du filament séborrhéique vermiforme. C’est là un fait d’observation fine et minutieuse, mais très aisé à reproduire.

Quoi qu’il en soit, toute calvitie vraie, toute alopécie évoluant au vertex vers la forme de la calvitie hippocratique est séborrhéique. Elle présente d’abord diffusément, et peu à peu en chaque follicule pilaire de la région, la lésion séborrhéique élémentaire que la séborrhée de la peau glabre nous a fait connaître d’abord et qui se reproduit au cuir chevelu avec tous ses caractères extérieurs, anatomiques et microbiens, et avec sa conséquence absolue et constante : la mort du cheveu habitant le follicule envahi. Mais, avant d'étudier, dans la calvitie, le phénomène même de la dépilation, je veux étudier d'abord le deuxième phénomène fonctionnel local caractéristique de la calvitie séborrhéique, c'est l’hyperhidrose.

2. De ïhyperhidrose dans la calvitie. — Tous les malades et beaucoup de médecins déclarent traditionnellement que la calvitie provient des crises sudorales qui l'accompagnent. C'est là encore une de ces opinions basées sur ce que nous avons plus haut qualifié de « comparaisons horticoles ». La plupart des plantes placées dans un sol détrempé périssent par la fermentation et la pourriture de leurs racines. A l'opinion qui

SYMPTOMATIQUE DE LA CALVITIE

donne pour cause à la calvitie la sudation excessive des chauves, on chercherait vainement un autre fondement que celui-là. Il est ridicule.

Nous n'avons même pas mentionné cette opinion en traitant des causes de la calvitie; son moindre défaut est d’avancer sans preuve une chose improbable. Son pire défaut est de ne rien expliquer.

Si l’éphidrose est cause de la calvitie, quelle est la cause de l'éphidrose? Je prévois que ce sera encore l’arthritisme!

Notre malade en son autobiographie était bien plus sage quand il disait :

« La sécrétion grasse s’accuse davantage sous l’action de la chaleur, d'une tension cérébrale ou d'une fatigue nerveuse. La transpiration est aussi très active au moindre exercice du corps et tombe du front en larges gouttes ». Cet exposé simple des faits a sur tout autre cet avantage de ne rien préjuger des causes inconnues.

Presque en tous sièges, le phénomène séborrhéique et le phénomène hyperhidrosique se conjuguent; nous avons vu dans les pityriasis sur-séborrhéiques la même connexion exister entre l'hypersécrétion des deux glandes cutanées à ce point que M. le Dr Besnier l'avait représentée par le mot unique d’ hyper stéatidr ose.

Examinons comment cette connexion peut être expliquée.

11 est naturel d'abord qu’un phénomène morbide comme la séborrhée, le flux sébacé, qui n’est que l’exagération d’un phénomène physiologique et normal, soit rendu plus sensible encore par une tension vasculaire générale momentanée comme celle que produit l’exagération de la température ambiante en été, ou une gymnastique violente. Ainsi une séborrhée ou une hyperhidrose à peine sensible chez l’homme au repos seront-elles plus accusées au cours d’un exercice forcé. Jusqu'ici rien que de normal.

Ce qui est inattendu dans l'hyperhidrose séborrhéique, c’est ({ue dans un processus anatomique et microbien, localisé au follicule pilaire, les glandes sudoripares qui sont dites indépendantes du follicule pilo-sébacé participent à ses phénomènes réactionnels.

CALVITIE

Faut-il donc, comme le veut M. le D' Jacquet à propos des alopécies peladiques, considérer Y hypotonie des tissus comme la lésion première en date dont l’hyperhidrose et la séborrhée seraient le simple témoignage et n’accorder au microbacille que le rôle secondaire qui consisterait l\ venir occuper une lésion déjà accomplie?

A mon avis les faits connus déjà se mettent en travers de celte hypothèse.

D’abord l’infection microbacillaire préexiste toujours à l’hypertrophie sébacée. Ceci est un fait que mes recherches démontrent constant.

En second lieu, si dans l’expression du cuir chevelu séborrhéique on examine quels sont les points d’issue des gouttelettes de sueur, on peut, par un examen attentif, se rendre compte que l’hyperhidrose n’est pas un phénomène diffus et uniforme, et que les gouttelettes de sueur sont invariablement fournies par les orifices des glandes sudoripares péri-follicu- 1 aires, celles-là même que l’anatomie nous a montrées adossées aux follicules pilo-séhacés. Or ces glandes, bien que théoriquement distinctes du follicule, se trouvent avoir avec lui une vascularisation et une innervation commune. Rien d’étrange en ces conditions que leurs phénomènes réactionnels s’observent ensemble.

En tous cas et quelle que soit l’explication de ce phénomène, et quelle que soit sa valeur dans le processus que nous étudions, Véphidrose dans la calvitie est comme la séborrhée une constante. Tout le monde peut la constater au cours de toute calvitie. Tout le monde a pu voir, même chez des chauves accomplis, dont la calvitie est chose faite, l’invraisemblahlc sudation locale que le moindre travail physique provoque chez eux.

L 'éphidrose est un phénomène qui marche de pair avec le phénomène séborrhée. Tout le système glandulaire de la peau participe au travail pathologique qui fait la calvitie. Les glandes sébacées excrètent plus de graisse qu’à l’état normal, et les glandes sudoripares plus de sueur.

L 'éphidrose, en beaucoup de cas, est même plus apparente que la séborrhée, parce que la sueur, comme de l’eau, mis-

SYMPTOMATIQUE DE LA CALVITIE

selle, tandis que le sébum, moins abondant d’ailleurs, stagne comme une graisse.

Et les deux phénomènes s’exagèrent ensemble sous l'influence des mêmes causes qui tendent à exagérer la tension vasculaire cutanée,

Il est d’ailleurs incontestable que ces causes précipitent de même et en même temps la dépilation séborrhéique. Les crises d '/ujperstéaticlrose coïncideront avec les crises de dépilation. C’est là sans doute encore une des raisons qui font cette opinion populaire que la sudation locale est cause de la calvitie.

L'hyperhidrose comme la séborrhée dans la calvitie est un phénomène visible et vérifiable à l’œil nu. Et je ne puis pas comprendre, après l'observation attentive de ces phénomènes, que M. Unna ait pu attribuer à la séborrhée fluente une origine sudoripare. La sueur des chauves, même à l'œil nu est une sueur normale, qu’on voit sourdre comme une rosée entre les filaments gras exprimés du cuir chevelu entre deux ongles. L’éphidrose et la séborrhée, pour être des phénomènes connexes, ne sont pas un seul et même phénomène. Lorsqu'on pratique le raclage d’un cuir chevelu séborrhéique, on voit sourdre la sueur des pores sudoraux comme la graisse des pores sébacés. L'un n’est pas l’autre. Et si la sueur ruisselante est chargée quelquefois de perles dégraissé, quoi d’étonnant, puisqu’elle roule sur un sébum à demi fluide?

5. Altérations du cheveu mort dans la calvitie. — Le troisième phénomène caractéristique de la séborrhée du vertex, c'est Ici dépilation , c’est le plus visible et en apparence le plus important puisqu’il est constitutif de la calvitie.

Pourtant il fait suite au phénomène séborrhéique et il est moins important que lui, car les médicaments qui font disparaître le flux séborrhéique suspendent la dépilation.

Je dirai tout à l’heure la marche régionale caractéristique que la calvitie poursuit constamment. Ici je veux d'abord étudier quels sont les caractères objectifs et anatomiques des cheveux qui tombent d’une tête séborrhéique. Et pour cela je dois résumer d’abord les caractères que présente à l'œil nu le cheveu normal qu’on vient d’épiler.

CALVITIE

Celle élude comparative est simple à faire, il suffit de placer côle à côlc sur l’ongle de son pouce deux cheveux enlevés à une tête de chauve, l’un qu’on aura épilé avec effort d’une région où la chevelure demeure inlacle, l'autre qui sera venu à la main, sans aucune traction, d’une surface séborrhéique. Le cheveu sain paraît dans toute sa hauteur être d’un calibre égal. Sa couleur du haut en bas reste la même. A sa partie inférieure il se termine par un point noir plus gros que lui : bulbe pilaire, de forme arrondie.

Et quand on examine la consistance des diverses parties de ce cheveu sain, on observe que sa tige est rigide et fait ressort, tandis que son bulbe terminal et la partie inférieure radiculaire du cheveu immédiatement au-dessus de lui sont mous et gardent à peu près la direction qu’on leur donne.

Enfin cette partie terminale du cheveu est humide, et quand on l'a laissé sécher un instant, on remarque qu’elle adhère au corps sur lequel on l’a déposé.

Les caractères du cheveu qui tombe spontanément de la tête du chauve sont tout autres.

D’abord son calibre n’est pas égal dans toute sa hauteur. A partir d’un centimètre au-dessus de sa racine et jusqu’à elle il s’effile en pointe d’aiguille, jusqu’à devenir presque imperceptible.

En même temps qu’il perd son calibre, il perd sa couleur, et du haut en bas il est de moins en moins foncé. Enfin, au lieu de présenter, comme le cheveu vivant, un bulbe noir, arrondi, humide, il présente un bulbe blanc, qui examiné à la loupe n’est pas rond, mais a la forme d’un navet. Enfin ce bulbe est sec et même laissé quelque temps à la surface d’un objet quelconque n’y adhérera aucunement.

Tels sont les caractères qui distinguent le cheveu sain d’une part, et d’autre part le cheveu qui tombe spontanément de la tête du chauve.

Reprenant maintenant et poursuivant cette étude au microscope, nous allons voir ce que ces altérations signifient.

Le corps du cheveu sain est composé de trois parties de structure différente : la moelle du cheveu, le corps même du cheveu, et la cuticule du cheveu.

SYMPTOMATIQUE DE LA CALVITIE

La moelle esl centrale, composée de cellules cubiques à angles mousses, placées irrégulièrement sur deux de front et

Fig. 77. — Cheveu normal. — Coupe longitudinale du bulbe et de la région inférieure de la racine. (D’après Darier.)

mo, moelle du poil. — éc, écorce. — ép, épidermicule ou cuticule. — cl, cuticule de la gaine épithéliale interne. — i', couche de Huxley de la gaine épithéliale interne. — i", couche de Ilenle de la gaine épithéliale interne. — ex, gaine épithéliale externe. —

o, membrane vitrée. — /', sac fibreux du follicule. — le, éléidine dans la couche de Huxley. — z. grains d’éléidine dans la moelle. — bc, bulbe creux du poil. — cp', épidermicule formé de cellules cylindriques très apparentes au niveau du bulbe et s’incli nant peu à peu au-dessus de cette région. — pg, pigment dans l’écorce du poil. —

p, papille. — vp, vaisseau nourricier de la papille, —g, cellules du tissu adipeux de l’hypoderme.

CALVITIE

pigmentées souvent, au point que le pigment rend leur détail de structure difficilement perceptible.

Le corps du cheveu est cylindrique et son centre creux contient une double rangée de cellules médullaires. Le corps du cheveu est formé par des couches de cellules à tort dites corticales. Elles sont nucléées polyédriques très allongées, chacune de leurs faces est losangique, fusiforme. Elles s’engrènent entre elles par leurs bords et par leurs pointes et sont soudées entre elles intimement. Elles aussi sont parsemées d’un fin piqueté pigmentaire qui se détache en brun sur leur couleur propre brun pâle.

Enfin le cylindre que forme le cheveu est enveloppé d’un revêtement cellulaire plat unique, cuticule très mince, dont les rangs cellulaires imbriqués se recouvrent comme des ardoises et se présentent comme le bord de cornets empilés les uns dans les autres.

Telle est brièvement résumée la structure propre du cheveu.

Quand on l’examine grossièrement à un grossissement de 50-100 diamètres, on n’observe point ces détails intégralement. On voit aisément au centre du cheveu la moelle sous la forme d’un mince cordon foncé, régulier.

La substance même du cheveu paraît homogène et criblée de grains de pigment disséminés. La cuticule du cheveu n’apparaît qu’accidentellemcnt sur ses bords, et surtout quand on en a gonflé les cellules propres par une immersion préalable dans une solution potassique.

La papille pilaire d’ordinaire plus totalement pigmentée que le corps même du cheveu a la forme d’une sphère dont on aurait sectionné le tiers inférieur et qui se continuerait en haut avec le cheveu lui-même.

Elle est creuse, adhérente à la digitation papillaire qu’elle recouvre, et qui engendre le cheveu. La structure cellulaire du bulbe pilaire, très peu visible sur des cheveux foncés à cause du pigment que contiennent ses cellules, devient plus visible sur des cheveux très blonds. Ses cellules imbriquées ont la même disposition en écailles que dans le cheveu luimême, mais la forme globuleuse de la papille donne à chacune une forme curviligne.

SYMPTOMATIQUE DE LA CALVITIE

Ainsi sc présente le cheveu sain, à l'examen microscopique.

Le cheveu qui tombe spontanément de la tête du chauve, est normal jusqu'à une distance d’un demi à un centimètre de son extrémité inférieure. A partir de ce point et jusqu’à son extrémité s’accusent des lésions atrophiques de plus en pins

Fig. 78. — Opposition de trois cheveux morts dans la calvitie, à un cheveu normal et vivant. (Grossissement de 60 diamètres.)

1° Cheveu normal chu. — m, moelle. — cc, couche corticale. — c, cuticule. — cb, point appelé collet du bulbe. — bc , bulbe creux dont la cavité est adhérente à la papille pilaire.

2° Cheveux morts. — tm, traces de la moelle du cheveu atrophiée et séparée en tronçons. — aei, atrophie de l’extrémité inférieure du cheveu qui ne montre plus ni pigment, ni moelle. — bp, bulbe plein en forme de navet.

marquées et qui portent sur ses différentes parties constituantes (fig. 78).

La moelle du cheveu, au lieu de figurer un cordon régulier,

CALVITIE

devient irrégulière, segmentée. On la voit sur un ou deux millimètres de longueur disparaître et reparaître; plus bas elle disparaît tout à fait et on n’en retrouve plus aucune trace.

En môme temps, le cylindre de cellules dites corticales s'amincit, et perd sa couleur. Le cheveu était noir dans sa partie saine, il devient progressivement d’un jaune ambré. Cette altération provient de la disparition progressive du pigment au sein des cellules corticales. Elles finissent par n’en plus présenter du tout.

La cuticule du cheveu demeure à peu près intacte et ne présente pas d’altérations propres qui vaillent la peine d'être mentionnées.

Si l'on résume d’un mot la série des transformations régressives qui précèdent la chute du cheveu dans la calvitie, on peut dire que le cheveu qui était normal, adulte, revient progressivement à l’état de poil follet, à l’état de duvet, et que l’excès même de cette régression l’amène à disparaître.

Le bulbe plein, nous le savons, est produit par la disparition de la papille. Ainsi pouvons-nous dire par l’examen du cheveu mort chez le chauve, que la papille qui le formait est morte progressivement. Tant qu’elle exécutait sa fonction normale elle sécrétait un cheveu parfait. L’altération même de la base du cheveu témoigne de l’altération progressive de la papille. Enfin le bulbe plein raconte sa mort totale.

Telles sont les altérations du cheveu du chauve. Elles sont banales.

Tout poil qui tombe spontanément montre les mêmes altérations. La papille n'a pas beaucoup de maladies propres différentes. Nous verrons plus tard que les cheveux morts dans l’alopécie pityroïde présentent des altérations identiques, de même les poils qui tombent dans les alopécies toxiinfectieuses ; je pourrais presque dire qu’il en est encore de même dans la pelade où les mêmes lésions ne diffèrent que par la brusquerie de la mort papillaire et la brièveté du tronçon de cheveu qui en laisse voir tous les stades.

Ainsi donc le cheveu qui tombe d'une tête ne peut pas renseigner sur la cause même de sa chute, sauf dans les cas rares et spéciaux que nous étudierons en traitant des teignes.

MARCHE REGIONALE DE LA CALVITIE

C'est donc une erreur de soumettre à l’examen microscopique le cheveu du chauve. Ce n’est pas l’examen du cheveu, mais l'examen microbien de la surface cutanée qui peut fournir des renseignements utiles concernant la maladie dépilantc cause de sa chute. C’est ce que nous avons vu plus haut.

Page 1