‹ Maladies de cuir cheveluChapitre 7 sur 89 · IL — ÉTUDE CLINIQUE DE LA LÉSION SÉBORRHÉIQUE ÉLÉMENTAIRE · texte numérisé non relu

IL — ÉTUDE CLINIQUE DE LA LÉSION SÉBORRHÉIQUE ÉLÉMENTAIRE

Pour la plupart, les maladies cutanées sont constituées par la répétition indéfinie — suivant un plan de répartition souvent caractéristique — d'une même petite lésion primitive qui est Y unité morbide de cette maladie et que l’on appelle, pour cette raison, sa « lésion élémentaire » (Willan).

Examinons d'abord dans la séborrhée ce qu’est la lésion élémentaire, sa nature, sa structure, nous verrons ensuite quel est son plan de répartition et la figuration générale de la maladie qui en résulte.

Si l’on exprime entre deux ongles, lentement et progressivement, en un point quelconque la peau d’une région séborrhéique, on en fera surgir par fous les pores sébacés, avec quelques gros cylindres ampullaires à tête noire que l’on appelle des comédons, d'innombrables filaments vermiformes à tête jaune, beaucoup plus fins.

Ces éléments semblent infiniment peu de chose pour capter et retenir l'attention du dermatologiste. Pourtant voilà la lésion élémentaire propre de la séborrhée , et dans la dermatologie tout entière très peu d’éléments morbides ont son importance capitale.

La lésion primaire et caractéristique de la séborrhée, c’est le cylindre gras contenu dans chaque orifice pilaire et que l’expression en fait sortir.

Tous ces filaments gras, de volume et de forme différents, ont une organisation plus complexe qu'on ne le croirait d’abord, car si on les écrase dans un papier-soie on peut observer qu’après leur destruction il reste sur le papier, au milieu de la tache qui l’a rendu translucide, des débris pclliculaires de matière cornée.

De même, si l’on réunit quelques-uns de ces éléments sur une lame de verre et qu’on les arrose d’éther pour dissoudre leur graisse, les comédons ampullaires, asciformes, à tête noire, soumis à ce réactif ne changeront ni de forme ni de grosseur, parce qu’ils présentent une enveloppe externe

MALADIES SÉBORRHÉIQUES. 2

SEBORRHEE.

cornée, close cl résistante,

kystique, que l’éther ne dis-

sout pas.

Parmi les filaments séborrhéiques amorphes, les uns iondent entièrement dans l’éther, ils n’ont à peu près aucune trace d’enveloppe cornée ; les autres moins lins n ont qu’une écorce mince ouverte aux deux bouts.

A coup sûr, et même après ce seul examen superficiel, il demeure évident que tous ces éléments, malgré leurs différences individuelles, sont de même nature. Mais après cct examen il est impossible d’accorder aux seuls comédons utriculaires à tête noire la valeur d’une lésion élémentaire.

Les comédons ne sont visiblement que des filaments séborrhéiques qui ont subi une évolution particulière et acquis un développement excessif.

Et celte transformation du filament séborrhéique en comédon est accidentelle. Elle ne s’observe que sur un élément séborrhéique entre cent autres, qui sur une même région donnée resteront des filaments gras et ne deviendront jamais des comédons.

La lésion élémentaire de la séborrhée n’est donc pas le comédon, mais tout filament séborrhéique si petit qu’il soit.

Cette distinction peut sembler subtile. Mais les définitions sont l’origine fréquente des erreurs et il importe ici d'en éviter.

Si la lésion élémentaire de la séborrhée était le seul comédon, nous serions en face d’une maladie procédant par éléments disséminés, rares, sur une peau par ailleurs saine, saine en dehors des orifices occupés par les comédons.

Tandis que si tout filament, même le plus infime, est lésion élémentaire, la séborrhée est une maladie diffuse à laquelle participent universellement tous les orifices sébacés de la région.

On verra par la suite l’importance de ce point de détail, et les erreurs auxquelles ont été conduits ceux qui n’y ont pas pris garde.

Le flux séborrhéique , sur une surface tégumentaire donnée, est la conséquence de la lésion élémentaire que nous venons de décrire, quand elle y existe par myriades.

LA LÉSION SÉBORRHÉIQUE ÉLÉMENTAIRE

D’abord il peut sembler étrange que des conduits qui sont obstrués par un corps étranger laissent filtrer plus abondamment que de coutume le liquide sécrété par la glande dont ils sont les canaux vecteurs.

Considérant cette obstruction apparente, certains auteurs n’ont pas hésité à en conclure que le flux sébacé est fourni anormalement par les glandes sudoripares, les glandes sébacées se trouvant occluses par un bouchon imperméable.

Cette erreur fut précisément accréditée par ceux qui considéraient le comédon à tête noire, de forme kystique, comme la lésion élémentaire dans la maladie qui nous occupe.

Le comédon, en effet, fixé en sa place, fermé de tous points, encloue à peu près complètement l’orifice pilaire qui le contient. Mais les filaments séborrhéiques simples , au contraire , se déversent incessamment à la surface de la peau et renaissent incessamment de la profondeur. Et il est très aisé de voir de ses yeux, l’effusion du sébum hors des pores sébacés, dans un cas de séborrhée tant soit peu intense.

Après un savonnage parfait, le visage d'un séborrhéique est devenu relativement sec. Si on l’observe attentivement trois ou quatre heures plus tard, on trouvera en maint endroit, à côté des comédons à tête noire demeurés immobiles, les cylindres sébacés à tête jaune, déjà saillants au-dessus de la peau et le moindre frottement qui en effacera la saillie essuiera sur la peau voisine le sébum expulsé au dehors.

Ainsi la lésion élémentaire de la séborrhée n’est pas une lésion fixe et immobile une fois constituée, c’est au contraire une lésion indéfiniment renaissante, et dont l'acte est le flux de sébum caractéristique.

Examen microscopique extemporané direct. — L’examen à 1 œil nu ne suffit pas pour connaître une lésion dermatiquc élémentaire et en comprendre la valeur. L’examen microscopique est nécessaire.

En filament séborrhéique écrasé entre deux lames de verre y laisse adhérent un exsudât. Cet exsudât, lavé à l’éther pour en dissoudre les graisses, coloré par une couleur basique d’aniline, tel que le bleu polychrome de Unna, ou le bleu

SEBORRHEE.

potassique de Loëfflcr, lavé à 1 eau, puis a 1 alcool pour enlever 1 excès de colorant, séché puis examine a 1 objectif a immersion homogène (obj. immers. 1/12, ocul. 5, Leitz) montrera, au milieu de débris épidermiques cornés, des millions d'exemplaires d’un fin bacille d’une même et unique espèce.

Par places, ils forment des nuages épais composés de milliers d’individus entassés, ailleurs on voit des milliers d’unités microbiennes diffusément éparses comme les grains d’une poussière répandue. Elles foisonnent. Aucune infection der-

Fig. 1. — Micrnlmcillc de la séborrhée. Préparation extemporanée par écrasement d’un tilament séborrhéique. (Obj. 1/12, ocul. 5, Leitz.)

d/formes jeunes. — a, formes mycéliennes.

matique ne montre de pareilles agglomérations microbiennes. Aucune ne saurait à ce point de vue être comparée, même de loin, à l'infection séborrhéique.

Et il ne s’agit pas comme dans un si grand nombre d'infections cutanées d'un mélange d’espèces microbiennes diverses. C’est une espèce bacillaire unique dont les agglomérations ne présentent pas un seul exemplaire d’un microbe étranger, une seule unité microbienne d’espèce différente.

C’est à la fois la plus pure et la plus abondante infection cutanée connue.

LA LÉSION SÉBORRHÉIQUE ÉLÉMENTAIRE

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