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IV. — LE MICROBACILLE SÉBORRHÉIQUE

1° Morphologie. — Le microbacille séborrhéique présente des formes jeunes et des formes adultes.

Ses formes jeunes sont punctiformes. A des grossissements énormes (obj. 1.5 Zeiss., ocul. compens. 12 par exemple), elles apparaissent comme à peine plus longues que larges,

Fig. 10. — Morphologie du microbacille séborrhéique.

<t. Unités jeunes et séparées du microbacille. — b, éléments microbacillaires réunis en filaments mycéliens. ( a et è, après coloration au violet gentiane aniliné, traités par le Gram.) — a', unités microbacillaires isolées, — b1, filaments mycéliens. ( a ’ et b', après coloration à la thionine phéniquée). Avec cette coloration la dimension du microbacille apparaît un tiers plus petite parce que l’enveloppe du microbe, qui est colorée par le violet gentiane, n’est pas colorée par la thionine.

ovoïdes, à extrémités mousses, assez semblables à un barillet. Elles ont moins d’un millième de millimètre de grand diamètre. Un examen inattentif les ferait prendre pour des cocci.

MALADIES SÉBORRHÉIQUES. 5

SÉBORRHÉE.

Les formes adultes ne permettent pas celte erreur. Elles sont plus allongées, sigmoïdes, et ont à très peu près l’aspect, la dimension et la forme du bacille tuberculeux (fig. 10//). On les voit quelquefois unies en chaînes mycéliennes, et les chaînes entrelacées en petits fagots, à la façon des bacilles de Koch, mais ses rubans peuvent être plus longs et former des écheveaux brouillés compacts.

2° Procédés de coloration. — La coloration de ce bacille est aisée, mais il retient mal les matières colorantes quelles qu’elles soient. Toutes les couleurs basiques d’aniline peuvent servir à le mettre en évidence. Leur action cependant est différente parce que ce bacille possède une enveloppe épaisse qui tantôt se colore et tantôt ne se colore pas.

Coloré par la thionine, le microbe perd un tiers des dimensions que le violet gentiane lui donne (fig. 10 a,b'). Il paraît ainsi le plus fin des bacilles connus (fig. 1). L'action du violet gentiane accuse au contraire l’enveloppe bacillaire et colore mal le protoplasma (fig. 10 «,/>). Une excellente méthode de coloration des préparations faites en frottis est le Gram-Weigert, avec différenciation des éléments histologiques parle carmin.

5° Cultures. — Le microbacille séborrhéique est de culture artificielle difficile. La recherche d’une méthode pratique pour sa culture m’a demandé quinze mois d'étude. Voici comment on l'obtient avec régularité.

On commence par nettoyer au savon et à l’eau chaude la région sur laquelle on prélèvera la semence.

Après avoir rincé et séché, on fait une friction avec de l’éther officinal pur. On exprime la peau pour en faire saillir les filaments séborrhéiques. On en prend un avec la pointe d’une aiguille flambée et on le conduit sur une lame de verre également stérilisée par flambage. Puis avec un scalpel également flambé on le sectionne en segments minuscules, à peine gros chacun comme un point d’imprimerie.

Il faut laisser de côté les deux extrémités du filament, qui ont eu chance d’être souillées par la surface épidermique en ces manœuvres, et ensemencer séparément chaque parcelle

LE MICR0BÀC1LLE SEBORRHEIQUE.

du corps du filament en ayant soin de Y insérer, de l'enterrer à moitié, dans le milieu de culture.

4° Milieux de culture. — Ces cultures doivent être faites en tubes sur une gélose inclinée de la formule suivante :

Gélose (agar-agar)

Peptone granulée de Chassaing (Paris) . .

Glycérine neutre

Eau distillée

Acide acétique cristallisable

15 grammes.

1 litre.

V gouttes (’).

Les cultures faites sur ce milieu, comme il vient d’être dit, ne sont pas toujours pures d’emblée.

Les tubes ensemencés, mis à l’étuve à 57 degrés, montrent souvent après deux jours, sur un certain nombre de leurs points d'inoculation, une colonie ronde, grise, crémeuse, plate, formée par un coccus très commun sur les peaux séborrhéiques et que j’aurai lieu d'étudier plus tard.

Le microbacille ne montre son premier développement qu'au quatrième jour. Ses colonies adultes, après vingt jours, ont pris en ce laps de temps la forme d'un cône ou d’un bouton brunâtre ou rose brique de I à 5 millimètres de saillie et couvrant une surface égale à sa hauteur. Souvent la colonie s’accroît dans l’épaisseur du milieu même, sous forme d'un petit globe foncé. Sa croissance continue pendant cinq semaines.

Dans les points où la colonie des cocci à culture grise a poussé d’abord, on voit, après quelques jours, la colonie microbacillaire pointer en son centre, au milieu de sa surface plate et ce cône central s’accroître progressivement. Même dans le cas où l’on n’aurait su obtenir que des cultures impures — des cultures en partie double de cocci et de microbacilles — • il est un moyen facile d’en obtenir des cultures filles rigoureusement pures. Il suffit d’attendre vingt-huit jours la mort du coccus. Les cultures réensemencées le vingt- (*)

(*) Porter ce mélange à 120° pendant trois quarts d’heure à l'autoclave. Agiter, ne pas neutraliser , filtrer sur papier-coton Chardin, répartir en tubes. Stériliser un quart d’heure à 120° ces tubes bouchés d’ouate, qu’on laissera se solidifier inclinés. Une gélose faite depuis quelques semaines et déjà à demi sèche donne des résultats positifs plus aisés et plus constants.

SÉBORRHÉE.

neuvième jour sont microbacillaires et pures. La durée de vie du microbacille sur ce milieu est de six semaines environ.

Le microbacille en culture garde identiques la lorme et les

Fig. 11. — Culture première et impure obtenue par l’ensemencement direct du produit de raclage de la peau séborrhéique. — Chaque culture se présente comme une tache discoïde grise et plate (cocci d’impureté) au centre de laquelle s’élève une éminence d’un brun clair ou rose (microbacille). (Grandeur nature.)

Fig. 12. — Deux cultures pures du microbacille.— Petites éminences montueuses aussi hautes que larges, d’un brun roussâtre ou rose brique (sur gélose peptone acide). Une de ces cultures vue de profil montre la profondeur de son développement dans l’épaisseur du milieu. (Grandeur nature.)

réactions histo-chimiques que nous lui connaissons dans sa vie parasitaire.

Un des milieux de culture les plus remarquables du microbacille séborrhéique est le jaune d'œuf. On brûle le gros bout d’un œuf cru et frais dans la flamme d’un bec de Bunsen pour

ÉTUDE SYMPTOMATIQUE GÉNÉRALE

stériliser sa coquille. On y fait un trou minuscule avec une pointe flambée, et on ensemence le jaune avec l’effilure d’une pipette contenant (délayée dans une goutte d’eau de condensation d’un tube de première culture) une colonie microbacillaire pure. On ferme l'orifice de l'œuf avec une goutte de cire à cacheter et on le porte à l'étuve. Après deux mois, l’œuf cassé montre son jaune transformé en un bloc solide brun roux, dans toutes les parties où s’est faite la culture. Ce bloc exhale une odeur tout à fait caractéristique, très forte, pénétrante et presque aromatique.

Les préparations obtenues par frottis de jaune d'œuf sont excellentes pour étudier la morphologie du microbacille.

Ces cultures énormes sont malheureusement peu utilisables pour les inoculations animales. Cette masse, même écrasée, reste grumeleuse et se prête difficilement aux injections. /

5° Inoculations. — Les inoculations directes des cultures du microbacille à la surface de la peau du cheval, du mouton, du chien, du cobaye et du lapin sont restées négatives.

Quand on songe au degré de spécialisation d’un microbe du tégument humain, qui même sur l’homme ne croît qu’à un certain âge du patient, en certaines régions cutanées, de tels insuccès ne sont pas surprenants quoique très regrettables.

Ouant aux inoculations sous-cutanées , elles fournissent des dépilations sur lesquelles j’aurai lieu de revenir en traitant des alopécies de la séborrhée (p. 171).

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