‹ Maladies de l'appareil digestif (volume 2)Chapitre 13 sur 33 · CONDITIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONDITIONS GÉNÉRALES

L'estomac (ventriculus, stomachus, yœ-jx-hp) est la partie du tube digestif où les aliments subissent la transformation cliymeuse. Sa forme représente grossièrement celle d'une cornemuse.

Les rapports qu'il affecte avec les organes voisins sont complexes et des plus importants à connaître au point de vue clinique et nosologique.

Sa face antérieure est en rapport, d'après Cruveilhier : « 1° avec le diaphragme, qui la sépare du cœur; 2" avec le foie, qui se prolonge plus ou moins sur elle ; 3° avec les six dernières côtes gattches^ dont elle est séparée par le diaphragme ; 4° avec la paroi abdominale antérieure au niveau de l'épigastre, qui doit son nom à ce rapport ' » .

« Presque toujours, ajoute le même autour, en palpant le creux de l'estomac, c'est le foie que l'on explore; l'estomac est plus bas »

Sa face postérieure répond : 1" au mésocôlon transverse ; 2" à la troisième portion du duodénum, que l'on a considéré comme son oreiller (ventriculi pulvinar) ; 3" au pancréas.

La grande courbure (bord colique de Chaussier), située à la partie la plus déclive en état de vacuité, est au contraire

' Griiveilhier; Traité d'Anatomie descriptive, loin. II, pag. 118 et 119.

directement placée en avant et en rapport immédiat avec l'épigastre dans l'état de distension.

Quant à la petite courbure qui donne attache au petit épiploon ou épiploon gastro-hépatique, à l'état de plénitude elle embrasse la colonne vertébrale (dont elle est séparée par l'aorte et les piliers du diaphragme), le lobule de Spigel, le trépied cœliaque et le plexus solaire-, à l'état de vacuité, au contraire, elle regarde directement en haut.

La grosse tubérosité (extrémité splénique de Ghaussier) est fixée à la rate par l'épiploon gastro-splénique et par les vaisseaux courts. Elle répond en arrière au pancréas, au rein et à la capsule surrénale gauche.

Les deux orifices de l'estomac sont le cardia, ainsi dénommé à cause de son voisinage avec le cœur, et le pylore ou portier {t:vIy] porte, olpoq gardien) qui répond en haut au foie et au petit épiploon, en bas au grand épiploon, e?i avant à la paroi abdominale, en arrière au pancréas. 11 n'est pas rare, d'après Gruveilhier, de le voir adhérent à la vésicule bihaire.

Bien des considérations anatomiques différentes de celles que nous venons d'indiquer, bien des notions physiologiques dont nous ne parlons pas ou que nous nous contenterons de mentionner chemin faisant, sont extrêmement utiles à connaître en pathologie gastrique.

Nous avons été, et nous serons toujours guidé dans notre choix par l'importance qu'elles présentent au point de vue pratique, celui qui a le plus d'attrait pour le praticien.

Gruveilhier faisait avec juste raison remarquer, relativement à l'estomac, qu' a on explique au moins en partie par sa direction le décubitus sur le côté droit que nous prenons habituellement pendant le repos, et le sommeil pénible, la digestion laborieuse qui accompagnent le décubitus sur le côté gauche * » .

Il ajoutait en outre que le battement des artères gastroépiploïques pouvait être perçu chez les individus maigres ;

' Gruveilhier; loc. cit., pag. 116.

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mais il n'insistait pas assez, à notre avis, sur l'importance des rapports qui unissent le cœur à la partie supérieure de l'estomac, pas plus que sur le rôle considérable dévolu au plexus solaire, non seulement au point de vue physiologique, mais encore nosologique, clinique et thérapeutique.

Ce qui frappe de prime abord dans l'étude physiologique et surtout pathologique de l'estomac, ce sont les nombreuses sympathies qui l'unissent à la plupart des organes de l'économie.

Ces sympathies s'expliquent presque toutes par l'intervention du système nerveux.

On a, à maintes reprises, essayé d'approfondir le mécanisme de leur production, comme le prouve encore au xvii" siècle le remarquable travail de Bosquillon que nous avons déjà cité.

On y est revenu de nos jours, mais on y a presque aussitôt renoncé en raison des difficultés sans nombre soulevées par des problèmes aussi ardus et dont le plus grand nombre restent encore absolument insolubles.

Nous sommes si profondément pénétré de l'utilité extrême de ces connaissances, nous demeurons si intimement convaincu que la solution des problèmes qui s'y rattachent est de nature à apporter les plus grandes améliorations % à la médecine pratique et à faire réaliser en thérapeutique les plus grands progrès, que nous n'hésitons pas à y insister ici, comme nous le ferons toutes les fois que nous aurons à revenir sur l'importance considérable que nous paraît avoir le système nerveux sympathique.

Malgré l'obscurité dont sont actuellement encore entourées ces questions de premier ordre, nous n'hésiterons pas à les aborder, chemin faisant, pour en tirer tout le profit qu'elles sont susceptibles de nous fournir provisoirement et tout de suite, en attendant qu'elles puissent atteindre le degré de perfectionnement que leur imprimeront les études scientifiques poussées dans cette direction.

C'est surtout le rapport qui existe entre le cœur d'une part et l'estomac de l'autre, qui nous paraît avoir été beaucoup trop négligé jusqu'à ce jour.

Seule, l'Anatomie le signale encore assez vaguement ; c'est à peine s'il en est question en Physiologie ; quant à la Clinique, elle nous en a écarté jusqu'à ce jour plutôt que de nous y conduire, d'abord à l'occasion du vertige à stomacho lœso, dont le mécanisme de production nous parait intimement lié à l'état du cœur lui-même (V. plus loin), ensuite au sujet du cœur gastrique, dont on s'est expliqué la survenance, bien, plutôt par une action réflexe partie du pneumogastrique et aboutissant au cœur droit par l'intermédiaire du sympathique et de la petite circulation (Potain, François Franck, Teissier (de Lyon), Morel, Destureaux'), que par les simples rapports anatomiques existant entre le cœur et l'estomac.

Je ne veux pas insister davantage ici sur l'importance de ces rapports, sur laquellej'aurai ultérieurement à revenir bien des fois.

Je ne quitterai pas toutefois le terrain des généralités sur lequel je me suis engagé, sans vous faire remarquer que l'idée que l'on se fait ordinairement du siège occu[)0 par l'estomac est le plus souvent fausse et que, quoi qu'on en dise, on peut facilement, à l'état normal comme à l'état pathologique, arriver à reconnaître la situation exacte, les limites rigoureuses de cet organe, comme à apprécier les modifications physiologiques (état de vacuité ou de réplétion) et pathologiques (dilatation, atrophie, déplacements) dont il est le siège.

(nV estomac, dit Cruveilhier, est obliquement dirigé do haut en bas, de gauche à droite et un peu d'arrière en avant; il occupe la partie supérieure de la cavité abdominale, remplit presque entièrement llnjpocliondre gauche, et s'avance dans l'épigastre jusqu'aux limites de lliypochondre droit. Il

' Destureaux ; Dilatation du cœur droit d'origine gastrique. Thèse Ue Paris, 1879,

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