‹ Maladies de l'appareil digestif (volume 2)Chapitre 15 sur 33 · EMBARRAS GASTRIQUE · texte numérisé non relu

EMBARRAS GASTRIQUE

Englobé d'abord dans les maladies calarrhales et saburrales, l'embarras gastrique, ainsi dénommé par Pinel, fut considéré par Broussais comme une véritable gastrite.

Chomel ne partagea pas cette manière de voir, à laquelle pourtant sont revenus dans ces derniers temps la plupart des auteurs anglais et allemands qui ont écrit sur la matière.

Parmi ceux-ci, Niemeyer est remarquable par l'opinion qu'il s'en fait. Cet auteur englobe, en effet, dans le catarrhe aigu de l'estomac ou inflammation superficielle de sa muqueuse, non seulement l'embarras gastrique, mais encore la fièvre gastrique, la fièvre muqueuse, le choléra infantile et le choléra nostras. Cette extension est cliniquement beaucoup trop compréhensive. Il en est de même si l'on se place au point de vue purement théorique et exclusivement scientifique.

Avant de donner à cet égard notre opinion personnelle, faisons d'abord la description de ce que l'on est convenu d'appeler embarras gastrique.

Cette maladie, que l'on rencontre principalement chez les adultes, semble néce.=!siter, d'après certains auteurs, pour se produire, l'existence d'une idiosyncrasie particulière.

Au nombre de ses causes occasionnelles les plus fréquentes, figurent : les écarts de régime (repas copieux, aliments de digestion pénible ou difficile), les excès de boissons alcooliques, enfin l'abus du tabac.

Ces trois causes sont assez fréquemment réunies Leur efficacité dans ce cas n'en est que plus grande pour pro-

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duirela maladie, qui peut se développer sous l'influence de l'une d'elles.

On l'observe d'une manière permanente et pour ainsi dire presque constante chez les vieillards édentés; enfin, d'une manière plus générale, chez toute personne dont la dentition est défectueuse.

De là, la dyspepsie que Ton observe dans la plupart de ces cas, dyspepsie d'origine dentaire ou buccale, et mieux par mastication incomplète. Elle est liée à l'embarras gastrique, qui résulte le plus souvent d'un vice de sécrétion stomacale consistant en une diminution, quelquefois même en une suppression véritable de cette sécrétion.

Les moyens susceptibles de produire ce résultat (on le voit par la simple ônumération que nous venons de faire des causes les plus communes, les plus habituelles de l'embarras gastrique), sont multiples et variés. Nous n'avons pas la prétention d'en donner ici une liste complète, nous nous contenterons seulement d'en signaler les principaux.

Ce qu'il nous importe le plus de connaître, c'est le mode d'action de chacune de ces causes, cpie nous semblent avoir laissé dans l'ombre ou avoir mal interprété les auteurs qui ont traité de cette importante question.

Les repas copieux et les aliments indigestes nous paraissent agir dans le sens qae nous avons indiqué, en produisant tout d'abord une hypersécrétion destinée à favoriser, disons mieux, à effectuer la digestion des substances ingérées.

A cette hypersécrétion succéderait ensuite, peut-être par épuisement nerveux, peut-être par défaut de cellules glandulaires et sécrétoires de réserve, une diminution, un défaut même absolu de sécrétion, en attendant que le sang ait livré aux glandes ou aux nerfs les matériaux nécessaires à leur fonctionnement normal.

De là, cette sécheresse des épithéliums à la surface desquels les glandes ne déversent plus leur sécrétion normale ; de là, la chute plus difficile des couches épithélialcs qui se

stralifient, se superposent cl acquièrent une épaisseur parfois considérable, rendant ainsi moins délicates et moins subtiles les diverses sensations éprouvées à la surface des muqueuses qu'elles recouvrent. Ces impressions sont rendues plus obtuses, non seulement par l'accumulation des cellules épithéliales ainsi superposées, mais encore par leur dessiccation par hyposécrétion .

Telle est, à notre avis, dans ces cas, la pathogénie de l'embarras gastrique, que dénote d'ailleurs un état analogue de la langue. On comprend que le même effet puisse résulter delà mauvaise dentition comme de l'absence totale des dents.

C'est tout à fait dans le même sens qu'agissent les influences saisomiières (printemps et automne, Monneret, — été, StoU) en activant, au détriment des sécrétions profondes (rénale, gastro-intestinale), les sécrétions superficielles (cutanée).

Un pas de plus, et cet état passager créé par une cause accidentelle et transitoire va devenir la phlegmasie. C'est ainsi que chez les gros mangeurs, comme chez les alcooliques et les fumeurs, qui présentent l'embarras gastrique d'une manière continue, on peut voir à la longue, ou par suite d'excès plus fréquents ou plus intenses que de coutume, survenir la phlegmasie de la muqueuse (gastrite proprement dite), sans qu'il soit nécessaire pour cela de faire intervenir l'influence d'une diathèse quelconque, mais purement et simplement un état pathologique local résultant d'habitudes contractées par le malade, ou d'influences saisonnières et climatériques des plus aptes à favoriser le développement de la maladie.

De là, la confusion que nous nous expliquons facilement, qui a régné et qui règne encore parmi les auteurs, dont les uns considèrent l'embarras gastrique comme une ùiflammation (Broussais, les Allemands), tandis que les autres se refusent à lui donner ce caractère, sans pouvoir toutefois le classer mieux au point de vue nosologique.

L'usage immodéré du tabac peut produire à lui seul

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rembarras gastrique que l'on observe si communément dans la dyspepsie des fumeurs.

Nous n'insisterons pas davantage sur les caractères propres à l'embarras gastrique. On l'a considéré comme pouvant être épidémique, ce dont rendent suffisamment compte les influences extérieures saisonnières, climatôriques, météorologiques communes qui président parfois à son développement.

Nous admettrons la distinction établie par certains auteurs entre l'embarras gastrique idiopathique et l'embarras gastrique symptomatique.

Les symptômes habituellement observés dans le cours de l'embarras gastrique sont : l'inappétence, la soif, un état saburral plus ou moins marqué des premières voies digestives.

Les uns et les autres s'expliquent par l'accumulation des couches épithéliales, dont la chute physiologique est entravée.

La bouche est sèche, pâteuse, la salive épaisse, la langue blanche. Celle-ci, encore humide et large au début, finit par présenter, d'abord par places, quelques points rouges et saillants (Stoll), correspondant aux papilles linguales mises à nu. Elle peut être d'un rouge uniforme à la suite de la chute de l'épithélium non renouvelé. Elle est jusqu'à un certain point alors comparable à celle que l'on observe dans lascarlatine à une période avancée de la maladie. Cette rougeur, dansle cas que nous étudions, indique le passage du simple embarras gastrique à la phlegmasie de l'estomac (gastrite).

Nous ne serons pas surpris davantage de voir la paresse intestinale et la constipation accompagner presque toujours l'embarras gastrique.

Il existe une atonie générale du tube digestif et une faiblesse des contractions gastro-intestinales, soit par atténuation de la sensibilité de la muqueuse résultant del'hyposécrétion, soit par épuisement nervoso-musculaire.

Localement, on observe une tension épigastrique habituelle. Elle peut paraître péri-ombilicale quand l'embarras gastrique s'accompagne d'un certain degré de dilatation stomacale ou lorsque l'intestin lui-même, principalement le côlon transverse, est atteint de parésie.

Elle est le plus souvent, et au début surtout, sus-ombilicale. Il existe au même niveau une douleur spontanée, parfois au contraire simplement provoquée par la pression.

La fièvre accompagne ou non l'embarras gastrique, suivant que celui-ci est ou non compliqué d'inflammation (gastrite). Elle débute habituellement brusquement (Damaschino) et atteuit d'emblée 39 à 40°.

Elle revêt assez souvent le caractère rémittent. La périodicité de l'exacerbation peut faire croire à une complication intermittente (Monneret, Damaschino) ; mais la quinine ne possède pas contre cette intermittence spéciale l'efQcacité dont elle jouit à l'égard de celle qui est due à r impaludisme.

La défervescence est habituellement rapide et brusque.

La connexité physiologique et vasculaire qui relie la rate à l'estomac est peut-être susceptible de fournir un jour la solution encore inconnue du problème relatif, sinon aux diverses formes de périodicité pathologique, du moins à l'intermittence observée au cours de l'embarras gastrique fébrile .

La fièvre gastrique, dite bilieuse, des auteurs, caractérisée en dehors de l'état gastrique, d'un côté par sa rémittence, de l'autre par l'état subictérique qu'on observe du deuxième au troisième jour, ne diffère pas sensiblement de l'embarras gastrique lui-même.

L'élément ictérique ou bilieux, surajouté dans ces cas à la maladie gastrique et principale, est susceptible de recevoir bien des interprétations qui ne nécessitent pas d'admettre l'existence d'un état général ou spécifique par-

ticulier, capable de créer l'état bilieux. Celui-ci s'explique bien plus simplement, comme nous allons le montrer.

Les causes que nous avons vues plus haut tarir les sécrétions gastriques et déterminer un certain degré d'atonie gastro-intestinale sont également susceptibles d'expliquer l'atonie hépatique et la résorption d'une certaine quantité, faible il est vrai, de liquide biliaire. Ce n'est pas là, à notre avis, la plus saine ou du moins la meilleure interprétation que l'on puisse donner de ces faits, à la plupart desquels elle ne nous paraît pas applicable.

De même en effet que dans l'inflammation franche aiguë de la muqueuse gastrique le processus pathologique, s'étendant au duodénum, peut envahir la muqueuse des voies biliaires et déterminer par oblitération de celles-ci, avec ou sans bouchon muqueux, l'ictère catarrhal de Yirchow, de même le processus que nous avons étudié plus haut, et que nous avons dit être propre à l'embarras gastrique, est susceptible de s'étendre aux mêmes muqueuses et de produire, à un moindre degré sans doute, mais pourtant d'une façon appréciable, un résultat identique ou du moins analogue.

Enim la pleurésie comme la pneumonie, que l'on a qualifiées de biheuses et qui ne seraient après tout qu'une localisation différente de la même maladie générale que l'on avaitjugée apte à produire l'état gastrique bilieux, peuvent recevoir aussi une interprétation qui explique par des phénomènes purement locaux l'addition de l'élément bilieux à la pleurésie comme à la pneumonie primitives.

C'est ainsi que, pour notre compte, nous avons observé l'état bilieux subictérique, ou même ictérique, seulement dans les pleurésies ou pneumonies droites, ce qu'explique suffisamment dans ces cas le voisinage du foie et, sinon une lésion concomitante de cet organe, du moins une entrave plus ou moins considérable apportée aux fonctions du diaphragme (abaissé dans la pleurésie droite avec épanchement considérable, altéré peut-être dans la pneumonie

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de la base et la pleurésie diaphragmatique sèche, le plus souvent concomitante de celle-ci).

Si l'on ajoute à la gêne apportée aux mouvements physiologiques du diaphragme l'immobilisation plus ou moins durable du côté correspondant à la lésion par le fait de la douleur aiguë des premiers jours, qui est accrue par les mouvements respiratoires (dyspnée), et aussi un certain degré de congestion hépatique résultant de la diminution du champ circulatoire de l'appareil pulmonaire, qui, par l'intermédiaire du cœur droit, aboutit à produire assez rapidement le foie cardiaque, nous aurons des raisons sufhsantes pour admettre que l'intervention de l'état bilieux (ainsi dénommé par les anciens comme par les modernes) est le fait bien plutôt de perturbations locales, hépatiques, primitives ou consécutives, que de la nature spéciale de la cause sous l'influence de laquelle s'est développée la maladie principale (embarras gastrique, pleurésie, pneumonie, à forme bilieuse).

Une céphalalgie sus-orbi taire de degré variable, sympathique dans certains cas, liée au contraire dans certains autres au coryza qui précède ou accompagne si souvent l'embarras gastrique à frigore, une prostration en rapport avec l'intensité, la durée de celui-ci, les troubles digestifs et nutritifs qui en résultent : tels sont les symptômes qui viennent habituellement compléter le tableau clinique de la maladie.

On devrait toutefois y ajouter les taches bleues, les taches ombrées (Monneret) que l'on rencontre, dans l'embarras gastrique, au bas-ventre, à la région inguinale, à la partie antérieure des cuisses, au tronc, aux membres supérieurs.

Ces taches ont également été rencontrées dans la fièvre typhoïde et la fièvre intermittente (Jaccoud), le rhumatisme (Damaschino).

M. le D"" Duguet est venu donner à l'importance de ces taches et aux diverses interprétations qu'on en avait données jusqu'à lui un bien terrible coup le jour où il a

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