GASTRITE AIGUË
décomposition, une sorte de putréfaction des aliments ingérés ; la formation de produits acides et irritants en serait la conséquence », d'où la gastrite elle-même.
Les aliments sont ou ne sont pas nuisibles par euxmêmes, qu'on les considère au point de vue de leur quantité ou au contraire de leur (lualité.
Ils peuvent le devenir par suite des modifications qu'ils sont capables de subir, du fait de certaines altérations gastro-intestinales ; ils ne sont plus alors des aliments, dans toute l'acception du mot, ils deviennent ainsi de vrais agents morbigènes.
On observe la gastrite aiguë secondaire dans la scarlatine, l'érysipèle, les brûlures cutanées étendues à une grande surface.
C'est surtout dans ce dernier cas que les accidents gastriques nous paraissent susceptibles d'être classés parmi les accidents véritablement inflammatoires, qui sont beaucoup plus rares dans la plupart des autres maladies.
En admettant même que l'énanthème érysipélateux ou scarlatineux puisse se localiser sur la muqueuse gastrique, ce que nous n'avons pas pour notre compte beaucoup de peine à admettre, ce qui pourtant n'a pas encore été démontré, cette localisation ne constituerait pas, à proprement parler, une gastrite, à moins que la scarlatine et l'érysipèle ne soient eux-mêmes considérés comme des phlegmasies cutanées.
Enfin on observe la gastrite phlegmoneuse, que nous préférerions de beaucoup appeler purulente, dans la pyohémie, la fièvre puerpérale, la variole, etc.
Dans les deux premières de ces maladies, on a plus souvent affaire à des abcès métastatiques qu'à de véritables phlegmons de l'estomac. La variole même, à cause de ses tendances purulentes à proprement parler, plutôt que phlegmoneuses, nous semble déterminer du côté de l'estomac des collections de pus dont le processus se rapproche
plutôt de celui de l'abcès métastatique que de celui du phlegmon.
L'anatomie pathologique diffère sensiblement, ou le conçoit sans peine, suivant que Ton est en présence d'une gastrite aiguë, simple, érythémateuse, comme l'appelle M. Damaschino, ou que l'on a affaire à une gastrite phlegmoneuse, ou enfin qu'il s'agit d'une gastrite toxique.
Dans le premier cas, il existe une simple rougeur disposée par plaques ou sous forme de pointillé plus intense au pylore, au cardia ou même dans tout autre point de la muqueuse.
Celle-ci présente parfois un gonflement plus ou moins notable, souvent un véritable ramollissement (vital pour les uns, cadavérique pour le plus grand nombre) ; il existe enfin tantôt un léger épaississement avec induration des parois, beaucoup plus marqué d'habitude dans la gastrite chronique, tantôt aussi de simples exulcèrations ou même de véritables ulcérations, de dimension et d'étendue variables.
Danslagasti'ite phlegmoneuse, au contraire, on se trouve, ou bien en présence d'une suppuration diffuse, ou bien en face de véritables foyers purulents. Dans ces derniers cas, l'abcès est tantôt simplement sous-muqueux, tantôt au contraire beaucoup plus profond et même sous-péritonéal.
Il peut se faire que, si des adhérences ne se sont pas préalablement établies entre la séreuse de l'estomac et quelque autre feuillet voisin du péritoine, la rupture de l'organe, conséquence de son altération, amène une péritonite suraigué et rapidement mortelle (en vingt-quatre ou quarante-huit heures).
Une forme ulcéreuse et une forme diphtéroide ont été décrites par Parrot dans les gastropathies propres à l'athrepsie des nouveau-nés (Damaschino).
La gangrène, rare dans les deux formes précédentes de la gastrite, s'observe bien plutôt dans celle qui succède à
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l'ingeslion de substances toxiques. Les lésions, dans ce cas, sont rarement bornées à l'estomac; on en rencontre le plus souvent le long de l'œsophage, ainsi que dans les premières voies digestives (^bouche, pharynx).
Le début de la gastrite aiguë est brusque ou lent suivant la cause qui lui donne naissance.
Le malade accuse une douleur gravative, lancinante, avec sensation de brûlure au niveau de la région gastrique, parfois avec irradiation dorsale.
11 survient des vomissements de nature variable, suivant qu'il s'agit d'une gastrite toxique ou non. Ils sont presque toujours alimentaires d'abord, bilieux ensuite. Ils contiennent parfois, surtout dans la gastrite toxique arrivée à une certaine période, des lambeaux de muqueuse sphacélée. C'est au début seulement que l'on y rencontre les substances toxiques sous l'influence desquelles la gastrite s'est développée.
Il existe en outre une soif plus ou moins intense et une anorexie plus ou moins marquée.
La région épigastrique et parfois l'abdomen tout entier sont le siège d'une tension plus ou moins grande, d'un ballonnement plus ou moins considérable.
Dans ces cas, les parois abdominales sont en quelque sorte immobilisées et la respiration se fait par les parties du thorax les plus élevées (R. costale supérieure) , comme chez la femme à l'état normal. Chez elle, cette respiration est encore plus marquée dans l'état pathologique que nous étudions.
La bouche est habituellement sèche. La langue, recouverte d'un léger enduit saburral, est lancéolée, rouge seulement à la pointe et sur les bords, ou môme, ce qui est plus rare, dans toute son étendue.
Cet organe, que Broussais considérait comme le miroir de l'estomac, serait loin, d'après M. G. Sée, de posséder ce privilège. Si celui qui a fait du Physiologisme la base de la médecine, attachait à l'existence de ce rapport une
importance peut-être trop grande, il faut reconnaître que le savant professeur de Clinique de l'Hôtel-Dieu, partisan avéré de la clinique physiologique, a exagéré en sens inverse ce point particulier de médecine pratique. Ce rapprochement de conclusions opposées, dues à des médecins aussi recommandables et partis d'un même point de vue, est au moins singulière et nous a paru digne de fixer un instant votre attention. Si l'un est conforme aux faits d'observation journalière, il faut reconnaître que l'autre s'en éloigne considérablement.
La constipation est la règle dans la gastrite aiguë, sauf le cas dans lequel il existe une inflammation concomitante de l'intestin, ou entérite.
La fièvre existe le plus souvent. Presque toujours elle revêt le caractère rémittent. On signale parfois de véritables intermittences.
Les urines sont rares, de couleur rouge brique. Elles sont riches en urée et chargées en sels, principalement en urates.
Enfin de la céphalalgie, une toux gastrique ou réflexe, tels sont les symptômes les plus habituels de la maladie.
Quant au délire, lorsqu'il survient, il est d'un très fâcheux augure ; il aggrave considérablement le pronostic.
La gastrite suraiguë ne difi'ère de la gastrite aiguë que par l'intensité plus grande de ses symptômes et leur succession plus rapide.
Quant à la gastrite phlegmoneuse, habituellement secondaire, elle peut être insidieuse dans sa marche comme dans sa symptomatologie. Elle donne parfois heu à des vomiques stomacales (Raynaud). La présence du pus dans les matières vomies, quelquefois même en quantité notable, peut seule en faire connaître la nature, qui sans cela resterait longtemps méconnue.
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Non seulement les abcès péri-œsopliagiques ou rétropharyngiens peuvent se vider dans les voies digcstives supérieures et donner lieu à des vomissements purulents, mais, dans l'estomac lui-même, on voit quelquefois se vider des collections purulentes développées en dehors de lui. Nous citerons en première ligne les suppurations pancréatiques, les abcès hépatiques, etc., etc.
L'attention la plus minutieuse devra être apportée à la diagnose dans ces cas rares et difficiles.
Chacune de ces formes de gastrite aiguë a une durée variable, habituellement longue pourtant, mais toutefois en rapport avec les délabrements plus ou moins considérables dont l'estomac est le siège.
La terminaison est différente suivant les cas.
Dans quelques-uns, la guérison avec ou sans récidive ; dans d'autres, le passage à l'état chronique ; dans d'autres enfin, la production de lésions secondaires (rétrécissements cicatriciels', adhérences de l'estomac avec les organes voisinsetc.); dans un nombre de cas, hélas! encore trop grand, la mort, sont les solutions ordinaires de la maladie.
Une mention spéciale doit être accordée à un autre genre de terminaison de la gastrite : nous voulons parler de la métastase, ou déplacement du processus inflammatoire sur un autre organe plus ou moins important et plus ou moins éloigné de l'estomac.
La métastase , autrefois très accréditée , même pour Broussais, est aujourd'hui un peu plus contestée, telle du moins qu'elle était primitivement admise ^
Le rhumatisme,la goutte, sont des maladies dans lesquelles on l'admet encore assez facilement.
Pour mon compte, je l'ai toujours cherchée avec le plus grand soin et je ne l'ai jamais rencontrée.
Quand, à une manifestation articulaire rhumatismale, par
' Ferras ; Le rétrécissement du pylore. Th. de Moulpellier, 1881. ' Hautnel; Pancréas et diabète . Montpellier médical, 1882. ' yuinquaud; Des métastases, Th. d'Agr., 1880.
exemple, succède une autre manifestation articulaire ou même viscérale de même nature, on ne doit voir là qu'une succession de lésions, mais nullement une suppléance pathologique, une véritable compensation morbide.
J'aurai toujours présent à l'esprit le fait relatif à un infirmier du service de la Clinique médicale, quand j'y étais attaché comme chef de clinique. Cet infirmier, atteint d'un rhumatisme articulaire aigu, fut visité certain jour à la visite et à la contre-visite sans qu'il y eût rien de particulier à noter dans son état comparé à celui de la veille. Le lendemain matin, on nous apprend que ce malade a été pris subitement dans la nuit d'une métastase cardiaque essentiellement caractérisée par la suppression des douleurs aux genoux, la production!! de suffocations et l'apparition d'un bruit de souffle à certaiiis orifices. Je crus me trouver cette fois en prése!!ce de l'objet si désiré : j'auscultai le malade, et pas plus que le chef de service, pas plus que l'interne lui-même, je ne trouvai à ce moment, ni au cœur ni au poumon, la moindre trace de lésion. Pas le moindre plus petit souffle.
La métastase n'existait donc plus, si tant est qu'elle eût jamais existé. Elle avait disparu avec la môme rapidité qui avait présidé à son apparition, et cela sous l'influence de sinapismes appliqués sur les dernières articulations prises.
Ma curiosité fut piquée au vif ; j'interrogeai attentivement le malade sur ce qu'il avait éprouvé dans la nuit, et mon interprétation différa bientôt sensiblemei!t delà précédente, car je m'aperçus bien vite que la petite chambre de l'infirmier, dont la porte et la fenêtre étaient restées closes la nuit, était chauffée à la faveur d'un poêle qui, par sa combustion et l'oxyde de carbone qui s'en était dégagé, avait rendu l'aération incomplète, toxique même. Je me rendis suffisamment compte des étouffements accusés par le malade, ainsi que de l'insensibilité des articulations prises (genoux) par anesthésie générale, le tout s'étant produit sans lésion cardiaque appréciable.
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La mort serait-elle survenue dans ces circonstanccsqu'elle aurait été tout aussi naturellement expliquée.
Le pronostic de la gastrite est toujours grave, en raison du passage possible à l'état chronique ou de la production de lésions matérielles et indélébiles capables d'apporter, à un moment donné, la gène la plus grande aux fonctions de l'estomac, et par suite à la nutrition et à la vie ; ce pronostic varie suivant les formes de la maladie en présence dosquelles on se trouve. Il atteint son maximum de gravité dans la forme toxique. Il est parfois tout aussi sombre dans la forme phlegmoneuse, beaucoup moins au contraire dans la gastrite simple ou érythémateuse.
La gastrite aiguë peut être confondue avec l'embarras gastrique fébrile. Dans celui-ci, outre que les accidents locaux et la douleur en particulier sont habituellement moins intenses, la langue est généralement large, saburrale, humide. Dans la gastrite, au contraire, elle est lancéolée, parfois, il est vrai, recouverte d'un léger enduit limoneux, mais le plus souvent, pour ne pas dire toujours, rouge à la pointe et sur les bords, quelquefois même dans toute son étendue.
L'hépatite, rare dans nos pays, et la péritonite aiguë, peuvent être confondues avec la gastrite.
Les anamnestiques du sujet permettront rarement cette confusion.
Dans l'hépatite, le siège plus particulièrement occupé par la douleur est l'hypochondre droit. Une teinte subictérique ou même ictérique des téguments, l'existence antérieure de coliques hépatiques ou de tout autre état pathologique du foie, mettront rapidement sur la voie du diagnostic.
Quant à la péritonite aiguë ou chronique, c'est aussi la connaissance des antécédents personnels du sujet qui sera de la plus grande utilité pour la faire reconnaître.
Les troubles utéro-ovariens, gastro-intestinaux, spléni-
ques, hépatiques, pancréatiques, rénaux antérieurs, feront remonter à sa véritable cause dans chaque cas particulier.
Bien que les affirmations formelles et catégoriques ne soient pas souvent de mise en médecine, on peut dire du moins, sans avoir trop de crainte de se tromper, quelapéritonité aiguë primitive et idiopathique n'existe pour ainsi dire jamais. On en trouve presque toujours la cause dans l'état pathologique de l'un des nombreux organes que le péritoine englobe dans ses vastes replis ou dans les productions néoplasiques, cancéreuse, tuberculeuse, parasitaire (kystes hydatiques), ou autres, dont il peut être le siège.
La variole, et d'une manière plus générale encore toute fièvre éruptive à son début, peut simuler la gastrite. Mais l'éruption ne tarde pas à permettre de préciser le diagnostic. Si les accidents gastriques persistent au moment de son apparition, ils ne tardent pas à être considérablement amendés ou môme à disparaître complètement.
La gastralgie, sur laquelle nous aurons à revenir bientôt (et à propos de laquelle nous aurons à mentionner la confusion regrettable, beaucoup trop fréquemment commise au point de vue diagnostique, entre elle et la gastrite chronique), les coliques hépatiques et surtout cet état pathologique particulier du foie que noire élève et ami M. le D"" Duco ' a décrit dans sa Thèse inaugurale, senties maladies le plus fréquemment confondues avec la gastrite chronique.
Quant à la forme aiguë de la maladie, elle s'en distingue par la fièvre, qui fait habituellement défaut dans l'inflammation chronique de la muqueuse gastrique.
Dans la gastrite toxique, la première indication à remplir consiste à provoquer l'expulsion de la substance caustique qui peut encore rester en quantité plus ou moins considérable dans les premières voies digestives au moment où l'on est appelé, surtout si l'on est encore peu éloigné du moment de l'accident. Le meilleur moyen pour produire
' Duco; De lltépatomégalie avec maiité douloureuse du foie dans ses rapports avec l'hépatalgie, la gastralgie, la dyspepsie. Th. Monlp.,1884.
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le vomissement dans ce cas, quand il n'a pas lieu spontanément, consiste à titiller la luette avec le doigt ou à l'aide d'un corps étranger quelconque introduit dans l'arrière-gorge.
Il faut enfin chercher à neutraliser l'agent toxique à l'aide de l'antidote qui lui est plus spécialement propre dans chaque cas particulier et à enlever tout ce qui reste encore dans le ventricule gastrique, soit à l'aide du lavage stomacal, soit, ce qui est peut-être préférable, avec la pompe stomacale.
Quant à l'inflammation elle-même, elle sera combattue tout d'abord à l'aide des antiphlogistiques, au premier rang desquels figurent les saignées locales (sangsues, ventouses scarifiées au creux épigastrique).
Contre les vomissements dus à la gastrite elle-même, on aura recours à la glace appliquée localement, dans une vessie, à la région épigastrique; on l'administrera aussi à l'intérieur par fragments successivement introduits dans la cavité buccale, où on les laissera fondre et où ils seront, aussitôt après, remplacés par d'autres.
La potion de Rivière comme antispasmodique, l'opium dirigé surtout contre la douleur, seront parfois indiqués. L'opium et la morphine, en raison des nausées qu'ils pros^oquent bien souvent, nécessitent certaines précautions, j'est ainsi que la morphine devra être administrée en injec- ,ions hypodermiques pratiquées avec la solution suivante :
Eau 1 gram .
Morphine 1 cenligr.
Sulfate d'atropine 1/2 milligr.
Pour une injection que l'on renouvellera, si c'est nécessaire, une ou plusieurs fois dans les vingt-quatre heures.
L'addition de l'atropine à la morphine a pour but de combattre et de neutraliser les effets nauséeux de celleci. Nous nous sommes, pour notre compte, toujours bien trouvé de cette association, surtout dans le cancer de l'es-
tomac, qui, à un moment donné, présente, comme nous aurons l'occasion de le dire, cette importante indication.
Enfin il faudra soutenir les forces du malade; on y arrivera par l'administration de bouillons ou de lait glacés, et si l'intolérance gastrique est par trop considérable, si l'on craint d'imposer à l'estomac de trop grandes fatigues, on aura recours aux lavements alimentaires, si souvent indiqués et parfois si utiles dans la thérapeutique de bien des maladies qui s'attaquent aux voies digestives supérieures.
Un peu plus tard, la gelée de viande, les consommés, les toniques eux-mêmes, trouveront leur moment d'opportunité.
Gontre-indiqués au début, ils deviendront par la suite l'intermédiaire forcé et nécessaire entre l'alimentation exclusivement liquide et l'alimentation solide ou commune.