‹ Maladies de l'appareil digestif (volume 2)Chapitre 26 sur 33 · ENTÉRITE AIGUE · texte numérisé non relu

ENTÉRITE AIGUE

On trouve dans les selles ainsi examinées des cellules épithéliales, des leucocytes, des cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien', etc., etc.

La douleur présente dans l'entérite aiguë certains caractères particuliers. Sans parler en effet du malaise général éprouvé par le malade, do l'agitation ou de la prostration auxquelles il est en proie, ainsi que de l'altération des traits qui ne tarde pas à se produire, le patient accuse des douleurs ahdominales plus ou moins généralisées, comme rinflaumiation elle-même. Elles revêtent, comme violence, comme spontanéité, comme paroxysmes, comme durée, le caractère de la colique en général.

Elles s'accompagnent ou sont suivies de horborygmes (bruits hydro-aériques résultant de la collision de gaz et de liquides déterminée par les contractions énergiques de l'intestin) .

L'appétit est habituellement diminué, la soif est rendue plus intense par le fait de l'inflammation de la muqueuse intestinale, de la chaleur locale, de la fièvre qui en résultent, enfin de la nécessité dans laquelle se trouve l'organisme de réparer à tout instant les pertes considérables de liquide qui ont lieu par les évacuations alvines.

La langue, d'abord saburrale à cause de la dessiccation des cellules épithéliales, dont la chute est, de ce fait, entravée, devient plus tard d'un rouge vif plus ou moins intense, siégeant d'abord à la pointe et sur les bords de l'organe, qui se dépouille parfois brusquement etpar plaques d'étendue variable de l'épithélium desséché qui le recouvrait tout d'abord.

Si la diarrhée est un des symptômes habituels et initiaux de l'entérite, il peut se faire qu'à un moment donné elle disparaisse pour faire place à la constipation. Gela se produit habituellement au moment où survient le ballonne-

' Un microbe particulier : Damaschino et Clado (1884), Hayem et Lesage (1887). (V. la Note de la iiage précédente.)

ment. Celui-ci résulte, pour nou.s, bien moins do la production d'une sécrétion gazeuse, comme le veulent certains auteurs, que de la survenance d'une paralysie ou même d'une simple parésie intestinale, résultant tantôt d'une insensibilité plus grande delà muqueuse, tantôt d'une altération des parois musculaires de l'intestin, consécutive ellemême à celle de la muqueuse (loi de Stokes), tantôt enfm d'un épuisement nerveux succédant à la sthénie névromusculaire primitive, toujours de la dilatalion intestinale.

Quant au siège plus particulièrement occupé par le ballonnement lui-même ; quant à la question de savoir si c'est plus spécialement l'estomac, l'intestin grêle ou le gros intestin qui sont le siège de la formation ou de l'accumulation gazeuse, on arrive à le déterminer à l'aide de certains symptômes physiques, comme l'inspection, mais aussi et surtout à la faveur de la palpation, de la percussion, de la forme et du siège de la sonorité.

A l'inspection, on voit se dessiner d'une façon plus ou moins nette, et sur les parois abdominales elles-mêmes, certaines saillies qui correspondent à telle ou telle partie du tube digestif, dont elles reproduisent la forme normale plus ou moins exagérée.

Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit relativement à la dilatation de l'estomac, dans. laquelle la voussure, lorsqu'elle existe, comme la forme de la sonorité, dessine exactement celle de l'organe (cornemuse), plus ou moins agrandie toutefois.

Bornant ici nos réflexions à la dilatation intestinale, nous verrons qu'il existe surtout quatre points spéciaux ou zones de sonorité susceptibles de nous démontrer l'existence de la dilatation de tel ou tel point de l'intestin ; ce sont :

1° La région sous-ombilicale et médiane correspondant à l'intestin grêle', et qui s'étend depuis l'ombilic jusqu'au

' V. notre Planche en chromolithographie à la fin du volume.

ENTÉniTE AIGUË. SU

pubis. Il s'agit là d'iino zone do forme à peu près circulaire colorée en chamois sur notre Planche (V. fin du volume).

2" La fosse iliaque droite et le flanc droit, correspondant au cœcum et au côlon ascendant ;

3" Une zone transversale s'étendant de l'hypochondre droit à l'hypochondre gauche. Elle répond au trajet du côlon trans verse. Légèrement courbée à sa partie moyenne, présentant une concavité supérieure plus ou moins marquée dans laquelle vient se loger le bord inférieur et convexe de r estomac en digestion, elle présente inférieurement une convexité absolument parallèle à la concavité supérieure que nous venons de signaler ; cette zone est sus-ombilicale ;

4" Enfin, la fosse iliaque gauche et le flanc du même côté correspondant au côlon descendant et à TS iliaque.

Quant à la fièvre, elle est généralement faible, continue, ou rémittente.

Le pouls est habituellement peu fréquent , le faciès rappelle légèrement celui qu'on a quaUfîé d'hippocratique, et que l'on rencontre dans certaines maladies graves de l'abdomen (péritonite, etc.).

Simple le plus souvent, l'entérite aiguë dure en moyenne de quinze à vingt jours, et se termine alors par la guérison. On observe pourtant des cas plus intenses ; il n'est pas rare, chez l'enfant comme chez le vieillard, de la voir occasionner la mort.

Elle peut enfin passer à l'état chronique.

L'une de ses formes les plus graves chez l'enfant est incontestablement celle à laquelle, en raison même de son intensité et de sa gravité, on a donné le nom d'entérite cholériforme ou de choléra infantile. On la voit succéder tout à coup, principalement dans la saison chaude, aux formes jusque-là les plus bénignes de diarrhée, que celle-ci .reconnaisse pour cause la dentition, des écarts de régime ou toute autre influence étiologique.

Cette forme particulièrement grave se caractérise par des évacuations séreuses très fréquentes et extrêmement

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abondanles, par cet état pai-ticulier de l'abdomen que l'on désigne sous le nom de ventre en bateau, et qui résulte du retrait excessif de la plupart des organes abdominaux, de l'intestin en particulier, et de la dépression des parois abdominales jusque dans le voisinage de la colonne vertébrale, que la main appliquée sur l'abdomen rencontre de suite et pour ainsi dire sans interposition d'aucun tissu, d'aucun organe intermédiaire.

Après quelques jours à peine de durée (1 ou 2), le choléra infantile entraîne presque fatalement la mort dans la cyanose, le coma ou les convulsions. C'est pour ce motif qu'il est bon chez l'enfant, en été surtout, d'attacher une extrême importance à la diarrhée en apparence la plus bénigne, et qui peut, à un moment donné, entraîner de si fâcheuses et de si redoutables conséquences.

Lu pronostic de l'entérite aiguë, on le conçoit sans peine, varie suivant la nature, le siège, l'étendue des lésions. L'âge lui-même peut, dans une certaine mesure, assombrir le pronostic de l'entérite, comme cela s'observe et comme nous l'avons noté bien souvent chez le vieillard et chez l'enfant.

Ou ne pourra confondre l'entérite qu'avec l'embarras gastrique fébrile ou la fièvre typhoïde, qui présente à son début de si grandes analogies avec ce dernier. Mais la marche de la température, différente dans les deux cas, à défaut de tout autre renseignement plus précis, viendra bientôt faire connaître la véritable nature du mal.

L'élément douleur, comme l'élément diarrhée, nous paraissent avoir, avec la marche de la température, la plus grande importance.

Sans parler en effet de la péritonite aiguë, du rhumatisme des parois abdominales, de la colique saturnine, que l'on a crus de nature à pouvoir être confondus avec l'entérite aiguë, et qui, à notre avis, ne sauraient l'être qu'à un examen hâtif et superficiel ; sans parler de la

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dysenterie, qui esl toujours symptomatique, ;ï nos yeux, d'une inflammation de la partie terminale du gros intestin, et dont nous ferons l'objet d'une description particulière, dans laquelle nous étudierons la colite dans ses rapports avec la dysenterie ; sans parler de l'iléus, qui s'accompagne constamment, comme d'ailleurs la colique saturnine, le volvulus, l'étranglement intestinal, l'obstruction, d'une constipation plus ou moins opiniâtre ; sans parler enfin de la colique en général, quel que soit son siège abdominal, et en particulier des coliques hépatiques ou néphrétiques, qui ne présentent avec l'entérite que de grossières analogies, nous accorderons une mention plus spéciale à l'entéralgie, que l'on pourrait, d'après certains auteurs, rencontrer dans d'autres états différents de l'inflammation, et en particulier danslenervosisme etl'anémie d'une manière générale.

Nous avons suffisamment insisté, croyons-nous, sur la difficulté qu'il y a, étant donnée une douleur abdominale et profonde existant en dehors de tout autre symptôme, de l'attribuer à l'état pathologique de tel ou tel organe.

L'entéralgie idiopathi que, primitive et indépendante de l'inflammation de la muqueuse intestinale, ne s'accompagnant pas de diarrhée, nous parait au moins aussi rare que la gastralgie.

On ne doit, à notre avis, en supposer l'existence que lorsqu'on a tout lieu de croire à la parfaite intégrité, non seulement de l'estomac, des annexes du tube digestif (pancréas, rate, foie, lymphatiques, vaisseaux porte, péritoine), mais encore de l'appareil génito-urinaire dans l'un et l'autre sexe. Cette restriction faite, il restera peu de place pour l'entéralgie proprement dite.

C'est surtout la coexistence de la colique intestinale, de la diarrhée et de la fièvre, qui permettra de poser le diagnostic entérite aiguë.

Pour qu'il soit complet, à la notion de siège et de lésion on devra ajouter celle de nature (inflammatoire, typhoïde, tuberculeuse, urémique, toxique, etc.).

Le traitement consistera à calmer la douleur, contre laquelle on dirigera avec avantage les opiacés ; contre la diarrhée, les opiacés encore, thériaque, diascordium (4 à 8 gram.), le sous-nitrate de bismuth (4 à 12 gram.).

Les applications chaudes et émollientes sm* l'abdomen; à l'intérieur, l'eau de riz, l'eau albumineuse, la décoction blanche, aidées du régime le plus sévère (bouillons, lait) rendront les meilleurs services.

Dans certains cas, les purgatifs, principalement salins, seront extrêmement utiles.

Quant au nitrate d'argent, nous conseillons de le réserver pour l'entérite chronique.

Il en est bien autrement des alcalins, tels que l'eau seconde de chaux ou même l'eau de Vichy, dont on peut additionner le lait.

Les saignées, principalement locales (application de sangsues sur l'abdomen) , seront dans certains cas très utiles.

Quant à la fièvre, on pourra bien la combattre à l'aide des nombreux moyens dont dispose la thérapeutique ; mais on l'atteindra en particulier par tout ce qui est capable de diminuer ou de supprimer l'inflammation intestinale.

Enfin, la convalescence elle-même méritera d'attirer la sérieuse attention du malade comme celle du médecin, en raison de l'extrême facilité avec laquelle peuvent se produire les récidives, qu'elles reconnaissent pour cause des écarts de régime ou toute autre cause pathogénique (refroidissements, etc.).

C'est pour ce motif que le régime le plus sévère devra être suivi, et qu'on n'arrivera que par degrés insensibles, du bouillon et du lait à l'alimentation ordinaire, commune, des aliments liquides aux aliments solides, en passant par toute la série des substances demi-li(|uides : consommés, purées, crèmes, œufs, peptones, etc., etc.

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