ENTÉRITE CHRONIQUE
L'iiiflaramatiou chronique de la muqueuse intestinale, rarement primitive, est au contraire le plus souvent consécutive à la forme aiguë, que nous avons étudiée dans la leçon précédente.
Nous bornerons sa description, comme celle d'ailleurs que nous avons faite de l'entérite aiguë, à l'intestin grêle. Ce que nous en dirons d'ailleurs est applicable dans ses généralités à l'inflammation du gros intestin, ou colite.
S'il est utile, au point de vue clinique et thérapeutique, de séparer l'inflammation de la muqueuse gastrique de celle de la muqueuse intestinale, bien qu'elles puissent se développer et qu'elles se produisent le plus souvent sous l'influence des mêmes causes, il ne l'est pas moins, à notre avis, de séparer l'entérite ayant pour siège l'intestin grêle de celle qui peut plus spécialement survenir du côté du gros intestin (colite). Celle-ci présente bien souvent, comme nous aurons l'occasion de le rappeler, des rapports intimes avec la dysenterie, rapports qui, s'ils ne constituent pas une analogie complète et absolue entre les deux maladies, n'en établissent pas moins l'existence entre elles de nombreux points communs que nous croyons utile de mettre en lumière.
L'entérite chronique, telle que nous la concevons et telle que nous venons de la délimiter, présente, à notre avis, deux types cliniques parfaitement distincts et qui sont dus à la localisation plus spécialement supérieure (^duodénum) ou
inférieure (jéjunum et iléon) qu'elle affecte dans cette partie de l'appareil digestif.
Tandis que la première peut, en raison du voisinage des voies pancréatiques et hépaticiues, qui ne sont après tout qu'un diverticulum de la cavité duodènale, et en raison de la continuité de leurs muqueuses, présenter des symptômes ou complications (ictères, glycosurie) que l'on ne rencontre pas dans l'entérite localisée au jéjunum ou à l'iléon, celle-ci au contraire présente une symptomatologie différente de celle de la précédente, et qui parait, à nos yeux, justifier entièrement la distinction que nous venons d'établir entre l'une et l'autre. •
Il nous parait donc nécessaire, à côté d'une description commune et applicable surtout à la seconde de ces deux formes de l'inflammation chronique de la muqueuse intes- .tinale, de donner une description spéciale delà duodénite, description qui sera le complément naturel de la première.
Nous n'insisterons pas longuement sur les caractères anatomo-pathologiques de l'entérite chronique, qui ne diffèrent nullement de ceux de l'inflammation chronique des muqueuses en général. Si elle présente quelques différences, elle les doit à la structure spéciale de la muqueuse enflammée et aux connexions intimes qui l'unissent à quelques organes sécréteurs dont les divers produits de sécrétion se déversent à sa surface, enQn à la disposition particulière et au rôle des vaisseaux lymphatiques et sanguins qui en émanent.
Nous nous contenterons de signaler la rougeur sombre ordinaire de la muqueuse, l'épaississement des tuniques de l'intestin et la coarctation plus ou moins grande de celuici, le ramollissement, l'ulcération môme, beaucoup plus fréquente, comme nous le verrons plus loin, dans le gros intestin que dans le petit ; enfin la gangrène, plus fréquemment observée dans les parties inférieures de l'intestin que dans ses parties supérieures (duodénum, jéjunum).
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Souvent la coarctalioii est remplacée par une dilatation partielle ou totale plus ou moins marquée.
On rencontre quelquefois des cicatrices le plus souvent arrondies et de couleur ardoisée sur la muqueuse. Elles résultent de la guérison des ulcérations ou de la gangrène dont celle-ci a été le siège.
Le péritoine, assez généralement intact ou légèrement vascularisé, est parfois envahi par l'inflammation. Il présente tantôt des adhérences molles ou résistantes, suivant l'époque plus ou moins éloignée de leur production, parfois des granulations grises, tuherculeuses,dela nature des ulcérations intestinales elles-mêmes; tantôt enfin une véritable perforation permettant aux matières intestinales de se déverser librement dans la cavité de cette séreuse.
Les gangUons lymphatiques correspondant à la partie de la muqueuse enflammée sont habituellement le siège d'un engorgement inflammatoire plus ou moins intense ; ils peuvent même s'indurer, se scléroser, ou au contraire se ramollir et suppurer.
Les causes de l'entérite sont habituellement les mêmes que celles dont nous avons fait l'énumération à propos de la gastrite.
On a fait jouer, sans contredit, un trop grand rôle dans sa production aux influences diathésiques et générales.
Si la syphilis (Oser), si l'herpétisme (N. Guéneau de Mussy), si la goutte plutôt que le rhumatisme, si le .scorbut, peuvent dans certains cas exercer leur influence sur l'intestin et y déterminer une inflammation chronique, consécutive ou non à un état aigu de môme nature, il est d'autres causes dont l'influence nous paraît être non seulement plus évidente, mais surtout plus commune et plus efficace que celles que nous venons d'énumérer : nous voulons parler de l'action propre aux substances alimentaires (aliments, boissons) considérées au point de vue de leur nature et de leur quantité, ainsi que de l'influence qu'elles peuvent exercer dans ces conditions diverses,
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aussi multiples que variées, sur la muqueuse intestinale.
Qui ne connait, à ce point de vue, l'influence particulièrement désastreuse que peut avoir dans le jeune âge, et sur la production de l'entérite aiguë ou chronique, une alimentation anti-hygiénique? Qui ne connaît les efi"ets aussi déplorables, mais non moins certains à cet égard, de l'alcoolisme?
La répétition fréquente de Tétat aigu, sa persistance trop grande, amènent l'état chronique.
Pour agir avec une intensité peut-être plus considérable sur les premières voies digestives (estomac) qui subissent son influence nuisible immédiatement après son ingestion, ainsi que sur le foie, par suite du ralentissement éprouvé par la circulation porte dans cet organe et du séjour plus ou moins prolongé dans son épaisseur des substances toxiques absorbées, l'alcool n'en conserve pas moins la funeste propriété de se comporter vis-à-vis do la muqueuse intestinale comme il le fait à l'égard de celle de l'estomac; de là, une cause aussi fréquente d'entérite aiguë ou chronique que de gastrite, de cirrhose, de néphrite, etc.
Les influences saisonnières se font également sentir du côté de la muqueuse digostive. Les diarrhées, comme les entérites estivales, peuvent reconnaître pour cause unique la chaleur, mais souvent aussi l'ingestion de liquides froids, acides, alcooliques, en plus ou moins grande quantité; enfin l'usage de mets fortement épic.és, destinés, les premiers à calmer la soif, les uns comme les autres à relever l'appétit languissant à cette période de l'année. ■
Ces diarrhées et ces entérites sont analogues, comme fréquence, comme origine, aux bronchites et aux pneumonies de l'hiver.
L'albuminurie, celle surtout qui s'accompagne d'urémie, les affections cardiaques sous l'influence desquelles peut se produire une stase circulatoire et digestive plus ou moins notable, doivent occuper une place sérieuse dans l'étiologie de l'entérite chronique.