PATHOLOGIE DIGESTIVE EN GÉNÉRAL
élèves, M. François Franck, étudient l'influence sympathique que l'estomac peut exercer sur les organes qui en sont plus ou moins^ éloignés, et plus spécialement sur le cœur.
Depuis longtemps ont été signalées les nombreuses sympathies existant entre le ventricule gastrique et la plupart des organes de l'économie ' .
Il y a quelques jours à peine, dans un travail fort intéressant, M. Leven étudie les relations intimes qui l'unissent à l'encéphale.
Les poètes eux-mêmes ont chanté de tout temps la suprématie de l'estomac dans le concert de l'organisme humain:
S'il a quelque besoin, tout le corps s'en ressent.
(La Fontaine.)
Pour être moins tumultueux dans ses manifestations pathologiques ou ses irradiations sympathiques, l'intestin n'en a pas moins un grand rôle à jouer au triple point de vue de la nutrition, de la pathologie, de la thérapeutique, qui confine parfois de si près à la toxicologie.
Si l'estomac est la partie du tube digestif où s'élaborent les substances alimentaires les plus complexes (substances azotées, albuminoïdes, quaternaires) sous l'influence combinée de la pepsine et de l'acide chlorhydrique; si la salive produite au moment de la mastication vient déjà dans cet organe faire subir une première modification, légère sans doute, mais réelle, aux substances amylacées : dans le tube intestinal s'opèrent des actions chimiques et digestives d'un ordre au moins aussi élevé.
Une fois le pylore franchi, tout change, tout diffère.
Au milieu acide de l'estomac en digestion succède un milieu essentieUement alcalin qui est celui de l'intestin grêle.
' Bosquillon ; Disaert. an ventriculus sympathiœ centrum ? in Siîloge selectinnum opitsculorum de Ern. Godof. Baldinger, loin. VI, pag. 90 et suiv.
10 PREMIÈRU LEÇON.
Les peptones dissoutes dans le . premier se précipitent dans le second.
Go qui nous prouve que l'activiLé chimique et digestive de l'intestin doit être au moins égale à celle de l'estomac, c'est que, sans tenir compte de la présence dans la muqueuse des glandes de Lieberkiihn et de celles de Brunner; sans parler de la bile, liquide excrémentitiel pour les uns, qui présiderait pour les autres à l'émulsion des graisses ; sans tenir compte de ces divers produits de sécrétion et à ne considérer que le suc pancréatique, nous voyons que celui-ci contient déjà et à lui seul trois ferments, deux isolables, le troisième soluble, destinés, l'un aux substances albuminoïdes, l'autre aux substances amylacées, le troisième à l'émulsion des graisses.
Ce n'est pas ici le lieu d'insister longuement sur l'importance de cette sécrétion. La physiologie, mais surtout la pathologie du pancréas, ont été jusqu'à ce jour entourées d'une très grande obscurité. Celle-ci, il faut bien le reconnaître, a des tendances considérables à se dissiper de plus en plus. Le jour n'est sans doute pas éloigné de nous où elles le seront complètement.
Nous aurons à y insister au sujet de la pathologie du duodénum, si intimement liée à la sienne propre.
Nous attachons un très grand prix à l'étude des altérations de cette glande. Elle promet d'être féconde en résultats pratiques auxquels, pour mon compte, j'ai essayé de contribuer dans la mesure de mes forces.
Enfin, après la valvule iléo-cœcale, on rencontre un nou^ veau milieu acide constitué par le gros intestin, jusqu'àl'anus.
La digestion et l'absorption, la nutrition, en un mot, dépendent de l'intégrité des fonctions digestives.
C'est le tube digestif qui tient sous sa dépendance la composition du sang, à la reconstitution duquel il fournit les matériaux nécessaires, qu'il emprunte aux aliments élaborés dans ses cavités.
PATHOLOGIE DIGKSTIVIJ EN OÉN-ÉHAL. 1 I
C'est le tube digestif, dont les lésions sont les plus fréquentes dans l'enfance, cette période de la vie où la nutrition est si active, en raison sans doute des déperditions continuelles résultant des combustions, mais aussi et surtout de l'accroissement physique incessant auquel l'enfant doit faire face.
Pour être plus actives dans le jeune âge, les fonctions digestives ne manquent pas d'offrir un intérêt considérable quand on les considère aux diverses périodes de l'existence.
Par elles sont réparées les pertes incessantes qui résultent de la considérable activité propre à l'âge viril. Par elles sont soutenues les forces défaillantes de la vieillesse.
Ainsi se trouve expliquée la plus grande fréquence des maladies aiguës inflammatoires dans l'enfance et dans l'adolescence, la prédominance au contraire, chez l'adulte comme dans l'âge viril, des maladies gastro-intestinales bilieuses, chroniques, diathésiques, enfin la prépondérance excessive des formes adynamiques dans la vieillesse.
Telle est, aux divers âges de la vie, la note moyenne de la pathologie de l'appareil digestif.
Le sexe lui-même joue un rôle très important dans la détermination de la forme ou de la nature de ces maladies. C'est ainsi que les névroses, les viscéralgies, les spasmes en général (maladies vaporeuses des anciens), sont beaucoup plus communes chez la femme que chez l'homme.
Chez celui-ci, au contraire, la dyspepsie avec ou sans inflammation de la muqueuse gastro-intestinale, accompagnée ou non de la dilatation de tel ou tel segment du tube digestif, s'observe plus ordinairement, et cela en raison de son hygiène spéciale alimentaire, professionnelle ou même habituelle (alcooliques, tabac, etc.).
C'est aux professions et à la vie sédentaire que doit être attribuée bien souvent l'apparition de la constipation et des hémorrhoïdes.
Je no m'attarderai pas à l'énumération, utile sans doute.
12 PREMIÈUE LEÇON.
mais ici par trop fastidieuse, des diverses causes que nous aurons à étudier ultérieurement et qui peuvent déterminer une maladie locale, on pourrait dire circonscrite, du tube digestif.
Vous devinez sans peine que les ingesta, leur quantité, leur nature, jouent un très grand rôle à ce point de vue.
Il en est d'autres qui, pour être moins évidentes, n'en ont pas moins des effets aussi considérables. Je veux parler des maladies répercutées ou à distance, métastatiques des anciens, par sympathie, dirait Barthez, réflexes, diront avec moins de répugnance les modernes. Telle est l'inflammation gastro-intestinale que l'on observe à la suite de vastes brûlures cutanées, sans compter les troubles digestifs dyscrasiques (par anémie, par intoxications diverses, par diathèse goutteuse, etc.), qui sont susceptibles d'une interprétation toute différente.
Je ne quitterai pas. Messieurs, ce terrain des considérations générales, sur lequel je me suis complaisamment engagé, sans vous faire remarquer que si le tube digestif peut devenir quelquefois l'aboutissant de certaines affections générales ou de certaines maladies locales éloignées, il peut à son tour dans certains cas être le point de départ de quelques-unes d'entre elles (anémie, lésions du cœur, nervosisme, hypochondrie).
Voltaire ne nous a-t-il pas laissé un tableau aussi saisissant que crûment exprimé de l'influence de la constipation sur le caractère ' ?
A la richesse glandulaire de l'appareil digestif s'ajoute une musculature spéciale que de riches plexus nerveux, issus pour la plupart du grand sympathique, viemient animer.
Sa circulation elle-même, lymphatique ou sanguine, est
' Voltaire ; Les oreilles du comte de Chesterfteld et le chapelain Goudman, 1775, tom. LXX, chap. vu.
PATHOLOGIE DIGESTIVE EN GÉNÉnAL. 13
spéciale. Elle peut subir le contre-coup de certains états pathologiques d'organes plus ou moins éloignés.
Enfin l'état du péritoine, comme celui des organes voisins, mérite bien souvent d'être pris en sérieuse considération. -
C'est grâce à la parfaite intégrité de la séreuse que s'exécutent les mouvements normaux de l'estomac et de l'intestin, comme à celle des organes voisins se rattache la régularité des fonctions digestives (sécrétion, digestion, absorption).
Au point de vue thérapeutique, l'appareil digestif occupe le premier rang.
C'est à lui que la matière médicale confie la plupart de ses remèdes. Il les élabore, les digère, les absorbe et les livre ensuite à la circulation générale et aux organes.
La Toxicologie touche de bien près à la Thérapeutique.
Je me garderai bien d'insister sur la façon dont les sels de plomb et les préparations mercurielles s'introduisent dans l'économie, les uns avec les aliments, les autres sous forme de moyens thérapeutiques, pour amener ensuite les accidents propres au saturnisme, au mercurialisme.
On peut même se demander si certaines maladies dites totius substantif, comme la fièvre typhoïde, ne seraient pas primitivement locales (plaques de Peyer) et si elles ne résulteraient pas de l'introduction dans le tube digestif, en même temps que des ingesta, de ce qu'on est convenu d'appeler aujourd'hui la matière typhogène (Jaccoud).
N'est-ce pas là l'histoire de la syphilis, qui, avant de devenir constitutionnelle, se manifeste toujours au lieu d'inoculation ou, si vous préférez, de contact?
La pente est facile, et je sens que sur ce terrain je me laisserais aisément entraîner. Je ne vous ai parlé de la fièvre typhoïde que pour vous montrer comment on peut comprendre l'introduction dans l'économie, par l'intermé-
diaire du tube digestif, de substances non seulement toxiques, mais même pathogéniques.
Nous diviserons le tube digestif en :
1° Une partie buccale ; 2° Une partie pharyngienne ou cervicale ; 3° Une partie thoracique (œsophage) ; Ces trois segments réunis constituent la portion susdiaphragmatique.
4° L'estomac ;
5° L'intestin grêle, se divisant en duodénum, jéjunum et iléon;
6' Enfin le gros intestin (cœcum et appendice, côlon ascendant, côlon transverse, côlon descendant, S iliaque, rectum, anus).
Ces trois autres segments constituent la portion sousdiaphragmatique de l'appareil digestif.
Si les deux extrémités bucco-pharyngienne et ano-rectale sont accessibles à la vue, et par suite aux moyens thérapeutiques locaux ; si l'œsophage et l'estomac d'un côté, le gros intestin de l'autre, peuvent recevoir ceux-ci directement dans leurs cavités : seul l'intestin grêle ne peut être abordé qu'indirectement et par l'intermédiaire de l'estomac.
J'aurai soin, dans le cours de ces leçons, d'insister sur les notions véritablement fondamentales et généralement acceptées de nos jours. Je mentionnerai seulement ou je négligerai même celles que l'on considère comme purement hypothétiques.
Cette étude sera faite à un point de vue essentiellemeni pratique et les théories n'y occuperont qu'une place res treinte, toutes les fois surtout qu'il ne devra pas en décou 1er des indications de premier ordre et faciles à remplir
Nous passerons successivement en revue la pathologie
afférente à chacun des différents segments de cet appareil. Dans chacun d'eux nous étudierons les divers processus (inflammatoire ou autre) qui peuvent s'y développer, les symptômes à l'aide desquels il nous sera possible de recoimaitre leur existence, ainsi que la nature propre à ces maladies. De cette triple origine découleront, à nos yeux, les plus saines et les plus sûres indications thérapeutiques.
Nous signalerons, chemin faisant, l'influence de certaines maladies générales ou locales sur chacun de ces segments.
Je regrette vivement de ne pouvoir, faute de temps, étudier les parasites de l'appareil digestif, la pathologie de ses annexes, ainsi que celle de sa tunique séreuse.
Gomme vous le voyez, Messieurs, le cadre que je me propose de parcourir avec vous est déjà bien considérable. Loin de m'en plaindre, je contemple avec un certain plaisir la route que je me suis tracée.
Je compte beaucoup sur ma bonne volonté et sur mes incessants efforts pour vous rendre mon enseignement le plus profitable possible ; mais je ne compte pas moins sur les encouragements que je puiserai dans votre ardeur pour l'étude et votre assiduité à mes leçons.
Il me reste. Messieurs, avant de vous quitter aujourd'hui, à aborder devant vous une question des plus délicates : je veux parler de la question de doctrine.
En médecine, comme en bien des choses, les hommes se séparent en deux camps : ceux qui croient et ceux qui doutent.
Sans qu'il soit nécessaire de posséder une foi aveugle, il n'est pas non plus besoin, j'espère vous le démontrer, d'un scepticisme à toute épreuve.
Ce qui est, à mon avis, la base de notre science ou, si l'on préfère, de notre art, c'est l'observation, mais l'observation raisonnée, aidée parfois de l'expérimentation.
16 rnEMIÉRE LEÇON.
Il VOUS semble que l'observation doit être la même pour tous et que les observateurs, quelque nombreux qu'ils soient, doivent être d'accord sur un fait observé.
Le plus souvent sans doute, sinon toujours, c'est ainsi que les choses se passent.
Quant à l'interprétation de ce fait, elle peut varier avec la qualité et le nombre des observateurs. De là, des conflits perpétuels jetant le discrédit sur la science médicale, qui paraît ainsi livrée à l'interprétation de chacun.
Cependant, Messieurs, tournez vos regards sur l'inscription qui se lit dans la salle des Actes de notre Faculté audessous du buste en bronze du Père de la Médecine :
Olim Colis, nunc Monspeliensis Hippocrates.
Oui, l'Ecole de Montpellier, au sein de laquelle j'ai appris tout ce que j'aurai à vous enseigner publiquement désormais, est restée fidèle à la vieille médecine grecque, à la médecine hippocratique, qui compte déjà vingt-trois siècles d'existence.
N'est-ce pas. Messieurs, une consolation et un encouragement pour nous, au milieu des débris de tous les systèmes qui jonchent le sol de la science, que de trouver sur un terrain aussi mouvant un point d'appui si solide, religieusement conservé au sein de notre Ecole ?
On ne refait pas la Médecine tous les jours, fort heureusement pour les malades, fort heureusement aussi pour les médecins.
C'est là une consolation et un encouragement pour ceux d'entre vous qui, se trouvant au seuil de la carrière médicale, brûlent du désir de connaître les principes de la Médecine et d'en faire les applications.
Ne devriez-vous pas, s'il en était autrement, découragés dès les premiers pas dans la carrière, renoncer à une étude dont l'unique résultat serait de vous démontrer l'inanité des connaissances acquises jusqu'à ce jour, ainsi que celle des notions réservées à une époque future !
Il n'en est rien, et pour vous en donner la preuve je ne
Mali
m'appuierai pas sur ma trop courte expérience, qui ne vous inspirerait, et avec raison, qu'une faible confiance.
J'en appellerai au témoignage d'un professeur éminent de cette École, qui, il n'y a pas longtemps encore et durant sa vie tout entière, jeta le plus vif éclat sur la Faculté de Montpellier.
Je veux parler du professeur Lordat.
Dans un cours fait en 1835-1836, il s'attacha à démontrer la Perpétuité de la Médecine et V identité des principes fondamentaux de cette science depuis son établissement jusqu'à présent.
Que ceux d'entre vous qui ne connaissent pas les remarquables leçons du professeur Lordat se donnent la peine de les lire. Ils y trouveront résumée l'histoire des dogmes fondamentaux de la Médecine depuis son origine jusqu'à nos jours.
Ils y verront que les diverses doctrines médicales actuellement régnantes ou non ont existé à diverses époques de l'histoire de la Médecine, et qu'après avoir été momentanément renversées, elles sont nées de leurs propres cendres comme l'oiseau de la Fable, mais toujours avec la même destinée. Ils pourront ainsi prévoir celle qui est réservée à leur résurrection actuelle ou future.
Toutes cependant n'ont pas eu le même sort. Il en est une en effet qui survit à toutes les autres malgré les attaques aussi violentes que nombreuses dont elle a été l'objet aux diverses époques de l'histoire de la Médecine.
A côté en effet de parties variables et changeantes, vous y trouverez les préceptes immuables de l'art de guérir, comme les appelle Trousseau.
La plupart, sinon tous, ont été formulés par Hippocrate, et ils sont appliqués, au lit du malade, comme instinctivement et malgré eux, par ceux mômes qui se targuent le plus de rompre avec la tradition.
La gloire de Lordat ne se borne pas à avoir démontré la
perpétuité des principes de la médecine depuis Hippocrate jusqu'à nos jours.
Il serait ici prétentieux de ma part de vouloir passer en revue les diverses publications de cet auteur, dont les connaissances philosophiques et littéraires furent aussi éteur dues qu'étaient vastes et profondes les idées médicales. Je désire toutefois établir devant vous que, non seulement il identifia les principes de la médecine de son temps à ceux de la médecine ancienne, mais encore qu'il sut faire connaître à ses contemporains et à ses successeurs celui qui, plus qu'aucun autre, personnifia la médecine hippocratique à Montpellier, celui dont la statue, consacrant la mémoire, se trouve sur le seuil de notre Faculté , celui qui, après avoir vécu avecLordat en communion d'idées, inscrivit son nom dans son testament comme pour mieux désigner à ses successeurs le véritable descendant de sa race scientifique .
A ce portrait, vous avez reconnu notre illustre Barthez.
Je n'entrerai pas non plus dans les détails relatifs à la longue vie scientifique de ce nom cher à tout élève de Montpellier.
Lordat, qui l'a connu mieux que personne, qui a vécu dans son intimité, nous le dépeint avec une précision e1 une compétence telles que je ne puis que vous renvoyer à son remarquable travail intitulé : Doctrine de Barthez.
Voici ses propres termes, jugeant Barthez d'après ses premières leçons :
« Barthez sentit les vices de la philosophie usitée dans les diverses sectes et il prit ses mesures pour n'y pas tomber.
» L'enseignement de la science de l'homme dans une École de Médecine lui parut devoir être dirigé vers la connaissance des maladies et de la manière de les traiter. Toui système de philosophie qui ne donne pas le moyen d'ana^ lyser et de classer les faits pathologiques, et d'où l'on ne peut pas déduire à priori des préceptes de médecine pratique absolument semblables à ceux qu'on a lires de l'cx'
périence médicale, ne fut à ses yeux qu'un amusement frivole indigne de lui et de son auditoire * — »
« Dès le début il montra son éloignement pour les théories hypothétiques. Il se propose, dit-il, non d'expliquer les phénomènes x)itaux, en prenant cette expression dans le sens de ses prédécesseurs, mais seulement de recueillir et d' ordonner les théorèmes utiles (c'est-à-dire les propositions générales déduites d'un grand nombre de faits) qui sont dispersés chez divers auteurs, et d'ajouter à ces vérités de fait celles du même ordre que ses recherches pourront lui fournir. Il s'engage à soumettre tous ses dogmes physiologiques au creuset des praticiens et à ne rien avancer qui ne concorde avec leurs observations.
»I1 déclare qu'il ne veut marcher sous la bannière d'aucun chef d'École et fait profession d'être essentiellement éclectique : il loue indistinctement chez tous les auteurs ce qu'il juge conforme aux régies de l'induction
Jusque-là, Messieurs, quelqu'un se refusera-t-il à suivre Barthez? Se trouvera-t-il quelqu'un qui ne veuille pas être éclectique comme lui?
Est-il moins aisé de le suivre jusqu'à la fin de sa carrière, ou, si l'on préfère, jusqu'au jour où, dans ses Nouveaux Éléments de la science de l'horame, il formula son corps de DOCTRINE qui a tant effrayé les antivitalistes de son temps et qui est encore la pierre d'achoppement des antivitalistes de nos jours ?
Ici, Messieurs, je me sens obligé de laisser parler Barthez lui-même. Je choisis à dessein le passage plus particulièrement visé, attaqué par ses adversaires, le passage suspect, en un mot.
Ne dois-je pas justifier à vos yeux Barthez, que poursuivent de leur calomnie ceux qui connaissent le moins sa doctrine ? Ne dois-je pas vous montrer que Lordat ne s'est pas plus laissé entraîner, dans ses appréciations, par la
' Lordat ; Doctrine de Barthez. Paris, 1818, pag. 55 et 56. ' Lordat; eodem Zoc, pag. 67.
grande amitié qu'il éprouvait pour Barthez que par Tadmi. ration dont il l'a toujours entouré, de son vivant comme après sa mort?
« Dans tout le cours de cet ouvrage, dit Barthez, je personnifie le principe vital de l'homme, pour pouvoir en parler d'une manière plus commode. Cependant, comme je ne veux Lui attribuer que ce qui résulte immédiatement de V expérience, rien n'empêchera que dans mes expressions qui présenteront ce principe comme un être distinct de tous les autres et existant par lui-même^ on ne lui substitue la notion abstraite qu'on peut s'en faire comme d'une simple faculté vitale du corps humain qui nous est inconnue dans son essence, mais qui est douée de forces motrices et sensitives ' . »
Y a-t-il là, Messieurs, quelque chose de cet Animisme dont on a fait le synonyme de Vitalisme de Barthez ?
Et cet autre passage ne vient-il pas démontrer surabondamment l'ignorance ou le parti pris de ceux qui ont porté et qui portent encore contre lui de pareilles accusations ?
« Il me paraît, dit-il, qu'on ne peut s'empêcher de distinguer le principe vital de l'homme d'avec son âme pensante. Cette dernière distinction est essentielle, soit qu'on imagine que ces deux principes existent par eux-mêmes ou sont des substances, soit qu'on suppose qu'ils existent comme des attributs et des modifications d'une seule et même substance qu'il est indifférent qu'on veuille appeler âme. »
« Il est à peu près indifférent, ajoute-t-il, qu'on donne au principe vital le nom d'âme, d'archée, de nature, etc. ; mais ce qu'il est absolument essentiel, c'est qu'on ne rapporte jamais les déterminations de ce principe à des affections dérivées des facultés de prévoyance ou autres qu'on attribue à cette âme, ni à des passions que l'on prête à cette archée. Or c'est à cette condition essentielle que van
' Barthez; Éléments de la Se. de l'homme, pag. 107. Paris, 1806.
Helmont, Stahl et leurs sectateurs ont dérogé dans une infinité de cas, aussi bien que ceux qui ont employé avant ou après moi le nom de Principal Vital * . »
Je demeure convaincu que quiconque lira ces lignes sera vitaliste, au sens de Barthez. Ceux qui se refusent à le suivre ne lui sont opposés que sur la foi des autres, ce qui n'arriverait pas s'ils s'étaient donné la peine de lire ses écrits. Si parmi vous, Messieurs, quelqu'un ne souscrit pas encore à sa manière devoir, c'est que j'ai mal lu ces passages. Lisez vous-mêmes dans l'original, vous vous les rendrez de cette façon plus intelligibles et plus convaincants.
J'entre dans des détails qui vous paraîtront peut-être minutieux et inutiles. Je le devais toutefois:
1° Pour défendre le vitalisme de Bartbez, qui n'est pas celui que combattent ses prétendus adversaires ;
2° Pour rendre justice à ceux qui se sont plus spécialement attachés à cette doctrine, à l'enseigner, à la développer ;
3° Enfin pour établir sur des bases solides la conviction intime dont je suis animé et qui fera la base de mon enseignement, comme elle fait celle de ma pratique de tous les jours.
Lordat a eu le double mérite de montrer la perpétuité des principes de la médecine et de faire connaître Barthez à ses contemporains et à ses successeurs. Il en a eu un troisième tout aussi grand que les précédents, c'est celui d'avoir fondé une École. Cela lui fut facile.
En raison de sa supériorité incontestable, un tel Maître s'imposait à l'admiration de tous. Ses leçons étaient suivies par un grand nombre d'élèves qu'il savait si bien s'attacher sans efforts.
Plus d'un de vos Maîtres s'honore d'avoir été l'élève de Lordat.
Ce sont eux qui me l'ont fait connaître ; celui-ci m'a fait apprécier Barthez; ils constituent, à mes yeux, comme les
' Barthez ; loc cit, pag. 94 et 95.
trois étapes d'une même doctrine à laquelle je souscris librement, mais entièrement aujourd'hui.
Si les convenances m'obligent ici à une certaine réserve, je n'en avais pas moins le droit et le devoir de vous montrer que la doctrine du Vitalisme, dont j'arbore ici le drapeau devant vous; que cette doctrine de Barthez, qui n'est autre que l'Hippocratisme ancien, tradition séculaire sur laquelle reposent les progrès de la médecine moderne, a été défendue dans cette École par des hommes du plus grand mérite .
L'École de Montpellier, ne faisant pas table rase avec la tradition, c'est-à-dire avec vingt-trois siècles d'observation sérieuse, honore Hippocrate en Barthez, grâce aux appréciations de Lordat, grâce aux enseignements de son École.
OLim Cous, nunc Monspeliensis, Hippocrates.
Cette doctrine que vous me voyez embrasser aujourd'hui parce que jusqu'à présent elle s'est trouvée en harmonie avec mes observations personnelles et mes méditations de tous les jours, n'y souscrivez pas par avance et par excès de confiance. Sachez toutefois que seule elle permet de faire marcher de pair la tradition et le progrès en médecine.
Messieurs ,
Puisse mon enseignement vous démontrer, après tant d'autres, qu'au xix" siècle rien ne s'opposera à ce qu'on puisse répéter pour notre Faculté ce qu'en a dit pour le xviif M. le professeur Germain :
« Il n'est aucune découverte, aucune féconde innovation qui n'ait eu au sein de notre École de fervents adeptes. La fidélité à la médecine grecque s'y concilie, à travers toute cette période de conquêtes scientifiques, avec de puissantes tendances à faire fructifier au profit de l'humanité les moindres moyens d'amélioration , soit dans l'enseignement même, soit dans la pratique V »
' Germain; L'École de Médecine de Montpellier. 1880, pag. 118.