‹ Maladies de l'appareil digestifChapitre 11 sur 29 · PAR0T1DITES. — OREILLONS · texte numérisé non relu

PAR0T1DITES. — OREILLONS

résulte de la turgescence profonde, due elle-même à un certain degré d'oblitération canaliculaire ou même d'hypersécrétion ?

L'une et l'autre de ces hypothèses peuvent être soutenues en raison des connexions nerveuses intimes qui unissent la peau de la face aux glandes salivaires et aux dents.

La résolution, après quelques jours de durée, que la fièvre ait existé ou non, est la terminaison habituelle de la parotidite simple, quel que soit d'ailleurs le mécanisme qui a présidé à sa production.

On peut, dans une certaine mesure, rapprocher de cette forme de parotidite la maladie désignée sous le nom d'oreillons, dont la contagion, la fièvre et la manifestation extérieure (tuméfaction plus ou moins considérable et douloureuse des régions parotidiennes ou de tout autre point correspondant à l'une quelconque ou à plusieurs des glandes salivaires, sans changement de couleur à la peau), ainsi d'ailleurs que l'érythême buccal, plus marqué ou circonscrit au voisinage des orifices excréteurs (Guéneau de Mussy), les ont fait comparer à une véritable fièvre éruptive.

Mais il est une autre altération des glandes salivaires bien plus sérieuse que les précédentes et que l'on observe au cours ou au déclin de certaines fièvres graves, principalement de la fièvre typhoïde, comme je l'ai vu dans un cas avec infarctus nombreux et considérables de la rate.

Cette inflammation, qui passe très rapidement à la suppuration ou au sphacèle et qui se termine, au bout de quelques jours, par la septicémie et la mort, a depuis longtemps été notée par les anciens, qui ont désigné sôus le nom de parotidite grave ou seulement de parotides cette inflammation secondaire, spécifique et le plus souvent infectieuse des glandes salivaires.

Le mécanisme de leur production comme leur raison d'être étiologique ont échappé jusqu'à ce jour à tout essai d'interprétation.

Nous verrons ce qu'il nous est permis d'en penser quand nous aurons étudié les oreillons, véritable intermédiaire, par sa nature probablement infectieuse et son extrême bénignité habituelle, entre la parotidite simple, et les parotidites graves.

Grisolle n'hésite pas à définir les oreillons : « un engorgement inflammatoire du tissu cellulaire de la région parotidienne 1 » .

La suppuration de la parotide et du tissu cellulaire circonvoisin étant extrêmement rare au cours des oreillons, l'opinion de Grisolle paraît fausse, du moins considérée dans ce qu'elle peut présenter de trop absolu.

Je serais d'un tout autre avis et je partagerais entièrement l'opinion de cet auteur, d'ailleurs fort recommandable, s'il avait fait de l'oreillon une inflammation catarrhale des glandes salivaires, de la parotide en particulier, en conservant au mot catarrhal, non pas l'acception de maladie générale, ce qu'il faudrait d'abord démontrer et ce qui d'ailleurs ne ferait que reculer la difficulté en ajoutant une inconnue de plus au problème à résoudre, mais bien en conservant à ce mot l'acception que lui donnent les auteurs allemands, qui en font le synonyme de : inflammation muqueuse, légère, superficielle, inflammation dont les caractères sont absolument différents de l'inflammation profonde ou parenchymateuse.

Quant à l'œdème périglandulaire, nous pourrons l'interpréter comme dans l'expérience de Ludwig, avec MM. Gornil et Ranvier, de la manière suivante :

« Cet œdème, dont le mécanisme peut être aujourd'hui

1 Grisolle; Traité de Pathologie interne, 9° édition. Paris, 1869.

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parfaitement établi, dépend de ce que la tension du sangdans les vaisseaux capillaires est augmentée à la fois par l'action dilatatrice delà corde du tympan et par la pression produite sur les vésicules par les acini légèrement gonflés, par la rétention du produit de sécrétion.

«C'est là une expérience analogue à celle qui consiste à lier la veine-cave inférieure et à couper le nerf sciatique pour amener l'œdème du membre abdominal correspondant.»

«Cette expérience est intéressante en ce qui regarde l'explication de certains phénomènes pathologiques qui se produisent dans les glandes salivaires, et en particulier dans la parotide, dans la maladie connue sous le nom d'oreillons.

«Cette maladie, caractérisée par un gonflement considérable et rapide, ne peut être expliquée que par un phénomène vaso-moteur analogue à celui que nous produisons à volonté sur la sous-maxillaire du chien. Mais, comme les oreillons sont contagieux, il est probable que l'irritation qui détermine l'œdème actif de la parotide est produite par un microbe parasitaire.

«Celui-ci, qui a été observé dans le sang des individus atteints d'oreillons et cultivé par M. Pasteur, s'insinue probablement tout d'abord dans le canal de Sténon, végète dans les conduits et culs-de-sac glandulaires et vient exciter par sa présence, soit les dernières terminaisons nerveuses, soit les nombreuses cellules ganglionnaires comprises dans l'épaisseur de la glande. Il se multiplierait ensuite dans le sang en produisant une maladie générale fébrile1».

Le rôle dévolu au microbe dont parlent MM. Cornil et Ranvier ne pourrait-il pas l'être aussi logiquement à ceux dont MM. Capitan et Charrin ont signalé l'existence dans le sang de malades atteints d'oreillons, et que M. Laveran 2

1 Cornil et Ranvier; Histologie pathologique, 1882, lom. II, pag. 249.

2 Laveran ; art. Oreillons, in Dict. Ency'cl. des Se. méd.

déclare être absolument identiques aux micro-organismes contenus à l'état normal dans la sécrétion salivaire? (V.

Première Leçon.)

La rétention de cette sécrétion par le mécanisme précédemment indiqué ne nous rendrait-elle pas suffisamment compte de la présence dans le sang de ces microbes pathogènes ?

L'envahissement simultané ou successif des deux parotides ou de plusieurs glandes salivaires ne pourrait-il pas être attribué à une suppléance fonctionnelle destinée à entraîner l'élimination de ces éléments parasitaires?

L'envahissement de la plupart des autres glandes (ovaire, testicule, mamelle) ne vient-il pas encore corroborer cette manière de voir? Ne doit-on pas voir là l'essai d'une élimination hétérotopique ?

Enfin, cette opinion ne trouve-t-elle pas, en ce qui concerne le testicule (orchite omiienne), une confirmation plus grande encore dans ce fait que, contrairement à ce qui se passe dans la blennorrhagie, la manifestation ourlienne testiculaire laisse presque toujours V épiclidyme intact (Grisolle), tandis que le parenchyme est pour ainsi dire constamment intéressé?

N'est-il pas permis de voir là une sécrétion pathologique d'origine sanguine, ou, si l'on préfère, de cause générale, plutôt qu'une propagation de l'inflammation, comme dans le cas d'uréthrite, spécifique ou non, l'inflammation étant dans ce dernier cas pour ainsi dire arrêtée par l'épididyme et circonscrite à la partie excrétante du testicule ?

Dans cette hypothèse, il resterait à élucider un point aussi intéressant à résoudre que les précédents : c'est la question de savoir comment des produits de sécrétion normale peuvent devenir des éléments d'infection et surtout de contagion, grâce au nouveau milieu dans lequel ils se trouvent placés.

Si la chose n'a pas été reconnue impossible, elle attend

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du moins la démonstration qui jusqu'à ce jour lui a fait défaut.

Quel que soit le mécanisme suivant lequel cet élément parasitaire, développé dans l'organisme ou venu de l'extérieur, pénètre dans la circulation générale, il n'en est pas moins vrai que l'analogie entre les fièvres éruptives et les oreillons est complète , ce qui a valu à cette dernière, comme le fait judicieusement remarquer M. le professeur Dieulafoy ' , le nom de febris testicularis de Morton.

Les causes les plus communément invoquées comme susceptibles de produire la maladie que nous étudions, sont: le froid (Rochard), l'humidité, mais aussi et surtout le génie épidémique.

Habituellement bénigne, elle revêt pourtant, dans quelques cas, un certain degré de gravité.

Grisolle signale, dans son cours, certains états typhoïdes ; Trousseau, des accidents cérébraux redoutables, qu'ils ont attribués et qu'on a imputés après eux à de véritables métastases.

Ce phénomène est loin d'être interprété de nos jours comme il l'était à l'époque même à laquelle écrivaient ces auteurs.

Gela ressort de la manière la plus évidente de la remarquable Thèse d'agrégation de M. le Dr Quinquaud sur ce sujet2.

Le traitement diffère, on le conçoit sans peine, suivant qu'on se trouve en présence d'une parotidite simple, d'oreillons ou de parotides (parotidite grave).

La parotidite simple sera combattue à l'aide de moyens résolutifs ou antiphlogi^tiques , calmants ou émollients locaux (fomentations à l'huile de camomille camphrée, cataplasmes laudanisés, onguent napolitain belladoné).

■ Dieulafoy; Manuel de Pathologie interne, 1884. 3 Quinquaud; Des Métastases. Th. d'agrég., 1880.

Dans la parotidite grave, aûx émollients et résolutifs locaux, il faudra ajouter des toniques et antiseptiques généraux.

Dans les deux cas, aussitôt la suppuration produite et surtout la fluctuation constatée, on ouvrira le foyer purulent avec toutes les précautions nécessitées par l'importance des vaisseaux et des nerfs de la région.

On devra recourir aux pansements antiseptiques les plus scrupuleux et les plus sévères.

Mais c'est surtout l'état local (stomatite) ou général (fièvre typhoïde, etc.), au cours duquel sera survenue la tuméfaction, bénigne ou maligne, de la parotide, qui sera combattu parles moyens habituellement mis en usage.

Ce qui semble rendre les parotides plus graves dans la fièvre typhoïde et la plupart des maladies infectieuses au cours desquelles on les voit apparaître, c'est l'encombrement de l'organisme et de la plupart des émonctoires, des reins en particulier, par des micro- organismes ou des substances nocives, extractives ou non, dont l'élimination est des plus utiles et des plus nécessaires, comme l'a surabondamment démontré M. le Dr A. Robin1 .

Quant aux oreillons, on n'a pas suffisamment, à mon avis, dirigé contre eux un moyen pourtant tout naturellement indiqué par sa spécialité d'action sur les glandes salivaires.

Je veux parler du jaborandi et des sels depilocarpine, que j'ai vus, dans certains cas, rendre les plus grands services-.

1 A.Robin; Leçons de Clinique et de Thérapeutique médicales. Paris, 1887.

2 L. Dupré ; Le Jaborandi, et la Pilocarpine, in Montp. mèd., 1881.

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