‹ Maladies de l'appareil digestifChapitre 16 sur 29 · GLYCOSURIE. — DIABÈTE SUCRÉ : SES DIFFÉRENTES FORMES · texte numérisé non relu

GLYCOSURIE. — DIABÈTE SUCRÉ : SES DIFFÉRENTES FORMES

On a voulu de tout temps distinguer, et de nos jours on distingue encore, la glycosurie du diabète.

Ce n'est pas sans raison, comme je vous l'ai déjà fait entrevoir. En effet, la glycosurie alimentaire, par exemple, peut survenir sans lésion pancréatique même fonctionnelle ou dynamique, tandis que le diabète sucré implique toujours, d'après ma tbéorie, l'existence d'une lésion macroscopique, microscopique ou simplement fonctionnelle du pancréas.

Je n'insisterai pas davantage sur la glycosurie alimentaire, d'ailleurs rarement observée, et dont la disparition s'obtient parla suppression de l'excès de substance sucrée ou amylacée, habituellement ou momentanément ingérée.

Ce n'est pas seulement à ce que je viens de désigner devant vous sous le nom de glycosurie, que cette appellation a de tout temps été appliquée.

Il en a été ainsi toutes les fois que ce symptôme a été observé momentanément et d'une façon transitoire, à un faible degré (de quelques grammes à 60 ou même 100), d'une manière fugace, parfoismême intermittente (D. in termittent, Burdel, Verneuil).

Ici, des distinctions me paraissent nécessaires à établir et quelques développements utiles à donner.

Dès l'instant où le pancréas n'est, dans ces circonstances,

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le siège d'aucuns lésion apparente macroscopique ou même microscopique; dès l'instant où, comme dans les traumatismes du crâne ou du rachis et l'excitation expérimentale du pneumogastrique, la glycosurie transitoire que l'on observe paraît liée à un simple trouble fonctionnel de la glande, trouble d'origine purement nerveuse, on peut, à la rigueur, conserver à ce symptôme, et dans ces cas, le nom de glycosurie, à la condition toutefois de la qualifier de pathologique, en opposition avec la glycosurie alimentaire, que l'on pourrait appeler physiologique et dont je vous ai - déjà parlé. L'existence dè celle-ci n'implique nullement celle d'une lésion du pancréas.

Dans ce groupe de glycosuries pathologiques paraissent devoir être comprises la glycosurie intermittente se produisant sous l'influence de l'impaludisme et seulement au moment de l'accès, la glycosurie nerveuse traumatique, ainsi que celle que l'on peut rencontrer dans l'asphyxie toxique par action nerveuse paralysante 1 .

Mais c'est surtout le diabète gras que l'on a, de nos jours encore, beaucoup trop de tendance à confondre avec la glycosurie.

Outre la distinction précédente, il est nécessaire ici d'en établir de nouvelles.

Le diabète, disent les auteurs classiques et M. le professeur Jaccoud lui-même, est essentiellement caractérisé par la glycosurie, la polyurie, la polydipsie, la polyphagie, enfin l'autophagie.

Nous accepterons volontiers la polyurie, la polydipsie et la glycosurie.

Toutes les fois en effet que celle-ci existe, c'est à la condition de produire les précédentes. Elles sont entre elles habituellement en rapport direct.

Mais, de même que la polydipsie et la polyurie peuvent

1 Dreyfus-Brisac ; Asjihyxies toxiques. Thèse d'Agrégation, 1883.

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exister sans glycosurie et pour bien d'autres motifs différents (V. Polydipsie), de même celle-ci, lorsqu'elle se produit, s'observe à des degrés divers, suivant les individus, les causes qui la déterminent, leur ancienneté, leur gravité, etc.

C'est donc la glycosurie, et elle seule, qui peut mettre sur la voie du diagnostic.

L'examen des urines doit être pratiqué pour les vingtquatre heures ; la quantité de liquide rendu et de glycose urinaire éliminé sera notée pour le même temps.

Cette analyse doit être faite, sinon tous les jours, ce qui serait infiniment préférable, du moins deux ou trois jours consécutifs ; puis, suivant les circonstances au milieu desquelles se trouvent placés et le malade et le médecin, elle doit être renouvelée au moins tous les mois, sinon tous les quinze jours, à la condition de la faire, encore, deux ou trois jours de suite pour ne pas être dupe d'un abaissement de chiffre du glycose éliminé, pouvant tenir à mille circonstances diverses et accidentelles (diarrhée, formation d'épanchements, d'œdème, d'anasarque, etc.), mais aussi et surtout au régime alimentaire des vingt-quatre heures, correspondant aux urines recueillies.

La glycosurie demande à être cherchée avec le plus grand soin.

Si, avec une très grande habitude, on peut facilement arriver à en soupçonner l'existence chez un malade, on n'est en droit d'affirmer qu'après examen chimique du liquide urinaire.

Il ne suffit pas de savoir qu'un malade a de la glycosurie, il faut encore être fixé sur le degré de celle-ci.

A l'analyse qualitative de l'urine doit s'ajouter l'analyse quantitative, du moins en ce qui concerne le glycose éliminé.

De cette façon, on peut tous les jours, toutes les semaines,

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tous les quinze jours ou tous les mois, dresser la courbe de la glycosurie et se rendre compte, non seulement du degré delà maladie, mais encore des modifications (amélioration ou aggravation) survenues du fait môme de la glycosurie.

La polyphagie est assez souvent observée chez les diabétiques ; mais il suffit d'avoir une dilatation de l'estomac pour être polyphage.

Ce symptôme est donc moins important que les précédents .

Quant à Yaulophagie, si elle existe dans le diabète maigre, comme son nom l'indique suffisamment, elle fait défaut dans le diabète gras et à plus forte raison dans les glycosuries physiologique et pathologique, dont nous avons déjà parlé.

Sans tenir compte de ces dernières, on voit que dans le diabèle on ne rencontre pas nécessairement tous les symptômes signalés par les auteurs classiques.

La réunion de ces symptômes s'observe principalement dans le diabète maigre.

Il est vrai que pour certains auteurs il n'y a de véritable diabète que celui-là.

Il y a là une confusion regrettable, à mon avis, et qu'il serait bon de faire à jamais disparaître du langage médical.

La distinction entre le diabète maigre et le diabète gras a été bien établie par M. Lancereaux et par son élève M. Lapierre.

Pour ces auteurs, le diabète maigre, nousl'avons ditplus haut, est caractérisé par une glycosurie intense (de 100 à 200 gram. jusqu'à 600, et même plus, dans les vingt-quatre heures — j'ai observé, pour mon compte, le chiffre énorme de 650 gram.), unepolydipsie et une polyurie considérables (ces symptômes sont habituellement en rapport direct avec le degré de la glycosurie), enfin une émaciation extrême (d'où le nom donné à la maladie), véritable cachexie bientôt terminée, par la mort, après un ou deux ans de durée, le

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