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MALADIES DE LA RATE

La rate est un des organes les plus importants de l'économie : c'est pourtant un de ceux dont la pathologie reste, de nos jours, la plus obscure.

Si nous connaissons, en effet, au point de vue de l'anatomie pathologique, les diverses altérations qui peuvent s'y développer, il s'en faut de beaucoup que nous soyons aussi avancés relativement à ses fonctions, à son siège précis, à son exploration clinique, à la constatation, du vivant de l'individu, de l'existence de telle ou telle des maladies qu'on peut y rencontrer.

Sans être édifié, comme nous pourrions le désirer, à ces divers égards, nous le sommes assez toutefois — pour la rate plus encore que pour le pancréas, dont nous avons cependant étudié la pathologie — pour nous y reconnaître suffisamment, et cela, à la condition, toutes les fois que le malade accusera une douleur siégeant au niveau des dernières côtes gauches, d'avoir présent à l'esprit que c'est là le siège de la rate ; de songer, en un mot, à cet organe, quelle que soit d'ailleurs la maladie au cours de laquelle ces douleurs sont accusées et que l'on attribue beaucoup trop souvent, sans raison suffisante, à une névralgie intercostale, à une pleurodynie, à un point pleurétique, etc.

En temps ordinaire, en effet, on ne songe à cet organe que lorsqu'on se trouve en présence d'un individu atteint de fièvres intermittentes ou les ayant eues antérieurement, d'un malade porteur de nombreuses tufneursganglionnaires, disséminées à la surface du corps, principalement dans les points où les ganglions sont tassés, ramassés, agglomérés à l'état normal (pli de l'aine, creux de l'aisselle, région cervicale, olécrâne, etc.), ou en face d'une fièvre grave, typhoïde, par exemple.

Et pourtant, en dehors de ces cas, il en est bien d'autres dans lesquels on pourrait constater certains phénomènes anormaux du côté de la rate, si l'on savait diriger vers elle son attention et les moyens d'investigation clinique dont nous disposons.

Ne savons-nous pas en effet, depuis Virchow, que la leucocythémie peut être exclusivement splénique et ne s'accompagner d'aucun engorgement ganglionnaire, périphérique ou profond ?

Ne savons-nous pas que dans certaines lésions du foie (cirrhoses en particulier), la rate, ce diverticulum de la circulation porte, peut acquérir des proportions véritablement colossales ?

J'ai vu un malade atteint de cirrhose hypertrophique avec ictère, ne se plaindre que des douleurs dues à la distension énorme de la rate (V. première Leçon), douleurs dont le siège contrastait précisément beaucoup avec la localisation principale et primitive du mal, révélée depuis près de deux ans par l'ictère.

Ne savons-nous pas que dans certaines maladies des poumons ou du cœur, toutes les fois, en un mot, que survient le foie cardiaque, on peut observer, pour les mêmes raisons, auxquelles vient s'ajouter l'ampliation plus facile encore de la rate, un état particulier de cet organe qui, analogue à celui du foie, mérite comme lui la qualification de cardiaque?

A eôtédu foie et du rein cardiaques, on doit décrire, vous disais-je dans ma première Leçon de cctle année, une rate cardiaque.

Ne savons-nous pas que dans certaines lésions plus rapprochées encore de la rate que ne le sont celles du foie, des poumons et du cœur, dans celles qui siègent plus particulièrement sur la veine porte, comme il en a été observé tout récemment un remarquable exemple dans le service de M. le professeur Grasset1, ne savons-nous pas que la rate peut acquérir des proportions énormes ?

Ne savons-nous pas enfin, de par l'anatomie pathologique, que les altérations les plus diverses (infarctus, parasites, anomalies, tubercules, cancer2) peuvent être observées du côté de cet organe ?

Et pourtant savons-nous en préciser les limites normales, en reconnaître suffisamment et en diagnostiquer les lésions? Certainement non.

Sans doute, le vague qui entoure les notions physiologiques que nous avons sur la rate est pour beaucoup dans celui qui obscurcit encore sa pathologie.

Pour si incomplètes que soient ces notions, elles nous paraissent pourtant de nature à être utilisées pour le diagnostic et le traitement des maladies spléniques.

Une première chose à faire, dont l'importance n'échappera à personne, consiste à assigner à cet organe un siège normal, des limites physiologiques, afin de reconnaître, étant données ces conditions, ce qui devient pathologique et anormal.

Nous verrons ensuite s'il existe des signes généraux à l'aide desquels on pourra reconnaître ses altérations ainsi que l'influence exercée par celles-ci sur l'organisme, qu'elles se soient produites primitivement ou au contraire consé-

1 Grasset ; Rev. générale de Clinique et de Thérapeutique, 5 mai 1887. 1 Idem; Cancer de la rate, in Montp. médical, 1873.

cutivement, et à la suite d'autres maladies locales ou générales, ce qui est le cas de beaucoup le plus commun.

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