‹ Maladies de l'appareil digestifChapitre 23 sur 29 · HYPERTROPHIE DE LA RATE. — ATROPHIE SPLÉNIQUE · texte numérisé non relu

HYPERTROPHIE DE LA RATE. — ATROPHIE SPLÉNIQUE

La première question qui doive se poser ici est celle de savoir s'il existe une véritable hypertrophie de la rate. Il ne répugne pas de l'admettre, sans que pourtant il soit facile ou même possible de le démontrer directement.

L'hypertrophie se distinguerait, comme son nom l'indique suffisamment, de la simple augmentation de volume, ou hypermégalie, en ce que, dans le premier cas, les éléments nobles et normalement constitutifs de l'organe auraient subi un surcroît de développement ou une augmentation de nombre, tandis que dans l'hypermégalie seule, l'augmentation plus ou moins considérable de volume de l'organe mériterait d'être rapprochée de celle qu'on rencontre dans l'hypertrophie.

Quant aux autres caractères anatomo ou physiologicopathologiques, ils se distingueraient complètement les uns des autres et ne présenteraient rien, je ne dirai pas de semblable, mais même d'analogue.

Je mentionnerai simplement la dilatation splénique plus ou moins permanente, résultant d'une lésion hépatique ou cardiaque droite, primitive ou consécutive aux lésions pulmonaires ou cardiaques gauches.

Nous verrons bientôt que certaines altérations du système porte, et en particulier l'occlusion do ces vaisseaux par

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compression ou lésion intravasculaire, peuvent aboutir au môme résultat, ce qui s'observe assezfréquemmentenmoinr temps que le symptôme riêmaiémêse, dans ces conditions.

Mais l'augmentation pathologique du volume de là rate tient parfois à la production, dans l'intérieur ou l'intimité de son tissu, de produits pathologiques divers, tels que infarctus, kystes parasitaires ou non, néoplasmes d'une manière encore plus générale.

Ce ne sont pas ces divers états, on le concevra sans peine, que j'ai l'intention d'englober sous le titre d'hypertrophie splénique.

Il en sera tout autrement de l'hypertrophie que l'on observe dans la fièvre intermittente, hypertrophie active que l'on pourrait appeler fonctionnelle et qui, dans une certaine mesure, mériterait d'être comparée à celle qui se produit au cours de la digestion, à cette différence près que l'une est pathologique quand l'autre est physiologique, sans qu'il nous soit permis de pénétrer les raisons étiologiques et encore fort obscures de l'une ou de l'autre.

Il en est à fortiori de même de l'hypertrophie de la rate que l'on rencontre dans cette forme de la leucocythémie à laquelle M. le professeur Virchow a donné le nom de leucocythémie splénique ou liénale.

Ici, l'hypertrophie paraît d'autant plus réelle que les fonctions de l'organe semblent exagérées. Elles le seraient même singulièrement dans certains cas.

Cette exagération se traduirait par la leucocythémie. La première serait en rapport de degré avec la seconde.

Mais pourquoi cette exagération de fonctions ?

Y aurait-il ou non une relation à établir entre elle et l'existence antérieure chez le sujet de fièvres intermittentes?

Quelle serait, en un mot, la cause de cette hypertrophie, ou, si l'on préfère, de cet excès de fonctionnement?

Quelle est, de la fonction accrue ou de la lésion, celle qui précède l'autre?

iiYPEnrnoi'HiE de la rate. — atrophie Splénique. 273

On a dit, et l'on répète encore bien souvent en médecine, que la fonction fait L'organe.

C'est pour ce motif que, chez les boulangers les muscles des bras et du thorax, chez les marcheurs (facteurs ruraux) les muscles des jambes, offrent un développement considérable.

Il en est de même, nous le savons, pour le cœur.

Les auteurs (Jac.coud) reconnaissent en effet, et avec raison, l'existence de ce qu'ils appellent une hypertrophie cardiaque fonctionnelle, survenant par le fait et à la suite de simples palpitations nerveuses, chez les hystériques, par exemple, mais surtout chez les nerveux, les anémiques, les chlorotiques.

La rate mérite, dans une certaine mesure, d'être rapprochée des organes contractiles et musculaires que nous venons de mentionner.

Et si l'on nous objectait que les fibres musculaires qu'elle contient sont des fibres lisses, auxquelles par conséquent il serait injuste ou exagéré d'appliquer le raisonnement que nous venons de formuler au sujet des fibres striées de la vie de relation ou de la vie végétative, nous ferions remarquer aussitôt que la loi est générale, et applicable, non seulement à la rate, mais encore à l'estomac, à l'intestin, comme nous l'avons vu ailleurs, à la vessie, etc., etc.; enfin à tout organe creux contractile dont le contenu peut à un moment donné, par sa quantité ou sa nature, devenir le point de départ de contractions tantôt physiologiques, tantôt pathologiques de cet organe.

Mais, de même que la vessie distendue par l'urine, si elle n'est vidée à temps au moment où se fait impérieusement sentir le besoin de la miction, peut ensuite, par dilatation excessive, par paralysie résultant de la distension exagérée de ses parois, dont l'élasticité normale a étévaincu'e, se refuser à expulser son contenu et nécessiter, comme cela s'observe journellement, l'intervention du cathétérisme et de la sonde ; de même, dans l'organe splénique,

— et l'on doit toujours avoir celle idée présente à l'esprit

— la distension peut ne pas dépasser les limites physiologiques de l'élasticité de l'organe, comme aussi aller au delà, et, môme dans certains cas, produire la rupture de la rate 1 .

Si, dans une certaine mesure, on conçoit sans trop de difficulté que la quantité du contenu splénique puisse agir comme nous venons de l'indiquer, et produire, suivant les cas, tantôt une exagération de contraction, tantôt une véritable paralysie des fibres musculaires qui président normalement au retrait physiologique de l'organe, il sera peut-être plus difficile de se rendre compte de l'excitation fonctionnelle développée sous l'influence, non plus de la quantité, mais de la qualité de ce même milieu.

Nous avons vu précédemment le rôle important dévolu aux albuminoïdes dans les provocations fonctionnelles qu'ils exercent sur le système lymphatique en général et l'organe splénique en particulier.

Les substances solubles et les peptones sont principalement absorbées dans les parties supérieures de l'appareil digestif sous-diaphragmatique2, c'est-à-dire dans l'estomac lui-même et les premières parties de l'intestin grêle.

Ces substances, salines ou albuminoïdes, ne tardent pas à venir dans la rat et y subir diverses métamorphoses qui doivent les rendre assimilables, soit à l'état de globules sanguins, soit sous toute autre forme.

De là, la formation de substances zymatogènes et en particulier de celle qui, élaborée par le pancréas, doit donner naissance à la pancréatine (V. plus haut) ; de là, probablement aussi, la formation d'une substance zymatogène commune, que modifient, suivant leurs besoins et les fonctions spéciales qui leur sont plus particulièrement dévolues, la plupart des glandes à ferment de l'économie

1 Martin ; Ruptures de la raie. Thèse de Montpellier, 1S77. 1 Ewald; toc èît\

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et principalement celles qui sont annexées au tube digestif dans son ensemble ou développées dans l'épaisseur même de ses parois.

Qu'il se produise un état pathologique de la nature de ceux que l'on est convenu de désigner sous le nom de maladies infectieuses, maladies à ferments ou à microbes, telles que la fièvre typhoïde, la plupart des fièvres éruptives, la septicémie, l'érysipèle, l'infection purulente ou putride, et la rate, plus que tout autre organe, sera l'aboutissant principal du travail pathologique.

Il en sera de même dans les fièvres intermittentes.

La pathologie, ou la clinique, si l'on préfère, semble ici devoir éclairer la physiologie.

Virchow nous a en effet démontré l'existence d'une leucocythémie liènale, et l'observation des malades nous révèle tous les jours, dans les conditions précitées, la participation plus grande, sinon la prédominance, des lésions spléniques comparées à celles des autres organes.

L'état du sang jouerait par rapport à la rate un rôle égal ou identique à celui que joue à l'égard des ganglions lymphatiques généraux la nature du liquide qui y est apporté par les vaisseaux lymphatiques afférents.

Ce liquide participe, on le sait, de la nature des altérations qui siègent sur le trajet ou à l'origine de ces vaisseaux (syphilis, chancre mou, lésion inflammatoire, cancéreuse, etc.).

La rate constitue, vis-à-vis des principes nuisibles introduits dans le sang, une barrière, ou plutôt un organe destructeur ou modificateur, quelquefois même simplement emmagasinateur. Ces substances nocives, elle ne les livre, en fin de compte, et par l'intermédiaire du système porte, qu'au foie, organe essentiellement protecteur à l'égard de l'organisme et dont les fonctions préservatrices et essentiellement destructives ou atténuantes des substances nocives ou toxiques ont été de tout temps recon-

nues (arsenic, morphine (Bail), phosphore, strychnine par exemple), mais plus particulièrement mises en lumière dans ces derniers temps par M. le professeur Ch. Bouchard dans ses remarquables Leçons sur les Auto-intoxications dans les maladies (1887).

L'organe hépatique, comme nous le verrons plus loin, emmagasine ces substances, les transforme, les modifie et ne les livre que très lentement, et à dose infinitésimale, à la circulation générale. Il les rejette parfois avec la bile — véritable émonction spléno-hépatique — dans l'intestin grêle, où, à moins d'une solubilité extrême qui aurait déjà donné lieu à une diffusion et à une mort rapides, ce qui n'a pas été le cas, ces substances sont reprises par l'absorption pour être de nouveau reconduites au foie et y subir les mêmes transformations, puis le même circuit, jusqu'à élimination complète par les urines ou par les fèces.

Pendant tout ce temps, l'économie est ainsi mise en mesure de se défendre, et ce n'est que lorsque des lésions incurables se sont produites ou qu'une intoxication générale a eu lieu, que l'organisme succombe.

Mais, même à ce moment et pendant tout le temps que dure la lutte entre la maladie, qui envahit, et l'organisme, qui se défend, l'appareil hépato-splénique joue ce rôle protecteur et d'émonction que nous venons de lui reconnaître , rôle souvent salutaire, surtout lorsqu'il est secondé par une bonne thérapeutique, hygiénique et médicamenteuse, surtout enfin lorsque le terrain est propice et que le malade n'est pas débilité par des maladies antérieures ou concomitantes.

Ce rôle est parfois impuissant, il faut le reconnaître ; mais il n'en indique pas moins, et les efforts de la nature et la voie que doit suivre la thérapeutique, et, ajoutons-le aussitôt, les conditions défavorables à l'établissement d'une résistance, spontanée ou provoquée, suffisante et décidément curatrice.

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