HYPERTROPHIE DE LA RATE — ATROPHIE SPLÉNIQUE
Nous avons vu do quelle utilité était, en présence d'une splénomégalie, l'examen clinique du foie, des poumons et du cœur ; nous y ajouterons (et nous aurions pu commencer par là) celui du système porte.
Lorsque ces recherches ne feront rien découvrir, du côté de ces différents organes, qui soit susceptible d'expliquer l'hypermégalie splénique, on devra songer, surtout si la fièvre existe, à ces divers états qualifiés d'infectieux, au premier rang desquels figurent la fièvre typhoïde et les fièvres paludéennes ou intermittentes, la malaria, en un mot, mais aussi la plupart des fièvres graves ou éruptives, l'infection purulente, l'érisypèle, etc. Bien des maladies chirurgicales ou même médicales et plus particulièrement digestives, en ouvrant la porte à une infinité de micro-organismes contenus dans l'atmosphère ou clans le corps humain lui-même, soit normalement, soit au contraire d'une façoD passagère et anormale, deviennent le point de départ du plus grand nombre des états pathologiques contenus dans rénumération précédente.
Lorsque, en présence d'une splénomégalie sans fièvre, sans lésion des organes précédemment cités, sans antécédents paludéens, on en notera de syphilitiques, ce sont eux qui devront faire la base à peu près exclusive des indications thérapeutiques principales.
Quelquefois l'existence antérieure de la fièvre typhoïde, chez le sujet observé, semblera devoir à elle seule donner les raisons étiologiques et pathogéniques de la splénomégalie.
Récemment, il m'était donné de voir un malade de Paris, âgé de 33 ans, qui présentait un développement splénique tel que la matité due à cet organe occupait tout le côté gauche de l'abdomen, dépassant l'ombilic vers la droite de 2 ou 3 centim. environ et suivant une ligne allant du sternum au pubis.
Supérieurement, la matité commençait au niveau de
la 9° côle gaucho, elio était surmontée do la sonorité gastrique; intérieurement, elle s'arrêtait vers le milieu de la fosse iliaque correspondante.
Ce malade avait eu dans son enfance, à l'âge de 6 mois, une fièvre muqueuse (?) ; à 20 ans, la syphilis, qu'il avait mal soignée ; enfin, depuis sept mois, cette rate énorme pour laquelle il était entré à l'hôpital Beaujon.
N'ayant vu M. X.... qu'entre deux trains, je ne pus, à mon grand regret, pratiquer l'examen du sang, mais je découvris l'existence d'un engorgement ganglionnaire et lymphatique à peu près généralisé.
Ce malade, soldat de 20 à 25 ans dans les chasseurs d'Afrique, où il n'a jamais eu les fièvres intermittentes, avait été ensuite employé pendant quelque temps chez un négociant en vins; après quoi, étant concierge et facteur à Paris, il avait dû fatiguer beaucoup, d'abord à cirer des appartements, ensuite à marcher dans la capitale. C'est à cette fatigue qu'il attribue lui-môme sa maladie.
Nous serons de son avis, à la condition toutefois de ne pas négliger le rôle important joué par la syphilis1.
I X..., au début de sa maladie, avait été déclaré atteint de pleurésie gauche par deux médecins qui le virent successivement. Un troisième, plus heureux, ancien interne des hôpitaux de Paris, porta le diagnostic de splénite ou péri-splénite.
II entra alors à l'hôpital Beaujon, où il suivit un traitement arsenical et hydrothérapique. Une ponction fut même faite dans la rate et ne donna issue qu'à quelques gouttes de sang. L'examen microscopique de ce liquide ne fut pas fait.
Entré dans un service chirurgical, le malade en sortit, sur l'affirmation du chef de service qu'il n'y avait pas d'opération à faire.
C'est à la suite de cette dernière consultation que je le vis à Montpellier-
Je n'ai pas encore pu obtenir l'examen du sang de ce malade.
Les urines ne contiennent ni sucre ni albumine.
Actuellement, il existe de la mydriase unilatérale (œil droit) et de la diplopie.
Son médecin traitant, de qui je tiens tous ces renseignements et qui le premier avait eu l'attention attirée du côté de la rate, a pleinement accepté mon diagnostic de syphilis viscérale, dont il n'avait jamais été question jusque-là.
Il va sans dire que le traitement a été institué en conséquence.