‹ Maladies de l'appareil digestifChapitre 9 sur 29 · ASIALIE. — RATE ET SALIVE · texte numérisé non relu

ASIALIE. — RATE ET SALIVE

sujet do ces relations existant à l'état normal ou à l'état pathologique, entre les lymphatiques d'une part et la rate de l'autre; j'aurai d'ailleurs à y revenir ultérieurement avec plus de détails quand je m'occuperai de la pathologie spéciale à cet organe.

Il me faut à présent vous démontrer l'exactitude de la seconde partie du problème que je me suis proposé de résoudre ici devant vous.

Je veux parler des relations intimes qui unissent la rate, au pancréas d'abord, au système glandulaire et sécréteur tout entier ensuite, mais en particulier aux glandes de l'appareil digestif et principalement aux glandes salivaires.

C'est encore la physiologie et la clinique qui me serviront à vous démontrer la vérité de ce que j'avance.

« Schiff a conclu de ses nombreuses expériences, confirmées par celles de Herzen, dit M. le professeur Beaunis, que la rate jouait un rôle essentiel dans la formation du ferment pancréatique ; pour que le pancréas se charge de ferment et fournisse un liquide capable de digérer les substances albumino'ïdes, il faut que les produits de la digestion (peptones) absorbés dans l'estomac soient modifiés par la rate 1 . »

Je n'ai pas à vous rappeler ici ni les célèbres expériences de Schiff, ni celles de Herzen, pas plus d'ailleurs que les intéressantes recherches de Heidenhain à ce sujet, pour le détail desquelles je vous renverrai à vos ouvrages classiques de physiologie et en particulier au remarquable traité de M. le professeur Beaunis2.

« Il n'a pas été fait jusqu'ici, ajoute cet auteur, de recherches spéciales sur la formation du ferment diastatique et du ferment de la graisse y).

Nous regretterons, avec le savant professeur de la Faculté de Nancy et autant que lui, cette lacune qui nous est présentée parla physiologie, et nous nous demanderons de suite si,

1 Beaunis ; Physiologie humaine, 2° édit. Paris, 1881, pag. 696.

2 Beaunis; Eodem loco, pag. 696 et 697 du tom. I.

en attendant la solution réservée clans un avenir plus ou moins prochain à ces problèmes aussi intéressants et aussi utiles à résoudre, il ne nous serait pas permis d'ores et déjà, à l'aide de certains principes fondamentaux généralement admis, de poser quelques jalons susceptibles de nous fournir l'interprétation de certains faits physiologiques, mais surtout pathologiques, pour en faire découler quelques déductions pratiques de premier ordre.

Je suis amené, pour ainsi dire malgré moi, à vous dire quelques mots des fonctions de la rate, sur lesquelles j'aurai plus tard à revenir avec détails quand je m'occuperai de sa pathologie spéciale.

Étant donnée la nécessité clans la ruelle se trouve le pancréas de recevoir, pour que sa sécrétion soit normale, des substances albuminoïdes (peptones) modifiées dans la rate après absorption préalable dans l'estomac ; étant donnée cette condition indispensable à la formation normale et suffisante du ferment pancréatique des albuminoïdes, ne pourrait-on pas généraliser ce principe à la totalité des ferments digestifs diastatiques ( salivaire , pancréatique , inversif de l'intestin) et des graisses, et cela, sans compromettre ou atténuer en aucune façon le rôle spécialement dévolu à telle ou telle glande en particulier à l'égard de la formation de tel ou tel d'entre eux?.

« Malgré les assertions contraires de Gohnheim et de Schiff, dit M. Beaunis en parlant des ferments solubles de l'organisme, il paraît certain qu'ils sont azotés et qu'ils appartiennent au groupe des substances albuminoïdes'.» Or, d'après le même auteur, «les albuminoïdes s'emmagasinent dans les organes lymphoïdes (rate et ganglions lymphatiques)2» .

Enfin, non seulement les physiologistes reconnaissent à la rate son influence sur la formation du ferment pan-

1 Beaunis ; loc.cit., pag. 188.

2 IbicL, pag. 590.

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creatique et sur celle de Vurée, non seulement ils lui attribuent un rôle important dans la réserve organique des substances albuminoïdes et comme diverticulum de la circulation abdominale, mais encore, ainsi que nous le verrons plus loin, dans la destruction de certains globules rouges et dans la formation au contraire d'autres globules rouges et de bien des globules blancs1.

Ce rapport que la physiologie permet d'établir entre la rate d'une part, le pancréas et les glandes salivaires d'autre part, me parut de la plus grande évidence dans un cas encore inédit et que j'ai observé en 1880, danslequel, avec des ulcérations intestinales peu nombreuses (trois dans l'intestin grêle, quatre ou cinq dans le gros intestin), je rencontrai une rate des plus volumineuses (18 centim. de haut sur 13 de large) et une parotidite suppurée gauche survenue dans les derniers jours de la maladie (F. typhoïde ?) .

On remarquait sur la rate, à sa périphérie, affectant la forme pyramidale et à sommet dirigé vers le hile de l'organe, six foyers d'un blanc caséeux, dont les plus petits étaient de la grosseur d'une noix, les plus gros de celle d'une orange; les premiers consistants et comme marronnés, les seconds diffluents, ramollis et semi-liquides.

Je fus frappé, dans ce cas, de ne trouver avec des ulcérations intestinales si peu nombreuses que des altérations profondes de la rate coïncidant avec la parotidite gauche, absolument analogue„par le liquide qui s'en écoulait, aux foyers spléniques déjà décrits et au liquide blanc roussâtre contenu clans quelques-uns d'entre eux.

Il existait aussi dans ce cas un double épanchement pleurétique qui s'expliquait, ainsi d'ailleurs que la congestion pulmonaire et hépatique concomitantes, par les caillots fibrineux rencontrés dans le cœur, où ils s'étaient formés in extremis.

1 Beaunis ; loc. cit., pag. 873 et 874.

J'ignore quelle solution l'avenir réserve aux problèmes que je viens de soulever et que j'ai tâché de résoudre devant vous.

J'ai tenu toutefois, sans attacher cependant au fait que je vous ai signalé plus d'importance qu'il n'en comporte, à vous montrer que la pathologie et la clinique semblent confirmer l'existence de ces relations étroites que j'ai essayé d'établir entre la rate d'une part et les glandes digestives (pancréatique et salivaires) de l'autre, me basant exclusivement pour cela sur les relations intimes, les seules établies jusqu'à ce jour entre la rate et le pancréas.

L'examen de ce dernier organe, auquel on ne songe pas assez souvent au moment de l'autopsie, n'ayant pas été fait dans le cas qui m'est personnel, je ne puis affirmer qu'il fut intact.

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