I. — Manifestations congestives de l'arthritis
Grand clinicien et observateur, Trousseau voulant réagir contre une espèce de fatalisme qui pesait sur tous les hémoptysiques depuis les affirmations de Laennec et de Louis, avait déjà dit que l'hémoptysie éveille trop fréquemment chez le médecin l’idée de tuberculose, et que « cet accident se rattache aussi souvent à des affections étrangères à la tuberculisation qu'à cette maladie elle-même ». C’est là sans doute une autre exagération ; mais, il n'en est pas
MANIFESTATIONS CONGESTIVES DE L’AKTHIIITIS.
moins vrai que cet accident, — en dehors de l'hystérie, du traumatisme, de quelques affections du poumon, du cœur et des vaisseaux, de la dilatation des bronches, des dérivations lluxionnaires ou hémorragiques — peut être relié à certains états constitutionnels, parmi lesquels Varl/iritis occupe la première place (1).
A ce dernier point de vue, nous allons nous heurter à des affirmations contraires. A côté des sceptiques qui ne veulent pas croire à l’existence de 1’arthril is avec scs innombrables manifestations qui commencent au coryza et à la bronchite pour finir au cancer en passant par l’hémorragie cérébrale, il y a les crédules, qui non seulement partagent le genre humain en arthritiques et scrofuleux, mais qui ont aussi une tendance à voir l'arth ritis un peu partout. Je n'ai la prétention de convaincre ni les intransigeants du scepticisme à outrance, ni les impénitents de la crédulité sans limites, et je ne veux me placer que sur le terrain clinique, abandonnant les discussions oiseuses que cette question soulève toujours.
L'arthritis — décrit encore par Lancereaux sous le nom d'herpétis — est une disposition constitutionnelle féconde en manifestations diverses de nature congestive et à tendance scléreuse. Le mode fluxionnaire qui se manifeste des le plus tendre âge par des épistaxis répétées, des congestions fréquentes vers la muqueuse de l’arbre respiratoire (coryzas, angines, laryngites striduleuses, bronchites), par des dermatoses, des névralgies congestives accompagnées de troubles vaso-moteurs, se traduit encore: chez la femme, à l’époque de la puberté et de la ménopause, par des congestions utérines, des ménorragies ; chez l’adulte et le vieillard, par de flux hémorroïdaires, par des altérations fréquentes
(1) H. Hüchabd, Congrès de V Association française pour l'avancement îles sciences, Rouen, 1883. Dans son Traité de l’arthritisme (1908), df. Grandmaison mentionne également la fréquence des poussées lluxionnaires et des congestions actives chez les arthritiques.
du système cardio-vasculaire, par des anévrysmes miliaires qui donnent naissance aux hémorragies des centres nerveux et surtout du cerveau. Il n'est pas jusqu’à 1 hémophilie qui ne puisse être aussi rattachée à l'arth ritis.
Les manifestations viscérales de la diathèse se font remarquer par la brusquerie de leur invasion et la rapidité de leur disparition, par la mobilité de leurs allures, par leurs relations assez étroites avec les influences barométriques, par une sorte d'alternance avec les fluxions articulaires, par une certaine périodicité presque inexplicable, et aussi quelquefois par leur apparition nocturne.