DEUX MOTS D’HISTORIQUE
oins, la cause de difficultés et de discussions toujours renaissantes. Les théories succèdent aux théories, les doctrines aux doctrines, les classifications aux classifications, les médicaments aux médicaments; on discute depuis bien des années et la solution du problème semble toujours aussi lointaine. Ces difficultés, je les ai consignées autrefois sous forme épistolaire, à la suite d'une communication un peu trop retentissante de Germain Sée à l’Académie de médecine, en 1888 (d). Voici ce que je faisais dire à l’un de mes correspondants :
« Me voici fort perplexe. Les maladies de l'estomac sont fréquentes dans la clientèle, et c'est peut-être une des nombreuses raisons qui ont fait éclore tant de théories sur ce sujet. En tout cas, sans parler des difficultés de diagnostic, je ne connais pas de maladies plus difficiles à soigner et à guérir. Or, a maintes reprises, vous vous êtes montré passablement réactionnaire. Je vous avoue même, avec une franchise dont vous ne me saurez pas mauvais gré, que je ne partageais pas toutes vos opinions. J'allais de l'avant plus que vous, et je soignais mes gastropathes suivant les nouveaux principes. Je n'affirme pas que tous mes malades s'eu applaudissaient, mais il me suffisait de les avoir traités suivant les règles de l'art ( secundumn rtem), et d'avoir agi d'après le précepte des grands maîtres : MagUter dixit. Or, quel ne doit pas être notre embarras lorsque nous lisons les affirmations suivantes : « C’est l’acide chlorhydrique qui joue le rôle essentiel dans la digestion. — L’acide lactique est incompatible avec les fonctionsdigestives. — L’acide lactique est caractéristique de l’état physiologique. — La dyspepsie est chimique, ou elle ne sera pas. — La dyspepsie est presque tout entière dans la dilatation de l’estomac. — La dyspepsie n’existc pas, c'est un mot qu'il faut rayer du cadre nosologique. » — Puis, je vois poindre à l’horizon un grand mot (est-ce simplement un mot, ou un nouveau système (pii s’élève ?) : la chlorhydrothérapie(2).
(1) H. Huchard, Journal des praticiens. Paris, 1888.
(2) Dès 18(J4, Linossier et G. -II. Lemoine ont démontré expérimentale-
DYSPEPSIE ET DYSPEPTIQUES
<' Eu vérité, et quoique j aie fait dans cette lettre quelques citations latines, sans doute pour m’étourdir et me persuader que je n’y perdais pas le peu de latin que je sais encore, je n’y comprends plus rien et vous prie de me tirer d’embarras.
« L’anachlorhydrie el ( hyperchlorhydrie vont-elles effacer jusqu’au nom de dilatation de l’estomac ? A a-t-il encore des « dilatés » ? Y a-t-il encore des dyspepsies ? Tout ce que je puis affirmer, c’est qu’il y a toujours beaucoup de dyspeptiques. La dyspepsie est-elle ou n'est-elle pas chimique?
« A ce sujet , je fais remarquer que Trousseau avait faitautrefois de la chimie dans le traitement des dyspepsies, puisqu’il les soignait, suivant les cas, tantôt par les alcalins, tantôt par les acides, parmi lesquels il plaçait au premier rang 1 acide chlorhydrique. Ces discussions, sans cesse renaissantes sur la dyspepsie, rappellent décidément les disputes interminables d’autrefois sur l’antimoine... »
Les praticiens sont donc tiraillés entre des affirmations contraires. La réponse? C’est la clinique seule qui peut la fournir, la clinique basée sur l’observation rigoureuse des faits, tant il est démontré que « la vérité est dans les choses, non toujours dans l’esprit qui les juge ».
11 est un organe qui a fait commettre bien des erreurs en clinique et en thérapeutique, c'est l’estomac, ce laboratoire de poisons et de... théories. Car il s'est trouvé de tout temps des cliniciens distingués qui ont voulu attribuer aux troubles de ce viscère des accidents innombrables, et l'on a mis tant de maladies sur son compte qu'il n'est vraiment [tas étonnant que ce pauvre estomac soit devenu si malade.
Hippocrate, parlant de la digestion comme d’une véritable « coction », envisageait déjà la dyspepsie comme due à un
ment que le bicarbonate de soude agit comme un excitant de la sécrétion gastrique, ce qui avait été du reste établi par Cl. Bernard longtemps auparavant; et voilà que quelques années plus tard (1901) Pavlov (de Saint-Pétersbourg), dont la valeur expérimentale a été sans nul doute très exagérée, déclare, sur la foi d’autres expériences, que CO2 est essentiellement un dépresseur de la sécrétion gastrique.