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I. — Exposé clinique

On sait combien est, fréquente l'association de la dyspepsie et de la chlorose. La dyspepsie chlorotique peut survenir du fait même de la chlorose. Mais, d’autres fois, elle reconnaît comme causes une médication et une hygiène mal comprises. C’est contre cette dyspepsie, parfois œuvre du médecin, que je tiens à mettre en garde.

Chez les chlorotiques, les fonctions de l'estomac sont ordinairement troublées. Autrefois, on a invoqué une sorte d'adynamie du tube digestif d'après Hoffmann et llamilton, ou encore la dyspepsie d’après Beau pour expliquer la pathogénie de la chlorose, et Luton est allé jusqu’à dire qu’il s'agissait

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dune anémie secondaire, due à des hémorragies gastriques ou intestinales presque toujours latentes.

La question des rapports de la dyspepsie et de la chlorose n est plus doctrinale ; elle est devenue clinique, ce qui vaut mieux ; elle se résout par la thérapeutique, ce «pii est plus profitable pour le malade. Depuis longtemps, je suis d’avis quon abuse des drogues et des ferrugineux dans le traitement de la chlorose, et qu’avant toute médication on doit d abord rétablir les fonctions digestives parfois très troublées, r rousseau avait remarqué que chez certaines chlorotiques le 1er est « refusé » par l'estomac, que sous son influence « la gastralgie augmente, l’anémie devient encore plus profonde ». Aussi insistait-il avec raison sur l’utilité du régime alimentaire.

La forme dyspeptique de la chlorose et l'importance de son traitement ne son! plus à discuter. Sans doute, on peut entrer parfois dans la chlorose par la dyspepsie; mais on entre plus souvent dans la dyspepsie parla chlorose. Il en résulte qu’il faut d'abord, sans se préoccuper de l’état anémique, soigner la chlorotique, comme si elle était simplement dyspeptique.

Ce qui le prouve, c'est que cette dyspepsie est souvent indépendante de l’état anémique, et que ce n'est pas toujours dans l’anémie la plus profonde que les troubles digestifs sont le plus accusés.

Cependant ceux-ci sont fréquents et multiples. Ils atteignent l'appétit qui est diminué, presque aboli ou perverti (anorexie, appétence pour la viande et pour les aliments épicés ou vinaigrés, pica ou malacia) : ils se traduisent par des douleurs stomacales, une véritable hyperesthésie de la muqueuse (gastralgie); ils sont caractérisés par la lenteur quelquefois extrême des digestions, par une sensation de poids, de plénitude, de tension épigastrique, par quelques nausées et même des vomissements alimentaires, par des éructations gazeuses, parfois par des fermentations anormales, consécutives le plus souvent à la dilatation de l’estomac. Celle-ci serait très fré-

DYSPEPSIE ET CHLOROSE

queute ; d'après certains auteurs, elle existerait meme dans les quatre cinquièmes descas. Mais, il y a ici une cause d erreur utile à signaler, et parfois chez les jeunes filles ou chez les jeunes femmes, la trop forte constriction du corset amène un abaissement de l’estomac, une dislocation verticale de cet organe, telle qu’on peut obtenir la sensation de clapotage au-dessous de l’ombilic. L estomac est abaissé, non dilaté. Voilà une de ces fausses dilatai ions de l estomac qui font souvent commettre des erreurs de diagnostic et traitement.

11 y a dans la chlorose des gastralgies dues à l'état nerveux du sujet et non à l’anémie, et il y en a d autres qui ont une origine réflexe. C'est ainsi qu’on a pu obtenir la guérison de ces dernières parla contention d'un rein mobile.

Enfin le chimisme stomacal est profondément troublé. Sur 06 cas observés par divers auteurs (Buzclygan et Gluzinski, Hayem, Bouveret) et par nous, il était normal seulement Midis; l’hyperchlorhydrie a été notée 53 fois et l’hypochlorhydrie 35 fois. Dans la moitié des cas, on constate des fermentations anormales.

L' hyperchlorhydrie que l'on rencontre assez fréquemment dans la chlorose explique, dans une certaine mesure, les rapports de causalité qu’on a signalés entre elle et l'ulcère de l’estomac. Cependant les auteurs sont peut-être allés trop avant dans cette voie, et, quand on a dit que l'ulcère de l'estomac, conséquence fréquente ou habituelle de l'hyperchlorhydrie, s’observe souvent chez les chlorotiques, on a commis une erreur clinique, parce qu’on a pris reflet pour la cause, parce qu’on a confondu la chlorose avec l’anémie, laquelle est symptomatique de l'ulcère gastrique, enfin parce (pie l’on a souvent confondu les hématémèses hystériques ou supplémentaires du flux menstruel avec les gastrorragies de l'ulcère simple de l’estomac.

Il existe chez les chlorotiques de fausses hyperchlorhydries, des byperacidilés qui sont sous la dépendance des fermentations gastriques; elles s'accompagnent de la production d'acides organiques, occasionnant une hyperacidité que le

TRAITEMENT DE LA DYSPEPSIE

clinicien ne doit pas confondre avec l'Iiyperchorhydrie par sécrétion exagérée d’acide chlorhydrique. Cette erreur a été souvent commise. D’après ses caractères cliniques (inappétence et anorexie, indigestibilité de la viande et des œufs, digestion plus facile des matières amylacées), cette dyspepsie doit appartenir au type hypochlor hydrique.

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