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CONGESTION PULMONAIRE D'ORIGINE UTÉRO-OVARIENNE

abondants. À la percussion, simple diminution de la sonorité, sans matité réelle; jamais de fièvre. Cinq ans auparavant, elle m'avait consulté pour la même affection, et à cette époque les mêmes signes avaient été constatés. Je croyais alors à une de ces congestions pulmonaires arthritiques tenaces dont je viens de parler.

Elle revient encore deux fois jusqu’en décembre, époque à laquelle je l'envoie passer l’hiver dans le Midi. Elle m’apprend qu’elle a de fréquentes ménorragies, suivies d’une leucorrhée assez abondante, et que les signes pulmonaires paraissent toujours prendre une acuité nouvelleau moment des époques menstruelles, .le l’adresse aussitôt à l’un de nos accoucheurs les plus distingués, qui constate l’existence d'un polype pédicule de la cavité cervicale de l’utérus, polype gros comme une prune.

Dès lors, mon diagnostic était fait, le traitement tout indiqué : il s’agissait très probablement d'une de ces congestions pleuro-pulmonaires réflexes, d’origine utéro-ovarienne, sur lesquelles plusieurs gynécologistes, puis Potain et son élève Serrand ont appelé l’attention (1). Si le diagnostic était exact, l'ablation de la petite tumeur devait amener la disparition de la congestion pulmonaire d’origine utérine.

La malade passa donc l’hiver dans le midi de la France. Son médecin, frappé de l’aspect « vénitien » (femme à cheveux roux) qu’elle présentait et qui est parfois, comme on peut déjà le lire dans les lettres de Guy Patin, un signe de prédisposition à la tuberculose, fit plusieurs fois l’examen bactériologique de l’expectoration et, n’ayant jamais constaté le moindre bacille de Koch, il me la renvoya conservant mon premier diagnostic erroné : congestion pulmonaire arthritique.

Dès son retour à Paris, je constatai que les phénomènes stéthoscopiques n’avaient point changé, et c’est alors que fut pratiquée très facilement et très rapidement l’ablation du petit polype. L’effet curatif de l’opération, confirmant mon

(1) Potain et Serrand, Congrès de Rouen, 1883.

nouveau diagnostic de congestion pulmonaire réflexe, ne se lit pas attendre : les ménorragies et la leucorrhée cessèrent. Mais, ce qui a été surtout remarquable, ce fut la disparition progressive et assez rapide — sans aucun autre traitement — de ce foyer de congestion pulmonaire qui persistait invariablement depuis plus de cinq ans.

Ce fait intéressant m'en rappelle un autre, à peu près semblable, (pie j’ai observé il y a une vingtaine d’années. 11 s’agissait d'une femme de quarante-quatre ans, devenue très anémique, presque exsangue à la suite de ménorragies extrêmement abondantes, datant de plus de dix ans. Depuis cinq ans environ, il existait une congestion pulmonaire fixe, avec léger épanchement pleural à droite. Les consultations médicales avaient succédé aux consultations en France comme à l'Étranger, et l’on n’avait jamais pu constater le moindre corps fibreux ou polype dont on pressentait seulement la présence.

Sachant qu’il existe des polypes intra-utérins à apparition intermittente, celle-ci se faisant le plus souvent pendant les règles à la faveur de la béance du col utérin et surtout de la poussée sanguine, je voulus examiner la malade pendant la période menstruelle, ce qui permit de constater l’existence indéniable de deux petites masses polypeuses, grosses comme deux cerises, légèrement engagées dans l’ouverture du col. Trois jours après, quand je voulus montrer la chose à Tarnier appelé en consultation, les petites tumeurs étaient remontées dans la cavité et avaient totalement disparu. 11 fut alors décidé qu’on reverrait la malade dès le second jour de sa prochaine époque, ce qui eut lieu. On put alors sentir nettement le corps du délit et procéder à son ablation immédiate, d’où la disparition subséquente des ménorragies et de la congestion pulmonaire.

Rappelons-nous bien ce fait et n’oublions jamais de pratiquer le toucher vaginal pendant la période menstruelle, pour constater la présence de tumeurs polypeuses ou autres à apparition intermittente.

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