II. — Iléus calculeux
Il s’agit là d’un accident grave produit par l'arrêt d’un gros calcul dans une portion limitée de l'intestin , arrêt capable de déterminer une obstruction intestinale complète et la mort consécutive. Ce n’est pas là un accident absolument rare, puisqu'il résulte d une statistique de Galliard, en 1895, qu’on a pu en compter jusqu’à cette époque 255 cas.
Ce n'est pas à la suite de coliques hépatiques qu'il survient le plus souvent, et le fait est même exceptionnel, car on ne pourrait comprendre qu’un calcul d’un volume considérable put passer par l'orifice, même très agrandi, du cholédoque, à moins de supposer que les cholélilhes, arrivés en grand nombre dans l'intestin, puissent y former une grosse masse, soit par agglutination des calculs, soit par le déversement continu de la bile sur les calculs devenus intestinaux, ou encore par suite d'accumulation péricalculeuse de substances étrangères à la bile, comme Portai l'avait supposé. Ainsi, on a pu autrefois voir dans l'intestin des calculs biliaires gros comme un œuf de pigeon ou de poule (Walter, cité par Frerichs, Pujol), ou encore une agglomération de calculs ayant le volume de deux poings (Bermont). Les choses ne se liassent pas le plus ordinairement de la sorte, et c'est presque toujours par une communication anormale entre la vésicule ou les canaux biliaires et 1 intestin que ces calculs arrivent à déterminer les symptômes de l’étranglement interne. Le diagnostic de la cause est même d’autant plus difficile (pie, souvent, on ne constate aucun signe antérieur de coliques hépatiques (80 fois sur 100) et (pie naturellement l'ictère fait encore défaut. La première observation date de Boucher en 1750, comme nous l’avons dit dans l’historique, puis de Brillouet, et non de Monod en 1827, ainsi qu’on l’a écrit. Depuis, les faits se sont multipliés, et ils ont été réunis
ILÉUS CALCULEUX.
par Galliard cl bien étudiés dans plusieurs travaux cl thcsos inaugurales de Paris (1).
La forme aiguë et rapide de l'obstruction intestinale esl beaucoup plus rare (pie la forme lente ou chronique. A celle-ci appartient une espèce d'obstruction intermittente dont quelques exemples déjà anciens ont été fournis par Kelz, Neil et Gros Clark. Dans le premier et le dernier cas, les symptômes d’obstruction intestinale, suite de la migration lente du calcul à partir du duodénum jusqu’au rectum, se montrèrent deux fois à deux mois d’intervalle. Dans le second, le calcul arrêté à la valvule iléo-cæcale provoquait des phénomènes d’obstruction qui disparaissaient avec les mouvements rétrogrades du corps étranger provoqués par les contractions péristaltiques. Une autre variété a été signalée par une belle observation de Labadie-Lagrave et de mon ancien interne Magdelaine : l'obstacle siégeait au duodénum, il n’était pas dû à la migration du calcul, mais à son enclavement dans une perforation duodénale au-dessus de laquelle une rétraction cicatricielle diminuait considérablement le calibre intestinal.
On ne saurait trop recommander de toujours pratiquer l’exploration anale, parce que le calcul arrêté à la partie inférieure du rectum pourrait être accessible à des moyens mécaniques très simples. Une observation relative à un cholélithe arrêté à l'union de la région supérieure et moyenne de cette partie de l'intestin vient à l'appui de celte recommandation (2).
Il est possible que l’obstruction intestinale par calcul se
(1) Dominici, Des angiocholites. Thèse de Paris, 1 894. — Le Rov, Progression des gros calculs biliaires et leur expulsion dans le tube digestif par les voies normales et anormales. Thèse de Lille, 1902. — Bermont, Lancette française, 1834. — Dukourt, Lyon méd., 1889. — Galliard, Presse méd., 1895. • — Béraud (1885), Gonzales (1837), Dagron (1891), Garin (1897), Brochard (1899), Thèses de Paris.
(2) Mac.nin, Thèse de Paris, 1869. — Feltz, Paris méd., 1883. — Neil, Liverpool med. chir. Journ.. 1858. — Gros Clark, B rit. med. Journ., 1871. — Babinski, Soc. anal., 1883. — Mossé, Sur les accidents de la lithiase biliaire. Thèse d’agrégation, 1888.
TROIS COMPLICATIONS DE LA LITHIASE BILIAIRE
produise chez une personne affectée de hernie à laquelle on attribue à tort tous les accidents, comme une vieille observation de Leigh Thomas le démontre. On allait opérer une hernie ombilicale, quand la malade rendit un calcul pesant 15 grammes et mesurant 8 centimètres de circonférence (1).
L’étranglement interne de l'intestin succède plus rarement à l’influence des brides fibreuses produites par la péricholécystite ou par une péritonite de voisinage.