I. — Erreurs de diagnostic
1° Coliques hépatiques coinfondues avec la péritonite. — Il y a plus de vingt-cinq ans, j'étais appelé auprès d'une femme qui, accouchée quatre jours auparavant, avait été prise soudain de douleurs extrêmement vives dans le ventre avec vomissements répétés et légers frissonnements (1). Le diagnostic de péritonite au début s'était présenté d’abord à l'esprit du médecin traitant, qui avait fait appliquer des sangsues en grand nombre sur le côté droit, là où la douleur paraissait avoir plus d'acuité, et qui avait ordonné une potion à l'extrait thébaïque.
A mon arrivée, deux heures environ après le début des accidents, la malade avait encore des vomissements bilieux
(1) H. Huchard, Union médicale, 1883.
COLIQUES HÉPATIQUES DE LA GROSSESSE
abondants, et à voir l'aspect légèrement grippé de la face, je ne doutais pas, je ne pouvais pas douter de la réalité du diagnostic. Cependant, je fus étonné lorsque, saisissant le pouls de la malade, je constatai qu’il était lent plutôt qu'accéléré, que la peau était plutôt froide que chaude, et lorsque, prenant la température axillaire, je ne la constatai pas supérieure à 38°. Je portai alors l’attention sur l’état du ventre. Je le trouvai peu douloureux dans les fosses iliaques, peu douloureux encore dans l’hypocondre gauche, sans trace de météorisme, et je découvris, non sans surprise, que I’hypocondre droit jusqu'à la région ombilicale élait le siège d’une hyperesthésie telle qu’on pouvait à peine toucher la surface cutanée sans éveiller immédiatement de vives souffrances. Il y avait au niveau de l’épine de l'omoplate un autre foyer douloureux notablement exaspéré par la pression. La malade affirmait que ses douleurs avaient beaucoup perdu de leur acuité, surtout depuis qu’elle avait vomi ; elle insistait même spontanément sur ce fait que « les vomissements paraissaient lui avoir fait du bien ».
Tous les symptômes que nous venons de passer en revue : siège de la douleur dans l'bypocondre droit, son apparition subite avec irradiations à la partie inféro-postérieure de l’épaule, sa diminution sous l’influence des vomissements, la lenteur du pouls, l’absence de fièvre réelle et de météorisme abdominal, me firent penser alors à l’existence d'une colique hépatique. Ces accidents douloureux me remirent même immédiatement en mémoire d’autres accidents ou troubles digestifs que la malade avait éprouvés à trois reprises différentes pendant sa grossesse. On les avait d’abord mis sur le compte d'une gastralgie; mais ils avaient été caractérisés par des douleurs épigastriques assez vives, survenant deux ou trois heures après les repas, disparaissant toujours rapidement après plusieurs vomissements bilieux, et sans laisser aucun trouble dans la santé.
En résumé, cette malade avait eu pendant sa grossesse des coliques hépatiques pseudo-qaslraUjiqucs qui avaient