‹ Maladies de l'appareilChapitre 163 sur 194 · QUELQUES SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

QUELQUES SYMPTÔMES

paroisduvase en croûtes plus ou moins épaisses. Ce symptôme, de même que les vomissements graisseux, constitue un signe infidèle, puisqu’il manque souvent. Par contre, on observe assez fréquemment une diarrhée d'origine pancréatique (sorte de salivation abdominale), et notre premier malade a présenté ce symptôme des le début de son affection.

La décoloration des selles et leur aspect argileux, en l'absence de compression des voies biliaires et de l’ictere, comme le fait se rencontre dans le cancer du corps et de la queue du pancréas, pourrait devenir, d’après Walker, un élément de diagnostic pour les maladies du pancréas. Mais c’est encore un signe infidèle.

La présence de la graisse dans les urines constitue la lipurie , et celle-ci coexiste souvent avec la stéarrhée et la glycosurie. C'est là un fait signalé par Rayer, puis constaté dans les maladies du pancréas par Bowditch et Martson.

La présence de la graisse dans le sang (ou lipémie ) a été parfois observée dans les maladies du pancréas avec atrophie de la glande (1).

La sialorrhée , qui a été également notée, par suite des connexions sympathiques unissant les glandes salivaires et le pancréas, existe rarement et ne peut pas devenir un indice de diagnostic.

2° Glycosurie. — Si dans tous les cas où l’on suspecte un carcinome du pancréas on devait s’appuyer sur l’existence de la glycosurie intermittente ou permanente, on pourrait encore sortir d’embarras. Malheureusement, la présence du diabète pancréatique n’est pas toujours un symptôme du cancer pancréatique, ce qui se comprend, puisque

(1) J. Walker, Med. chir. Trans. London, 1889. — Bowditch, Urine containing oil in large quantity (Amer. Journ. of Boston med. Soc., 1852). — Marston, Glascow med. Jour n., 1854. — Hertz, Ueber Lipaemie bei Diabètes inellilus(/)eM/*e/i. med. Woc/i., 1881). — Fraser et Logan, A case of diabetic coma with iipaemia (Edinburgk med. Journ., 1882).

Huchard. — Consultations médicales, t. III. 28

CANCER DU PANCRÉAS

ce diabète a pour origine constante la destruction tolcilr de la glande .

Il est utile de rappeler en quelques mots les intéressantes expériences qui furent entreprises à ce sujet. Claude Bernard avait détruit le pancréas d’animaux par des injections dans le canal de Wirsung sans provoquer le diabète; de même, le sucre n’apparaissait pas après la ligature du canal pancréatique, qui cependant entraîne la sclérose de toute la glande. Mais la ligature du canal de Wirsung ne correspond pas à l’ablation de la glande.

Mering et Minkowski enlevèrent la totalité du pancréas à des animaux, et aussitôt le sucre parut dans les urines. Cette expérience, répétée par de nombreux physiologistes en France et. à l’étranger, donna les mêmes résultats. Cependant on objecta que la production du diabète pancréatique n’était pas due à l’ablation du pancréas, mais aux lésions du plexus solaire occasionnées par les délabrements opératoires. Minkowski fit de nouvelles expériences qui réduisirent à néant celte objection. Sur un chien, il enleva la moitié du pancréas ; il laissa l'autre moitié en rapport avec le pédicule vasculo-nerveux qui en assure la nutrition et la fixa sous la peau de l’abdomen de l’animal. Il n’y eut pas de glycosurie. Quand le chien fut complètement guéri, il excisa le reste du pancréas, cl l’animal devint aussitôt glycosurique.

Cette expérience est concluante : l’extirpation partielle du pancréas ne donne lieu à aucun trouble urinaire ou seulement à une glycosurie légère et fugace; la suppression complète seule a pour conséquence le diabète pancréatique. Il est aujourd’hui démontré que « la conservation d’une parcelle insignifiante de la glande peut suffire à maintenir le rôle du pancréas dans le fonctionnement normal de la glycosurie et empêcher le diabète d'apparaître (1) ». Or, le

(4 ) E. L.vncereaiix, Réflexions à propos de deux cas de diabète sucré avec altération du pancréas (Acad, de méd. de Paris. 1877). — àrnozan, Traité de pathol. générale. Paris, 1897.

Ql! K LOUES SYMPTÔMES.

cancer du pancréas n’affecte jamais l’organe dans sa totalité, pnisqu il intéresse soit la tète, soit la queue; il ne peut produire la glycosurie, puisqu’il laisse intacte la plus grande portion de la glande. A plus forte raison, on ne constatera pas de sucre si la tumeur comprime et même oblitère complètement le canal de Wirsung, fait que les ligatures expérimentales ont surabondamment prouvé.

Cependant on comprend que, dans le cas où le cancer de la tète du pancréas est compliqué d'une sclérose et d’une atrophie du reste de la glande, le diabète puisse apparaître, et c'est ce qui résulte de plusieurs observations (1).

3° Ictère progressif et permanent. — L’ictère constant et progressif a certainement de la valeur. Mais qu’indique-t-il? Une oblitération du canal cholédoque. Or, cette oblitération s’observe, en dehors de la lithiase, dans le cancer du duodénum, de l’ampoule de Vater, des voies biliaires, et il faut bien dire que, dans ces cas (sans parler encore des causes si multiples d’obstruction du cholédoque), le diagnostic est souvent insoluble. Du reste, cet ictère peut manquer pour diverses raisons : d'abord lorsque le cholédoque n’a subi aucune compression; ensuite, en raison des anomalies, assez fréquentes, dans la direction de ce canal, lequel, d’après les recherches de O. Wyss en 1<SS<> , passe 15 fois sur 22 cas le long de la tète du pancréas sans le traverser.

Bard et Pic, qui ont observé 7 fois sur 7 cas l'ictère permanent dans les cancers du pancréas, sont certainement tombés sur une série et l’on s'exposerait à beaucoup de mécomptes si l’on pensait, avec ces auteurs, que « le cancer primitif du pancréas peut être diagnostiqué, non pas mieux, mais tout aussi facilement et aussi sûrement, par exemple, que le cancer de l’estomac (2) ». D’après eux, il y a quatre

(1) Duflf.v. The Dublin Journ. of med. sc., 1884. — V. Harley, Bril. tned. Journ., 18i)2. — Lancereaux, Maladies du foie et du pancréas,

(2) Bard et Pic, Revue de méd., 1888 et 1897.

CANCER DU PANCRÉAS

signes dont, la réunion constitue la caractéristique spéciale de la maladie : l’existence d'un ictère chronique toujours progressif, la dilatation énorme de la vésicule biliaire, l’absence d’augmentation notable du volume du foie, un amaigrissement et une cachexie très rapides.

Or, sur ces quatre signes, les trois premiers peuvent manquer et manquent assez souvent. J'ai déjà parlé de l’ictère; quant à la dilatation de la vésicule, elle est fréquemment absente, et un certain nombre d’observations démontrent que le foie est au contraire augmenté de volume. D’autre part, lorsque le cancer primitif du pancréas s’est, propagé secondairement au foie et au poumon, il peut être absolument méconnu, comme dans un cas où la maladie s’est terminée par la gangrène pulmonaire (1).

4° Amaigrissement rapide et considérable. — Ce qui donne au cancer du pancréas une physionomie particulière, c’est la rapidité de V amaigrissement et de la cachexie. Cela se comprend en raison de la compression fréquente du canal de Wirsung, qui entrave et supprime l’action du suc pancréatique, et aussi en raison du diabète qui survient parfois au cours d’un cancer de la tète du pancréas avec atrophie totale de la glande.

La compression du canal de Wirsung va donner l'explication du signe de Sailli. Ce dernier auteur a démontré que le salol se dédouble dans l’intestin en acide salicylique et en acide phénique, à la faveur du suc pancréatique. En conséquence, dans les cas de cancer du pancréas avec compression du canal de Wirsung, cette décomposition ne s’accomplirait plus dans l’intestin, et il ne serait plus possible de constater dans les urines les réactions caractéristiques de ces deux acides. C’est là un signe qu’il faut rechercher, et auquel nous avons eu tort de ne pas penser pour notre première observation.

)1) Auvray, Hoc. anal., 1893.

Page 1