I. — Exposé clinique
Voici une histoire clinique Tort instructive :
Une femme de cinquante-deux ans vient nous trouver à l’hôpital il y a quelques mois. L’examen de la malade à ce moment nous révèle une arthritique avérée, ayant souffert de vagues douleurs rhumatismales à plusieurs reprises. Elle nous apprend, en outre, qu’il y a une dizaine d’années elle eut quelques crises de coliques néphrétiques. Elle se plaint actuellement de dyspnée et de palpitations, et c’est pour cela qu’elle vient aujourd'hui nous consulter.
Les urines ne sont pas albumineuses, le pouls marque 136 pulsations ; il est serré, concentré, cordé. A l’auscultation du cœur, pas de bruit de galop, mais tachycardie très marquée, laquelle est souvent le phénomène précurseur du bruit de galop. En effet, quelques mois après, la malade revenait dans notre service, et l'on constatait à ce moment un galop cardiaque très manifeste. On la soumit au régime lacté, et chaque jour, matin et soir, elle prit un cachet de Ihéobrornine de 50 centigrammes.
Elle présente alors de l’élévation des sous-clavières, de
NÉPF1R0SCLÉR0SE ET DEUX HYPERTENSIONS.
l'hypertension artérielle, et elle se plaint de douleurs angineuses. A l'auscultation, retentissement diastolique dangereux à droite du sternum, signe indéniable de dilatation cylindroïdc de l'aorte avec aortite chronique et hypertension.
Dyspnée toxi-alimentaire ; insomnie d'origine dyspnéique. — L’oppression, quoique moins forte, persiste encore. N’est-ce pas là ce que l’on a appelé « asthme cardiaque », ou « asthme aortique » ? Mais je vous demande ce <1 u e veulent dire ces mots, ce qu'ils indiquent au point de vue de la pathogénie et des indications thérapeutiques: rien, absolument rien. 11 y a des dyspnées chez les cardiaques, chez les aortiques, et, pour les traiter sûrement, il faut en connaître les causes, les modes de production. Or cette dyspnée évoluant chez une aortique est d’origine rénale; elle est due à un commencement d’insuffisance du rein, quoique cet organe paraisse fonctionner régulièrement, quoique les urines assez abondantes ne renferment encore aucune trace d’albumine. Cela est tellement vrai que l’on peut faire disparaître complètement la dyspnée en soumettant la malade au régime lacté absolu. Si, au contraire, elle se nourrit de viande, d'ici peu de jours la dyspnée réapparaîtra forte, intense; la malade se plaindra de ne pouvoir dormir, parce qu’elle ne pourra pas librement respirer ( insomnie d'origine dyspnéique), et nous aurons ainsi engendré une véritable dyspnée expérimentale alimentaire par alimentation carnée. Cette dyspnée s'accuse par l’effort, elle est donc paroxystique ; de plus, elle présente parfois des exacerbations nocturnes.
Tachycardie toxique. — J’ai dit que la malade avait présenté de la tachycardie. L’administration de la digitale semblait donc s’imposer pour ralentir le cœur. Mais toutes les tachycardies ne sont pas justiciables de la digitale, car toutes n’ont pas une origine cardiaque. Dans le cas présent, nous avons affaire à une tachycardie d origine toxique ; la digitale ne ferait qu’ajouter une intoxication à une autre