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II. — Néphrosclérose et deux hypertensions

Hypertension aortique par artériosclérose ; hypertension pulmonaire par dyspepsie. — .le vis le malade pour la première fois il y a quatre ans. Agé de cinquante-sept ans, il

NÉPHROSCLËROSE ET DEUX HYPERTENSIONS.

présentait alors des symptômes cardiaques très nets : palpitations, dyspnée, surtout retentissement diastolique à droite du sternum, ce qui est l’indice d'une augmentation de la tension sanguine dans le système aortique. Une année plus tard, on percevait un double retentissement, à droite et à gauche du sternum, avec exagération de tonalité des bruits du cœur; le deuxième bruit surtout frappait l’oreille fortement. Cet état cardio-aortique s’accompagnait d'une dyspepsie très prononcée.

Je le revis après quinze jours, et à l’auscultation je trouvai cette fois que le retentissement diastolique était plus fort à gauche du sternum, ce qui est l’indice d'une augmentation de la tension sanguine dans le système de la petite circulation. Mais un de mes anciens internes, qui l'avait examiné un matin, avait trouvé ce retentissement diastolique plus marqué à droite.

Qu’est-ce à dire?

J’avais examiné le malade après son repas; mon interne l’avait vu à jeun, alors que l’hypertension aortique, due à la sclérose artérielle, était prédominante. Après le repas, chez ce dyspeptique survenaient des troubles digestifs, surtout le soir, caractérisés du côté de l'appareil cardio-pulmonaire par de violentes palpitations, un véritable affolement du cœur avec intermittences et faux pas, par une sensation d’oppression très intense, par des menaces de syncope, tous accidents créés en grande partie par V hypertension pulmonaire. On pouvait croire à l'existence d'une cardiopathie, et cependant il n'y avait aucune trace d'afFection valvulaire: pas de souffle orificiel, rien à l’aorte ni à la mitrale, pas de bruit de galop, mais seulement quelques signes d'une artériosclérose généralisée et commençante chez un malade manifestement dyspeptique. Nous avons voulu nous assurer de l'état de son chimisme stomacal, et l'examen nous a permis de constater une hyperchlorhydrie des plus manifeste.

Que survenait-il chez ce malade artérioscléreux, en même temps atteint de dyspepsie hyperchlorhydrique?

NÉPIIROSCLF.ROSE ET PEUX HYPERTENSIONS.

Sous l'influence du travail digestif, le cœur avait à lutter doublement contre deux obstacles: le cœur gauche contre V hypertension et la vaso-constriction artérielles dues à l'artériosclérose; le cœur droit contre Y hypertension et la vaso-constriction pulmonaires produites incidemment par les troubles profonds de la digestion stomacale.

Doux hypertensions dans le rétrécissement mitral artérioscléreux. — 11 est une maladie qui aboutit encore à ce résultat, je veux dire aux deux hypertensions: c'est le rétrécissement mitral des artérioscléreux, que j’ai décrit pour la première fois en 1894 et dont il est utile de rappeler les caractères cliniques avec ses conséquences thérapeutiques (1).

Cette maladie hybride est faite de contrastes : hypertension pulmonaire due au rétrécissement mitral lui môme, et davantage encore lorsque cette maladie est compliquée d’un état dyspeptique, ce qui est assez fréquent; hypertension aortique par artériosclérose généralisée. Dilatation et hypertrophie du cœur droit due à la première hypertension ; dilatation et hypertrophie du cœur gauche due à la seconde.

Ces deux affections combinées — la sténose auriculo-ventriculaire et la sténose artérielle — paraissent s’exclure et jouer le rôle d’antagonistes; mais il ne faut pas croire que des affections contraires puissent toujours aboutir en clinique à des effets compensateurs. Loin de là, ces deux maladies s'associent pour s'aggraver, non pour s'atténuer; et dans le rétrécissement mitral des artérioscléreux, l’atténuation des signes physiques s’accompagne de l’aggravation des signes fonctionnels. Ainsi, le rétrécissement mitral pur est une maladie dyspnéisante, et la dyspnée est d’origine mécanique, puisqu'elle résulte en grande partie d’obstacles circulatoires dans le poumon. Par elle-même, la sclérose cardio-rénale est également une maladie dyspnéisante, et la dyspnée est d’essence toxique, c’est-à-dire d’origine rénale. Dans le

(l) II. IIuchard, Congrès de rnéd. interne, Lyon, 1894 , Journal des praticiens, 1894-1895.

NÉPH ROSCLÉROSE ET DEUX HYPERTENSIONS.

rétrécissement mitral artérioscléreux, les deux dyspnées s’ajoutent, s'aggravent; elles jettent le malade dans une anxiété respiratoire profonde ; elles sont la source d’indications thérapeutiques sur lesquelles je n’ai plus à revenir.

Ces faits démontrent, une fois de plus, que la médication symptomatologique visant toujours l’organe mise produisent les accidents doit être souvent abandonnée; et quand on constate des palpitations, de la tachycardie ou de l’arythmie, il ne faut pas toujours s’adresser au cœur et aux médicaments cardiaques pour les combattre, mais souvent à l’estomac. Quand un malade est atteint de dyspnée, il ne faut pas toujours viser les organes respiratoires, mais le rein. Enfin, la notion des deux hypertensions, pulmonaire et aortique, devient très importante au point de vue thérapeutique ; elle permet de comprendre la violence de certains accidents cardiopulmonaires avec les indications thérapeutiques qu’ils comportent.

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