I. — Quelques caractères cliniques
Je dis : les pneumonies grippales. Car, les pneumopathies de l'influenza sontde diverses sortes, depuis la simple congestion jusqu’aux congestions hémoptoïques, aux pneumonies lobulaires et lobaires, aux bronchopneumonies, aux bronchites avec congestions pulmonaires diverses, au vpneumonies suppuratives, aux pneumonies ou congestions pulmonaires à forme bronchoplégique ou cardioplégique. La grippe aime les bronches et le poumon.
Si le siège des manifestations grippales sur 1 appareil respiratoire est variable ou complexe, leurs lésions ne sont pas
TRAITEMENT DES PNEUMONIES GRIPPALES
moins variables, depuis la congestion et 1 œdème jusqu à l'inflammation ; et si je voulais étudier toutes les manifestations thoraciques de l’influenza, il faudrait passer en revùe les bronchites, les congestions pulmonaires, les pneumonies, les bronchopneumonies différentes, d’après 1 école de Montpellier, de la fluxion de poitrine dont les lésions, à la fois congestives et inflammatoires, ne sont pas exactement limitées aux bronches ni aux poumons, puisqu’elles peuvent atteindre presque tous les organes contenus dans le thorax et même les parois thoraciques (1).
Il ne sera question ici que de la pneumonie grippale, au sujet de laquelle quelques controverses ont encore cours dans la science. Cette maladie est-elle une simple localisation de lagrippe sur lepoumon, comme le croyait autrefois Landau? Ou existe-t-elle indépendamment delà maladie épidémique? Cette divergence d’opinions entre unicistes etdualistes n’estqu’apparente, et pour nous la solution de la question est simple, puisque c’est la clinique qui la donne avec l’observation des faits.
Il est à remarquer que, pendant les épidémies de grippe, les pneumonies sont beaucoup plus fréquentes avec des caractères bactériologiques et cliniques tout à fait spéciaux. Sans doute, on a pu dire qu’au point de vue bactériologique il n’y a peut-être pas de différences entre une pneumonie primitive et une pneumonie grippale. Mais, cette affirmation n'est pas absolument exacte, puisqu’on trouve, outre le pneumocoque dans le poumon, le streptocoque etd’autres associations microbiennes.
Au pointde vue clinique, la pneumonie grippale se distingue par un début moins brusque, un frisson moins net (lequel peut être absent ou remplacé par quelques frissonnements), une douleur de côté moins vive, par des crachats parfois simplement spumeux et aérés, surtout par une certaine irrégularité dans la courbe thermique, par l’allure moins cyclique de la défervescence plus tardive et plus longue, par une atteinte plus ou moins grave au système nerveux dont l'état
(I) Du pué, Montpellier médical, 1874. — J. Grasset, Grippe de l’hiver 1889-1890 ( Montpellier médical, 1890).
INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES
de dépression produit une grande mortalité chez les vieillards et les débilités, au point <|ue Bâillon, dès 1570, voyait dans toutes ces maladies un caractère « pestilentiel ».
Au point de vue anatomique, du reste, les lésions confinent plutôt à une sorte de splénisation, et il s’agit souvent de bronchopneumonies pseudo-lobaires. Et ce qui prouve que la grippe imprime à la pneumonie la plupart de ses caractères cliniques, c’est que celle-ci comme la première présente souvent les mêmes rémissions thermiques avec des foyers successifs et à rechutes, avec des localisations extrapulmonaires plus fréquentes, à la plèvre, à l’endocarde, au péricarde et aux méninges. Puis, n’est-il pas démontré, comme Ch. Fiessinger l'a bien spécifié (1), que la gravité et la fréquence delà pneumoniecorrespondent souventà la gravité et à la fréquence de la grippe? En un mot, la première maladie marche comme dans l’ombre de la seconde ; sur le terrain épidémique, toutes deux se sont unies, quoiqu’elles soient nettement séparées au point de vue sporadique.