III. — Traitement
1° Danger au coeur et tu rein. — Il faut soutenir de bonne tieurele cœur, il faut le fortifier dans la lutte qu’il aura bientôt à subir, et cela par la digitale.
D'ordinaire, on attend que le cœur donne des signes de faiblesse. C’est une faute. On doit agir dès le début de l'affection et d’une façon presque systématique, même et surtout quand les contractions cardiaques se font avec énergie. Car il lutte déjà, et cette force apparente est souvent un indice et une cause de faiblesse ultérieure.
Le premier jour d'une pneumonie, le malade doit être mis au régime lacté , qui favorise la fonction rénale et ouvre la voie à la digitale. Dès le second jour, on prescrit en une ou deux fois XX ou XXV gouttes de digitaline cristallisée au millième de Nativelle pour recommencer trois ou quatre jours après, s’il y a lieu. Ces doses sont suffisantes, le plus souvent, IIucharü. — Consultations médicales, t. IIL 5
TRAITEMENT DES PNEUMONIES GRIPPALES
et le médicament remplit ici deux indications : tout d’abord" il fortifie le coeur; en second lieu, par la diurèse qu il produit avec l’aide du lait, il contribue à éliminer toutes les toxines que la maladie infectieuse a déjà accumulées dans l’organisme.
Pour activer cette action diurétique, le plus souvent peu marquée en l'absence d’hydropisies cardiaques à résorber, il convient donc toujours de prescrire du lait en abondance. Si la diurèse est insuffisante, il faut remplacer la digitale par la théobromine aux doses de lsr,50 à 2 grammes par cachets de 50 centigrammes. D’autre part, il ne faut pas oublier la possibilité de la néphrite pneumonique, laquelle peut arriver jusqu'à produire une anurie complète, comme on en a cité des exemples (1).
En prescrivant la digitaline, je n’ai pas pour objectif l'état fébrile, contre lequel la quinine (bromhydrate) à la dose de 1 gramme à ler,50 (donnée en trois fois à une heure d’intervalle le matin pendant deux ou trois jours) agit plus sûrement. Mais autant que possible, les deux médicaments ne doivent pas être prescrits en même temps.
Sans doute, depuis longtemps, et surtout à la suite du premier travail de Duclos, on insiste sur le traitement de la pneumonie par la digitale; mais le mode d’administration du médicament et l’indication thérapeutique à laquelle on obéissait ont beaucoup varié avec les différents auteurs (2). Depuis notre communication sur ce sujet en 1892, d’autres travaux ont paru qui ont confirmé nos conclusions, et parmi ces travaux une mention spéciale doit être réservée à la thèse inaugurale d'un de mes anciens élèves, Marins Bourgain. Il résulte des recherches les plus récentes, que l’action cardiorénale ne doit pas être seulement invoquée. On a admis, sans
(1) Cavssade. La néphrite pneumonique. Thèse de Paris, 1890. — A. Gilbert et G. Cacssat*, I>e l’anurie pneumonique (Société médicale des hôpitaux, 20 juillet 1901).
(2) Dcclos (de Tours), Action contro-stimulante delà digitale dans la pneumonie. Pans, 1856. — Coblentz, Goqcsegniot, Thèses deStrasbourg,. 1802 et 1804. — Saucekotte, Gaz. méd. de Paris, 1868. — Hiutz. Dict. de méd. et de. chir. pratiques. Paris, 1864 et 1869. — Legros, Thèse de: Paris, 1869. — P etres ce, Arch. de méd., 1888.