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III. — Clinique; physiologie pathologique

Chez les gibbcux, la compression s’exerçant sur les poumons détermine donc leur atrophie parfois considérable, toutes les lésions de l'emphysème, et surtout celles de l’atélectasie pulmonaire au plus haut degré. C’est même ce qui explique, en partie, au niveau de la gibbosité, l'existence d’une matité telle qu’on a cru parfois à un épanchement pleural et qu'on a pratiqué à tort une thoracentèse. SousTinfluence deces lésions, la circulation pulmonaire est considérablement entravée, d’où dilatation rapide et souvent considérable des cavités droites du cœur, développement très accusé du système veineux avec veines bleuâtres très apparentes sur toute la surface du corps, d’où hémorroïdes, hémorragies nasales répétées et souvent rebelles, indiquées dès L828 par Delpech (1). La stase veineuse expliquerait même, d’après Jules Guérin, une certaine prédominance du tissu adipeux dont quelques gibbeux sont quelquefois atteints. Nous arrivons à ces deux conclusions :

1° Chez les gibbeux, la lésion fonctionnelle primordiale, celle qui est la cause de toutes les autres, c’est l’altération de la fonction respiratoire. — 2° La dyspnée résulte de deux causes : la réduction du volume des poumons et le défaut d’ampliation du thorax.

11 ne faut pas perdre de vue que, dans l'emphysème, le poumon est hypertrophié anatomiquement et atrophié physiologiquement. 11 en est de même d’ailleurs pour beaucoup d hypertrophies : par exemple, pour la cirrhose hypertrophique, dans laquelle il y a hypertrophie du tissu conjonctif et atrophie de la cellule hépatique ; pour certaines hypertrophies du cœur, telles que celles qu’on rencontre dans la cardiosclérose, affection dans laquelle on constate une hypertrophie du tissu interstitiel et une atrophie de la fibre musculaire; enfin pour le goitre simple, dans lequel il y a hypertrophie du

(1) Delpech, Traité d’orthomorp/ne. Paris, 1828

clinique; physiologie pathologique.

stroma conjonctif et atrophie glandulaire. 11 ressort de ces constatations anatomo-pathologiques, que l'hypertrophie cl'un organe n’est nullement liée à une exagération fonctionnelle de cet organe. Le plus souvent, c’est le contraire qui est exact.

Ces conditions anatomiques spéciales, jointes aux entraves apportées à l’expansion thoracique, occasionnent chez les bossus une dyspnée d’une forme particulière : polypnée considérable avec respiration presque toujours exclusivement diaphragmatique. Si l'on examine le malade à ce point de vue, on est frappé par le contraste que on observe entre l'immobilité presque absolue des côtes et la projection en avant des viscères abdominaux.

La difficulté de l’expansion thoracique est encore une cause de dyspnée chez les gibbeux, et j'ai observé plusieurs faits où celte expansion était absolument nulle d’un côté, du sommet à la base. D’autres fois, elle est plus localisée, et elle est surtout constatée à la partie supérieure.

Chez un malade, l'habitude extérieure était celle des gibbeux : face tuméfiée et bleuâtre, lèvres gonflées et violettes, conjonctives rouges et injectées, peau à marbrures cyanotiques au niveau des coudes et des genoux, refroidissement des extrémités. Ce qu’il y avait de remarquable, c'était le mode respiratoire : au moment de l’inspiration, toute la partie supérieure du thorax restait immobile; les dernières côtes se soulevaient légèrement, et au niveau d’un cercle sous-mamelonnaireil se produisait une sorte de rétraction, et l’abdomen se soulevait en masse (1).

Il n’est pas étonnant que dans ces conditions on constate une obscurité de son et du bruit pulmonaires. On comprend encore que le malade cherche à suppléer, par l’accélération des mouvements thoraciques, à l’insuffisance de la respiration. Les gibbeux sont donc à la fois des polypnéiques et des

(1) Ma h Kan, Archives de médecine, 1884.

POUMON ET CŒUR DES BOSSUS

dyspnéiques , à respiration presque exclusivement diaphragmatique. Donc, il n'y a pas, à proprement parler, « un cœur des bossus », mais le poumon des bossus. Ils meurent surtout par le poumon, moins par le cœur, à moins que celui-ci soit atteint secondairement. Les anciens et Sauvages (1770) avaient donc raison de décrire un asthma a gibbo , mieux appelé encore « dyspnée thoracique » par Chilien.

La difficulté dans la respiration ne tarde pas à amener la stase du sang dans la petite circulation, la turgescence de la face, la dilatation du système veineux. Aussi, l'asphyxie précède l'asystolie , tandis que, chez les cardiaques vrais, c'est l'asystolie qui précède l’asphyxie. Le rapport est donc renversé.

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