IV. — Diagnostic
11 me semble inutile de discuter longuement le diagnostic d'une poussée d’œdème aigu du poumon, avec un accès d’asthme, de « pseudo-asthme aortique ou cardiaque », de dyspnée toxi-alimentaire, de dyspnée urémique, avec les accidents gravido-cardiaques caractérisés surtout par la congestion pulmonaire. Cependant, ces derniers accidents semblent devoir être le plus souvent identifiés avec l’œdème aigu du poumon. Celte remarque s’applique à la congestion aiguë du poumon dans le rhumatisme articulaire, complication dont la thèse trop oubliée de Houdé en 1861 donne de beaux exemples (1). Mais, il ne faut jamais oublier que l’œdème aigu est associé à un élément congestif indiscutable, d’où le nom à' hémo-œdème qui lui conviendrait. La preuve que ces deux éléments congestifs et œdémateux sont associés, nous est fournie par l’anatomie pathologique d’abord et par la clinique ensuite. «Souvent, comme je l’ai répété dans trois mémoires consécutifs, l’expectoration est de coloration rosée, d’apparence saumonée , tout à fait caractéristique, ce qui indique l’adjonction d’un élément congestif à la fluxion œdémateuse. » Voilà ce qui distingue toujours Tœdèinc aigu du poumon : de la congestion pulmonaire suraiguë du rhumatisme, et d'autres élats morbides où il n’y a que de la fluxion sanguine; de l’expectoration albumineuse après la tboracentèse ou
(I) Houdé, Thèse de Paris. 1861. — Lebheton, Manifestations pulmonaires chez les rhumatisants et les arthritiques. Thèse de Paris, 1864. — Cariueu, Manifestation bronchopulmonaire primitive du rhumatisme ( Nouveau Montpellier médical. 1890). — Moreau, Rhumatisme articulaire subaigu, mort brusque par oedème aigu du poumon ; endocardite végétante (Loire médicale , 1901). — Y. Mehoyas, Thèse île Montpellier, 1901.
ŒDÈME AIGU DU POUMON
la fluxion œdémateuse est prédominante et le plus ordinairement sans association de congestion pulmonaire.
Un confond souvent l’œdème aigu du poumon avec : une syncope, surtout lorsqu’il s’agit de la forme foudroyante avec asphyxie blanche; un accès de sténocardie, surtout lorsque les malades sont en même temps artérioscléreux ; un simple accès d 'asthme, quand la dyspnée dite aortique, devenant paroxystique, prend le masque pseudo-asthmatique ; la dyspnée toxi- alimentaire, la dyspnée urémique , Y embolie pulmonaire, une attaque d 'asystolic aiyuë. Erreurs graves, puisque, si l’on croit à une syncope, à un accès angineux, à une crise asthmatique, l'idée ne viendra pas de pratiquer immédiatement une saignée générale et copieuse, capable de sauver un malade d’une mort presque certaine.
11 n’y a pas de syncope, puisque le cœur continue à battre et qu'il bat parfois follement.
Il n’y a pas d’angine de poitrine, puisque le malade est surtout dyspnéique et que la sténocardie n’est jamais constituée par la dyspnée, qu'elle n'est pas une « dyspnée douloureuse », comme on l’a faussement définie, et parce que la sténocardie à forme asphyxiante admise par quelques auteurs n’existe pas. Si elle existe, c'est parce que les aortiques peuvent avoir à la fois de l’angine de poitrine par coronarite, de la dyspnée toxi-alimentaire par insuffisance rénale, des poussées œdémateuses aiguës du poumon par péri-aortite avec ou sans lésion rénale.
Il n’y a pas de congestion pulmonaire, ou s’il en existe, l'élément congestif est simplement surajouté à la poussée œdémateuse; l’embolie pulmonaire ne se traduit point par celle pluie montante de râles fins ni par celle expectoration caractéristique ; la dyspnée simplement urémique n’évolue pas avec cette soudaineté, et l’asystolie aiguë n’est qu'un phénomène secondaire à la défaillance du myocarde. Cependant, l’œdème aigu sans expectoration est parfois difficile à distinguer d'une forme d’embolie pulmonaire, latente par ses
DIAGNOSTIC
signes physiques et bruyante par scs symptômes fonctionnels, parmi lesquels la dyspnée occupe la première place. Il y a des infarctus pulmonaires sans aucune expectoration sanguinolente, ne l'oublions pas; ils ne se manifestent que par une forte dyspnée suivie souvent d’un épanchement pleural droit consécutif lui-mème à l'irritation pleurale causée par des infarctus superficiels dont le siège est plus souvent à droite. Alors, la succession de ces accidents permet le diagnostic.
Si j’insiste sur le diagnostic, c’est parce que la thérapeutique et la guérison lui sont entièrement subordonnées; c’est parce qu’il y a souvent des aortites et des néphrites latentes «pii peuvent entrer brutalement en scène par un œdème aigu du poumon ; c’est parce que, chez, un goutteux par exemple, on peut avoir une tendance à rattacher cct accident à la goutte seule, à une sorte de manifestation métastatique, et parce que la thérapeutique peutainsi errerdans une fausse voie. Or, fréquemment (je ne dis pas toujours), chez les goutteux présentant brusquement ces phénomènes jusqu’alors inexpliqués ou mal expliqués de poussées congestives ou œdémateuses, cherchez et vous trouverez une aortite ne se manifestant souvent (pie par le seul retentissement clangoreux du second bruit à droite du sternum, ou encore une de ces néphrites artérielles évoluant silencieusement, sans hydropisies, avec quelques traces d’albumine qui peuvent même faire défaut. Chez ces malades, le traitement de la goutte ne fait rien; le traitement de la cause fait tout.
Parfois, l'œdème aigu du poumon soulève une question médico-légale , et au sujet de ma communication à l’Académie de médecine, Brouardel a rappelé le fait suivant : Un malade atteint de dyspnée, reçoit pendant la nuit plusieurs injections de morphine à faible dose. 11 meurt quelques instants après et la famille s’est empressée d’incriminer le médecin. Or, l’autopsie a démontré formellement, pour expliquer la mort, l'existence d’une aortite avec néphrosclérose.
ŒDÈME AIGU DU POUMON