‹ Maladies de l'appareilChapitre 60 sur 194 · I. — Exposé clinique · texte numérisé non relu

I. — Exposé clinique

Il s’agit d'une femme de quarante-sept ans, entrée au commencement de mars 1894 dans mon service de l'hôpital Necker. Sa mère est morte à soixante et onze ans, ayant beaucoup souffert de névralgies et de douleurs rhumatismales ; père mort de paraplégie, à soixante ans; sœur atteinte de rhumatisme articulaire. Tels sont les seuls antécédents héréditaires. — Comme antécédents personnels, on note, à l'àge de dix ans, une fluxion de poitrine, et c’est à la suite de cette affection que se serait installée la bronchite chronique à accès paroxystiques dont elle souffre. Jusqu’à l'àge de vingt ans, elle rendit de temps en temps par expectoration, avec grands accès de suffocation, de petites masses polypeuses, d’un blanc laiteux, représentant plus ou moins complètement un moule de l'arbre bronchique. A vingt ans, elle se rétablit presque complètement, conservant toujours de fréquentes poussées bronchitiques avec expectoration de plus en plus rare de petites masses blanches très analogues à du « lait caillé ». Sur trois enfants, l’un d'eux mourut de phtisie pulmonaire à quatorze ans.

A quarante-cinq ans, sans cause connue, elle fut reprise d’une recrudescence de sa bronchite, et depuis ce moment elle est sujette à des accès de dyspnée considérable, avec ou

(1) Peacock, Trans. of the palhol. Soc. of London , 1854. — Leuuet, Gaz. hebd. de méd. et chir., 1855. — Laboulbène, Traité des affections pseudomembraneuses, 1861. — Lebert, Arch. /". klin. Med., 1869. — P. Lucas- Championnière, Thèse de Paris, 1876.

(2) H. Hucharu, Journal des praticiens, 1894.

BRONCHITE MUCOMEMBRANEUSE ; TRAITEMENT.

sans fièvre, survenant à des époques indéterminées, tous les mois ou tous les deux mois, et se terminant après quelques jours par le rejet de membranes cylindroïdes ramifiées, plus ou moins complètes. Après ces crises, le calme revient, la respiration est plus libre, l'expectoration plus facile. D’autres fois, la dyspnée est moindre, et la maladç rend seulement pendant plusieurs semaines quelques fragments cylindroïdes, blanchâtres, d’apparence laiteuse et comme perdus dans une expectoration liquide et muqueuse assez abondante. C’est là ce qui explique pourquoi la maladie passa inaperçue dans plusieurs services hospitaliers où elle fut soignée pour une iritis syphilitique. Cette syphilis, survenue à la première apparition de la bronchite, ne peut pas figurer dans l’étiologie.

Lorsqu’elle est entrée dans mon service, elle fut d’abord soignée pour une bronchite vulgaire, et elle présentait du reste, dans toute la poitrine, des râles sibilants et ronflants, surtout des râles sous-crépitants à la hase gauche ; sonorité exagérée à la percussion, respiration humée avec expiration prolongée (emphysème pulmonaire), dyspnée peu en rapport avec les phénomènes stéthoscopiques observés.

Un jour, tous ces bruits morbides disparaissent entièrement; la malade a passé une mauvaise nuit, en proie à une dyspnée intense et continue, et le matin nous la trouvons assise sur son lit, respirant à peine avec les lèvres cyanosées et avec des efforts stériles de toux. La sonorité de la poitrine a légèrement diminué à gauche, mais nulle part on ne constate de matité réelle; cependant les vibrations vocales sont amoindries. L’espace de Traube reste intact, quoique nous constations un silence respiratoire presque complet, surtout à gauche. Le cœur, dilaté manifestement dans le sens transversal, ne présente aucun bruit morbide ; il n’y a qu’un peu d’accentuation du second bruit pulmonaire à gauche du sternum. Cet état dure pendant vingt-quatre heures, après lesquelles la malade rend des filaments blanchâtres, ressem-

EXPOSÉ CLINIQUE

blant à du vermicelle, de coloration lactescente, que l’on est tenté de prendre pour du lait coagulé.

Dès cette époque, je pense à l’existence probable d’une bronchite pseudo-membraneuse chronique et primitive, et ce diagnostic est pleinement confirmé trois jours après par l’expulsion d’une masse arborescente, ramifiée à l'infini, moniliforme dans quelques points avec quelques stries et dépressions transversales, se terminant par de petits filaments très minces, très ténus et semblables à un véritable chevelu, présentant aussi dans quelques points de petits renflements alvéolaires. A partir de ce moment, la dyspnée cessa ainsi que l’expectoration, pour reprendre encore deux Ibis, à trois semaines environ de distance, avec les mêmes symptômes.

C'est pendant un de ces accès très atténués que j’ai constaté au sommet gauche l’existence d'une matité assez nette avec affaiblissement considérable du murmure vésiculaire, dans une région large comme la paume de la main, et toubautour une zone de râles sous-crépitants assez abondants, alors que ceuxci avaient disparu à la base. Ces symptômes stéthoscopiques, qui pouvaient faire songer un instant à une tuberculose pulmonaire concomitante, étaient dus à l’obstruction des bronchioles supérieures par des fausses membranes, et ils disparurent entièrement après l’expulsion de celles-ci.

L'état général de la malade a toujours été relativement bon : conservation de l’appétit et des forces, pas de retentissement sur le cœur. Enfin, jusqu’à ce jour (20 juillet), l’amélioration persista, et l’iodure de potassium, à la dose de ,3 grammes par jour, a produit sur les symptômes fonctionnels et même physiques une réelle sédation.

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