I. — Pseudo-matité sous-claviculaire et hystérie
Chez quelques hystériques on peut croire à une tuberculose, par suite d’une pseudo-matité au sommet de la poitrine.
On connaît depuis longtemps les hémoptysies, complémentaires ou non, chez des hystériques sans tuberculose. Ce n’est pas cette question que je veux traiter aujourd’hui, ,1e désire seulement appeler d'abord l’attention sur le cas suivant que j’ai mentionné dès 1883, et dont plusieurs observations ont été rapportées depuis (1).
Un homme entre à l’hôpital avec des troubles digestifs pour
(1) H. Huchard, Traité des névroses, 1883.
PSEUDO-MATITÉ SOUS-CLAVICULAIttE ET HYSTÉRIE. 101
lesquels il avait déjà été traité; tous les jours depuis un mois il avait des vomissements bilieux el parfois alimentaires. L’anorexie était absolue avec douleurs gastriques assez vives. Comme ee malade avait commis autrefois quelques excès alcooliques, on crut à une gastrite qui fut traitée par l’eau de Vichy et les amers, puis par les lavages d’estomac qui parurent amener pendant quelques jours une légère amélioration. Ces symptômes survenant d'une façon paroxystique, on pensa même qu’il s’agissait de crises gastriques qui constituent parfois, pendant un temps assez long, les signes précurseurs dune affection spinale ou tabétique.
Ces vomissements, d’origine probablement gastro-hépatique, s'arrêtèrent spontanément. Mais aussitôt, le malade commença à présenter une toux sèche, un peu quinteuse et sonore, sans expectoration. La paroi thoracique gauche était le siège d'une hyperesthésie cutanée très vive, et il y eut plusieurs hémoptysies peu abondantes, mais réelles. A l’auscultation, respiration saccadée des deux côtés de la poitrine, un peu faible à droite; à la percussion, légère diminution de la sonorité dans la fosse sus-épineuse droite.
En présence de ces symptômes, on pouvait croire à l’existence d'une tuberculose commençante, et le diagnostic fut un moment hésitant, quand survint une franche attaque hystérique. Le malade quitta l’hôpital après avoir eu quelques autres attaques convulsives, mais ne présentant plus ni toux, ni expectoration sanguinolente; l'hyperesthésie cutanée de la région thoracique avait également presque disparu. 11 revint ensuite à deux reprises à l'hôpital. La dernière fois, il n’avait pas de toux, mais un peu de pleuralgie gauche; il avait eu deux crachats à peine striés de sang; mais on ne constalait aucun amaigrissement, l’état général n’avait pas varié depuis huit mois, et la submatité qui existait au sommet gauche avait disparu de ce côté pour sc montrer de temps en temps au côté opposé, tantôt dans les fosses sus et sous-épineuse, tantôt dans le creux sous-claviculaire. Or, nous avons remarqué «pie ces submatités extrêmement trompeuses de certaines IIccHARo. — Consultations médicales, t. III. Il
PSEUDO-TUBERCULOSES.
régions thoraciques peuvent exister dans 1 hystérie, en dehois de toute lésion de l'appareil pulmonaire.
Ce sont des pseudo-matités hystériques ayant pour caractère d'être mobiles, de changer de place très facilement. Elles sont dues à un état spécial d'irritabilité musculaire sous l'inlluence de laquelle certains muscles entrent rapidement en contraction par une percussion même superficielle. Pour ces raisons, après avoir éliminé le diagnostic de gastrite alcoolique et d'afiection médullaire, je rejetai celui de tuberculose, et je rattachai à l'hystérie seule tous les accidents divers que le malade avait présentés. 11 s’agissait d une pseudo-tuberculose hystérique dont la réalité s’est ensuite affirmée de jour en jour.
J’ai tenu en observation pendant cinq ans une femme hystérique et arthritique, qui était atteinte très fréquemment d’hémoptysies menstruelles. Celles-ci étaient précédées par des troubles vaso-moteurs, sorte d’urticaire limitée à la paroi thoracique, de toux paroxystique à timbre sonore et éclatant, d’aphonie subite et passagère et de poussées congestives vers l’appareil pulmonaire, sans que l’état général eut jamais fléchi. Si, dans ce cas, l’art hritis a joué son rôle dans la production des fluxions bronchiques, il n'en est pas moins vrai que l’hystérie a du fixer ses manifestations sur l’appareil respiratoire. Cette femme a été considérée à tort pendant deux ans comme une phtisique, d’autant plus que la percussion des sommets faisait constater l'existence d’une submatité ayant pour caractère de disparaître parfois. La suite de l’observation m’a convaincu qu’il s’agissait d'une pseudo-tuberculose.
Il en fut de même d’une autre femme que j’ai observée pendant plus d’un an, dont le diagnostic et le pronostic favorables ne se sont pas démentis un seul jour. 11 existait égalemenl chez elle une pseudo-matité très manifeste au sommet droit, mal i é qui diminuait ou disparaissait de temps à autre suivant l’état d hyperexcitabilité musculaire. Or, ces faits d hyperexcitabilité musculaire localisée aux sommets sont