‹ Maladies de l'appareilChapitre 68 sur 194 · FAIBLESSE DE LA RESPIRATION AU SOMMET DROIT · texte numérisé non relu

FAIBLESSE DE LA RESPIRATION AU SOMMET DROIT

III ■ — Faiblesse de la respiration au sommet droit.

Ce dernier fait m’amène à parler d’un signe (pie l’on a regardé, dans ees derniers temps, comme révélateur d'une tuberculose pulmonaire au début : l’affaiblissement du murmure vésiculaire à l'un dos sommets. Avec celte solennité qui convient aux plus graves erreurs, Grancher établit que « le diagnostic doit être fait dès qu'une inspiration anormale permanente et localisée s'entend à l'un des sommets du poumon. » « J'affirme — répète-t-il — que ce signe suffit à lui seul pour reconnaître la tuberculose, surtout quand il s'accompagne, ce «pii est le cas ordinaire, d'un léger fléchissement de la santé et d'un peu de fièvre vespérale ». 11 ajoutait qu'il n'avait trouvé nulle part mention de ce signe avec « la prédominance cl l'importance qu'il mérite » dans l'adénopathie bronchique. Plus tard, il ajoutait les caractères très vagues d'inspiration rude et basse (1). Or, dès 1824, Leblond avait déjà appelé l’attention sur « la diminution du bruit respiratoire » au sommet par suite de la compression bronchique d’origine ganglionnaire, fait confirmé par Becker, deux ans plus tard, puis en 1839 par Fournet que j'ai déjà cité, enfin par Louis en 1843. Grisolle a été même jusqu’à dire que « l’obscurité du murmure vésiculaire est un des seuls signes offrant quelque valeur » dans l'adénopathie trachéo-bronchique (2).

Dans les cas nombreux de tuberculose signalés par Grancher et désignés pour aller peupler les sanatoria figuraient beaucoup de pseudo-tuberculoses, et Variot qui a eu l’honneur de mettre le premier en échec ces idées purement théoriques, a

gnostic précoce de la tuberculose pulmonaire chronique, 1906. — Soc. méd. des hôpitaux, 17 janvier 1908.

(1) Grancher, Gaz. des hôp., 1882. lievue mensuelle des maladies de l'enfance, 1887. Maladies de l’appareil respiratoire, 1890. Congrès international de la tuberculose, 1905. Première étape do la tuberculose pulmonaire. Paris, 1905.

(2) Leblond, Tiièse de Paris, 1824. — Becker, De glandulis thoracis lymphaticis. Thèse de Berlin, 1820. — Louis, Recherches sur la phtisie, 1843. — Grisolle. Traité de pathologie interne, 1869.

PSEUDO-TUBERCULOSES.

pu dire avec raison qu'un grand nombre fl enfants ont été regardés comme tuberculeux par Grancher, alors que d autres médecins des hôpitaux n'ont pu reconnaître les signes de la tare pulmonaire.

La raison de cette grave erreur est très simple. Elle résulte de ce fait important, signalé dès 18.37 par Stokes et vérifié, ensuite par de nombreux auteurs : la faiblesse normale du murmure vésiculaire au sommet droit comparativement a celui du sommet gauche. Il est vrai que Gerhard de Philadelphie) et d’autres auteurs après lui attribuaient ce caractère plutôt à ce dernier. Mais, peu importe. Il s'agit là d'un phénomène normal, physiologique ou plutôt anatomique, puisqu'il résulte des différences de calibre et de direction des bronches droite et gauche, et en matière de conclusion, Marfan a pu écrire : « A l'état, normal, surtout chez les femmes, on peut percevoir au sommet droit du poumon un son plus obscur, une respiration plus rude, une expiration plus prolongée, des vibrations vocales plus intenses, une bronchophonie plus marquée qu’au sommet gauche ».

Le dernier coup fut porté encore à cette théorie dans une discussion mémorable en 1907-1908, à la Société médicale des hôpitaux, où il fut démontré que l’affaiblissement du murmure vésiculaire à droite, tout en étant normal le plus souvent, peut être dû à des causes multiples : pleurésie sèche adhésive du sommet, emphysème localisé, adénopathie médiastine, œdèmes localisés dans le mal de Bright, etc. ; où l’on a rapporté notamment trois cas au sujet desquels l'anomalie respiratoire en question n'a eu aucune valeur, de sorte que, dans sa thèse inaugurale, Montéli a pu dire, sous forme de conclusion devenue définitive :

« Les théoriesde Grancher ont vécu du respect dont on entourait leur auteur. Elles ont fléchi sous la poussée critique qui a suivi sa mort. Elles ne sauraient résister aux enseignements tirés de la libre observation des faits, de l’épreuve du temps, de l’autopsie même, qui viennent clairement démontrer qu’on peut rencontrer une respiration faible isolée du sommet droit

Page 1