‹ Maladies de l'appareilChapitre 71 sur 194 · I. — Diagnostic certain et diagnostic précoce · texte numérisé non relu

I. — Diagnostic certain et diagnostic précoce

On parle beaucoup du traitement curatif de la tuberculose pulmonaire. Chaque jour amène une médication nouvelle, et chaque lendemain une déception de plus (1). Il faudrait cependant s’entendre, et montrer (pie dans cette question thérapeutique, comme dans toutes les autres, la clinique doit reprendre ses droits. Le diagnostic hâtif d'une tuberculose commençante ou

(l) II. Hcciiard, Journal (les praticiens, 1891.

menaçante est une condition de succès telle pour la guérison de cette maladie qu’on peut formuler la proposition suivante:

Une tuberculose, reconnue ou soupçonnée dès son début, est susceptible de guérison ; une tuberculose méconnue, arrivée déjà au commencement de la seconde période, ou encore constatée seulement à la période d’apparition des bacilles dans l'expectoration, est le plus souvent incurable. En un mot, savoir reconnaître et dépister une maladie dès son origine, ce n’est pas seulement faire un bon diagnostic, c’est se préparer à faire de la bonne thérapeutique.

Celte curabilité de la tuberculose pulmonaire n’est pas, comme on ne cesse de le répéter, une notion nouvelle, et il est juste de dire (pie, dès 1839, dans son remarquable livre pour l'époque, Fournet a consacré près d'une centaine de pages à l’étude de cette question. Il combat même l’opinion de Laennec qui avait admis cette curabilité à la troisième et non à la première période de la maladie parce (pie « la nature ne fait que des efforts contraires à la guérison et que l'art n'en peut faire que d’inutiles; les tubercules crus tendent essentiellement à grossir et à se ramollir..., et l'idée de la possibilité de guérir la phtisie au premier degré est une illusion ». Ce n’était pas l’avis d’Andral, et Fournet se demande si la raison de cette incurabilité « ne serait pas plutôt dans les hommes qui l'ont admise que dans la maladie elle-même ». Il ajoute qu'il est possible de reconnaître celle-ci « avant même que son élément local ne soit effectué» et qu'une sage thérapeutique appliquée à cette époque peut prévenir le mal au lieu d'avoir à l'arrêter dans sa marche. Il s’agissait, pour lui, surtout d'une médication préventive chez les prédisposés, ce (pii est la sagesse même (1).

Par conséquent, ce qu’il y a de plus important, c’est d’établir un diagnostic précoce.

Vous rencontrerez souvent dans la pratique des cas qui débutent d'une façon ambiguë. Si vous savez reconnaître ces

11) Fournet, Loc. cil Paris, 1839. — Laennec, Auscultation médiate, édition de 1837. — Anubal, Clinique médicale, 2c édition, t. II.

M V NI F ESTA T 1 0 N S (i É N ER A LES.

formes douteuses, et si vous instituez d’emblée une hvgicne bien comprise, vous pourrez n'avoir pas plus lard a lutter contre les accidents de la maladie confirmée.

La recherche des bacilles constitue-t-elle un critérium suffisant? Nullement. Sans doute, leur présence signifie tuberculose ; mais leur absence ne signifie pas absence de tuberculose. Pour qu'ils apparaissent dans les crachats, il faut qu'il y ait destruction ulcéreuse du poumon et communication du foyer tuberculeux avec les bronches. Aussi, dans les phtisies aiguës qui ne vont pas jusqu’à l’ulcération, n’y a-t-il pas ou peu de bacilles dans l’expectoration.

La constatation bacillaire ne peut donc pas aider au diagnostic précoce, et la découverte de Koch ne supprime pas cellede Laennec pour l'auscultation, comme quelques auteurs allemands, Balmer et Fraentzel, se sont trop empressés de le proclamer. En un mot, la constatation du bacille permet un diagnostic certain, mais non un diagnostic précoce.

Page 1