MANIFESTATIONS GENERALES
«I u'elle était fréquemment sujette à des accès de fièvre. Il n’en fallait pas davantage pour m'inspirer des craintes sur une tuberculose commençante, à laquelle la malade finit par succomber.
Ainsi donc, une névralgie rebelle qui ne fait pas sa preuve, peut être le symptôme prémonitoire d’une tuberculose commençante. Il en est de même de certaines névralgies du trijumeau, indiquées par Perroud (de Lyon), et vous trouverez, dans la thèse déjà ancienne de Lagrelette (en 1809), que la sciatique peut être un accident précoce de cette maladie. Il en est de même parfois du zona d’après Barié (1).
III. — Voici encore un homme atteint d’une dyspepsie rebelle depuis un an. On trouve chez lui tous les signes d’une dilatation de l’estomac que l'on rend naturellement responsable de l’amaigrissement et de tous les symptômes observés. Le régime sec ne réussit qu’à augmenter encore l'émaciation de ce malade. Or, je finis par trouver des signes non équivoques d'une tuberculose pulmonaire commençante qui avait été cause et non effet de la dilatation gastrique. Voilà donc un fait de phtisie à début stomacal, comme autrefois Bourdon en a signalé de nombreux exemples.
En tout cas, la recherche des antécédents a toujours une grande importance; la contagion de la tuberculose ne doit jamais vous faire perdre de vue un facteur étiologique important : l’hérédité.
IV. — La prédisposition héréditaire est bien connue. Un individu est issu de parents tuberculeux, il est tuberculeux luimême; c’est un exemple d’hérédité directe. Mais il estime autre forme importante d’hérédité sur laquelle j’appelle votre allenlion. Un sujet atteint de goutte ou de rhumatisme chronique peut donner naissance à des tuberculeux, c'est là un exemple d’hérédité indirecte; ce qui prouverait, comme le dit Pidoux,
(1) Barié, Soc. med. des hôpitaux, 1887.
que la tuberculose n'est pas une maladie qui commence, mais une maladie qui finit. Cependant, depuis les recherches et travaux de Poucet de Lyon), on peut admettre que déjà certaines formes de rhumatisme chronique sont de nature tuberculeuse.
Cette question de l’hérédité de la tuberculose a été mise en lumière, surtout dans le jeune âge, par les recherches de Landouz) et d’ilippolyte Martin. Peler avait dit que « l’enfant ne naît pas tuberculeux, mais tuberculisable », ce qui signifie que la transmissibilité héréditaire tuberculeuse n’est pas possible autrement que par le terrain. Or, sans dénier à l’hérédité de terrain l’énorme part qui peut lui revenir dans la genèse de la tuberculose, ces deux expérimentateurs ont démontré qu’il fallait désormais compter avec Y hérédité de la graine’, car les «résultats positifs obtenus par inoculations de parcelles placentaires et fœtales-aussi bien que par inoculations spermatiques ont démontré la qualité tuberculi-
saute des unes et des autres Nos fœtus humains sont donc
nés tuberculisés comme ils auraient pu naître syphilisés; ils ont donné, par inoculation, de la tuberculose, tout comme ils auraient pu, syphilisés, donner la syphilis à leur nourrice ».
Les résultats de ces expériences démontrent, comme je le dirai plus tard, la fréquence souvent méconnuede la tuberculose dans les premiers mois ou les premières années de la vie. Donc, les enfants naissent tuberculisables, héritant ainsi du terrain tuberculeux; mais ils peuvent naître aussi tuberculeux, et ils héritent de la graine.
V. — Non moins importante est la prédisposition innée. Vous m’avez vu tout à l’heure m’arrêter près d’une jeune fille de vingt ans, chez laquelle j’ai reconnu une tuberculose au début et qui présente le type de ce qui a été appelé par Landouzy : le « type vénitien ».
En voici le signalement : peau blanche, marbrée de veinules, teinte ordinairement bleue de l’iris, coloration rousse ou rouge du système piteux , sueurs faciles, mollesse des chairs, etc.