M À N I K ESTA T IONS G É N É II A L ES
l)e nombreuses observations cliniques, Dewèvre déduit les conclusions suivantes :
1° La tuberculose est d’une fréquence extrême chez les malades du type vénitien ;
2° Tout vénitien doit être suspecté de tuberculose (d).
En dirigeant mes recherches sur ce sujet, j’ai découvert que Guy Patin avait, le premier, fait la même remarque. Voici ce que nous lisons dans une de ses lettres :
« 11 est constant que l'inflammation du poumon est toujours mortelle aux rousseaux. Feu M . de la Vigne, un de nos médecins de la Faculté, était fort rousseau. Je le lis un jour appeler en consulte chez un secrétaire du Roy, nommé Collier, qui avait soixante-quinze ans et qui était aussi rousseau et malade d’une inflammation du poumon : ce qui lit que je prédisqu’elle lui serait mortelle. M. de la Vigne me demanda ou j'avais appris ce prognostique des rousseaux. Je lui répondis que je l'avais remarqué toujours très vray, outre que je l'avais ouï dire à Nicolas Pietre, qui l'avait appris de son grand-père, le grand Simon Pietre; et que la raison de cela était (pie les rousseaux abondent en sérosité acre et maligne. 11 me dit qu’il l'avait toujours remarqué de même. Je l'ai depuis lu dans les éphémérides de Bâillon (2). »
VI. — Quant à la prédisposition acquise, Landouzy en trouve un exemple dans ce qu'il appelle le terrain variolisé. Pour lui, tout individu variolisé devient candidat à la tuberculose, et par cela même devient suspect de tuberculose. Sur 300 individus, porteurs de cicatrices de variole, il n’en a trouvé que 1 1 (c'està-dire environ 3 p. 100) qui ne fussent pas atteints de tuberculose. Donc, la variole serait un bon terrain de culture pour cette* maladie et il y aurait un rapport de cause à effet entre une ancienne variole et l'apparition de la phtisie. Je cite ces conclusions sans les discuter, n'ayant pas eu l’occasion ni la
(1) Dewèvre, Thèse de Paris, 1887.
(2) Lettres choisies de l'eu Guy Patin Rotterdam, 1G89, p. 1 7 G ) .
1 7 G DIAGNOSTIC l’RÉCOCE DE LA TUBERCULOSE PULMONAIRE.
possibilité de les contrôler. Cependant, mi le grand nombre de sujets qui, après avoir eu la variole, n’ont pas été atteints de tuberculose, je crois que ces conclusions sont prématurées et qu'elles demandent un supplément de preuves.
Cette sage réserve est encore applicable à la coqueluche et à la rougeole que les anciens avaient appelées les « vestibula tabis », même à la grippe, toutes ces maladies n’étant suivies de tuberculose que chez les individus prédisposés.
Vil. — J’arrive à ce qu’on nomme la constitution tuberculeuse.
Vous avez remarqué cette fillette dequinzeans,quiporteà ses sommets les signes indéniables de tuberculose et qui a l'aspect d’une chlorotique ; toutefois, elle ne présente pas de souffles cardiaques ou vasculaires, et chaque jour elle s’amaigrit davantage. Mais, ce qui frappe surtout chez elle, c’est un arrêt de développement considérable. Les membres sont grêles, les seins rudimentaires; la menstruation n'existe pas ; les parties génitales sont celles d'une enfant de sept à huit ans. C'csl là un exemple de ce que Lorain et ses élèves Bourdon et Faneaudela Cour ont appelé Y infantilisme ou le jucéni/isme. En présence de cas de ce genre, vous tiendrez votre esprit en éveil, et vous y verrez, non seulement une prédisposition à la tuberculose, mais déjà des signes indicateurs de cette maladie. L'infantilisme chez les tuberculeux se traduit par une gracilité, une petitessedu corps, sorte d’arrêt de développement qui porte plutôt sur la masse de l'individu que sur un appareil spécial. Le phtisique a l’air d'un enfant quand il est adolescent, d’un adolescent quand il est homme. Mais cet arrêt de développement n'est pas absolument spécial à la tuberculose, et Fournier a démontré que l'hérédo-syphilis exerce une influence dystrophique en déterminant l’infantilisme, voire peut-être le nanisme.
En regard de cet état d'infantilisme, il faut signaler une autre variété décrite chez l'homme sous le nom de féminisme . Les hanches sont développées, la peau est glabre, les poilssont longs, tins et soyeux, les organes génitaux et les dents sont